le Mercredi 3 juin 2026
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Emploi francophone en Nouvelle-Écosse: autopsie d’une pénurie

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Un évènement d'embauche organisé à Yarmouth par le CDÉNÉ et ses partenaires.  — Photo: Facebook - CDÉNÉ
Un évènement d'embauche organisé à Yarmouth par le CDÉNÉ et ses partenaires.
Photo: Facebook - CDÉNÉ

Face à une pénurie de main-d’œuvre qui s’accentue et à des défis postcovid persistants, le Conseil de développement économique de la Nouvelle-Écosse (CDÉNÉ) lance une étude d’envergure. L’objectif: outiller les microentreprises et explorer des solutions innovantes pour assurer la pérennité des régions acadiennes.

Emploi francophone en Nouvelle-Écosse: autopsie d’une pénurie
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Type de contenu: Actualité

On se souvient encore de la campagne «Retraite en Action!», ce programme de réintégration des ainés qui avait prouvé qu’une action ciblée pouvait stabiliser le marché de l’emploi en région acadienne. Cette initiative n’était pas le fruit du hasard, mais découlait d’une étude menée au début des années 2000 pour anticiper les tendances démographiques. 

Aujourd’hui, alors que le CDÉNÉ célèbre ses 25 ans d’existence en tant qu’organisme à but non lucratif dédié à la prospérité de l’Acadie de la Nouvelle-Écosse, l’organisme mise à nouveau sur la recherche pour répondre aux bouleversements complexes de la décennie 2020.

Dans la vision stratégique du CDÉNÉ, la richesse de la province ne se mesure pas uniquement en indicateurs financiers, mais repose avant tout sur le capital humain, un axe prioritaire qui guide ses interventions. L’objectif fondamental de l’organisme est de produire des données probantes sur le marché du travail afin de faciliter un maillage intelligent entre les postes vacants et les talents disponibles. 

Gwen LeBlanc, Gestionnaire des services en développement économique communautaire du CDÉNÉ. 

Photo: gracieuseté de CDÉNÉ

Cette démarche s’inscrit dans une volonté de renforcer l’attachement des communautés acadiennes et francophones à leur propre vitalité, tout en travaillant sur des solutions concrètes pour améliorer la vie sociale et la prospérité collective.

Toutefois, dans un contexte où le bilinguisme est une exigence centrale, la gestion de ce capital humain devient un véritable exercice d’équilibriste. Comme le souligne Gwen LeBlanc, gestionnaire des services en développement économique communautaire au CDÉNÉ, trouver des profils parfaitement bilingues représente un défi de taille qui limite mécaniquement le bassin de candidats pour de nombreux postes. 

Pour pallier ce manque, l’organisme déploie des efforts constants en matière de migration interprovinciale et d’immigration économique, cherchant à attirer de nouveaux talents pour combler les vides structurels du marché du travail néoécossais.

La mutation nécessaire des microentreprises

Le tissu économique acadien est intrinsèquement lié à la vitalité de ses microentreprises, qui, bien que dynamiques, se retrouvent souvent démunies face aux processus de recrutement modernes. 

Contrairement aux grandes corporations, ces petites structures manquent souvent d’infrastructures en ressources humaines, ce qui complique l’attraction et la rétention des travailleurs. Pour ces entrepreneurs, la transformation n’est plus une simple option, mais une nécessité de survie dans une économie orientée vers l’avenir.

L’axe de productivité défini par le CDÉNÉ prévoit justement d’accompagner ces entreprises dans la transformation de leur fonctionnement interne, en misant notamment sur l’automatisation et l’efficacité organisationnelle. 

C’est ici que l’intelligence artificielle portrait entrer en scène comme un nouveau levier. Mme LeBlanc y voit un outil extraordinaire pour lever les barrières linguistiques. 

En intégrant des solutions de traduction et d’assistance à la communication, une microentreprise peut désormais envisager l’embauche de candidats dont le bilinguisme est encore en phase d’apprentissage, transformant ainsi une contrainte linguistique en une opportunité d’intégration rapide. 

Cette approche permet de maintenir les services en français tout en élargissant le bassin de recrutement aux personnes francophiles ou en apprentissage.

Synergie académique et technologique interprovinciale

Cette volonté de modernisation s’appuie sur un pont solide jeté entre le monde des affaires et celui de la recherche. Le CDÉNÉ se veut comme un intervenant rassembleur en facilitant des ententes stratégiques avec des institutions de savoir. 

Le projet de recherche, soutenu par le ministère de la Langue française du Québec à hauteur de 53 600 $, illustre parfaitement cette synergie. En mobilisant l’expertise de chercheuses, telles que Khadija Gaha et Sondes Turki, l’organisme s’assure que les stratégies proposées aux employeurs reposent sur une analyse scientifique rigoureuse des besoins réels du terrain.

La collaboration avec l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et l’Université Sainte-Anne répond à un objectif clair: favoriser les liens entre les entreprises de la Nouvelle-Écosse et celles des autres régions francophones du Canada. Ce transfert de connaissances permet d’importer des modèles de réussite québécois en matière de gestion de la main-d’œuvre et de les adapter à la réalité unique des communautés acadiennes. 

L’importance accordée aux données probantes permet également au CDÉNÉ d’orienter plus efficacement ses demandes de financement et d’ajuster ses services de développement des affaires et de l’entrepreneuriat.

Rempart aux crises sociales

Au-delà de la simple employabilité, le CDÉNÉ intègre désormais une philosophie de développement durable dans toutes ses actions. Cet axe transversal touche aux besoins sociaux fondamentaux, tels que le logement et le transport, identifiés comme des freins majeurs lors du forum du 4 mars dernier. 

Bien que Gwen LeBlanc précise que ces obstacles ne bloquent pas systématiquement les embauches, ils demeurent au cœur des préoccupations de l’organisme, qui collabore activement avec les municipalités pour trouver des solutions résilientes face au dérèglement climatique et aux pressions économiques.

L’adoption des critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) au sein des projets du CDÉNÉ vise à créer une économie qui soit non seulement prospère, mais aussi écologique et socialement juste. En encourageant la création d’entreprises durables et en facilitant l’accès à des informations sur les tendances économiques locales, l’organisme veut préparer le terrain pour une immigration réussie, où le travailleur trouve non seulement un emploi, mais aussi un cadre de vie viable et accueillant.

Vers une cohésion sociale durable

En gros, l’initiative — présentée récemment à Halifax — dépasse le cadre de la simple gestion de main-d’œuvre. Elle s’inscrit dans une volonté de bâtir une économie profondément humaine et inclusive. 

L’enjeu ultime reste la pérennité de la culture et de la langue en terre acadienne. En misant sur le capital humain, en accélérant la transformation technologique et en s’appuyant sur la rigueur académique, le CDÉNÉ ne se contente pas de remplir des postes vacants.

L’organisme travaille à la création d’un environnement où chaque individu, qu’il soit résident de longue date ou nouvel arrivant, peut s’intégrer, se reconnaitre et s’identifier au sein d’une communauté forte. 

Comme le rappelle Gwen LeBlanc, la finalité de chaque action menée est de contribuer à une richesse collective qui garantira le rayonnement et la prospérité de l’Acadie pour les années à venir.

Trois questions à Gwen LeBlanc: «L’IA peut être un outil extraordinaire»

RA: Le communiqué du CDÉNÉ indique que la pénurie est plus marquée dans les régions acadiennes. Quelles zones sont les plus touchées?

GL: En réalité, toutes nos régions souffrent de problématiques similaires. Des obstacles comme le cout de la vie élevé freinent le recrutement, particulièrement pour les postes offrant le salaire minimum. Il est difficile de trouver le candidat idéal, surtout lorsque l’exigence du bilinguisme s’ajoute à ces contraintes financières. Ce n’est pas une zone précise, mais bien l’ensemble de nos communautés qui fait face à ce manque de ressources humaines.

RA: L’exigence du bilinguisme est-elle perçue comme un frein par les employeurs?

GL: Je suis plutôt optimiste. Notre but est d’aider les employeurs à trouver des gens qui permettront à la communauté de se développer et de prospérer. Le bilinguisme est essentiel pour la pérennité de nos régions. Plutôt que d’y voir un frein, nous travaillons à ce que les candidats puissent s’intégrer et s’identifier à la communauté acadienne. Nous avons d’ailleurs des programmes pour former les gens en français et leur permettre de s’installer de manière pérenne.

RA: Comment le CDÉNÉ envisage-t-il concrètement l’utilisation de l’intelligence artificielle?

GL: C’est un projet en pleine évolution, mais l’IA peut déjà être un outil extraordinaire pour combler certains postes, notamment dans le commerce de détail. Elle peut être utilisée pour la traduction, permettant à des employés de mieux communiquer avec des clients anglophones ou vice-versa. Cela donne aux travailleurs le temps de développer leurs compétences en français tout en étant immédiatement opérationnels et présents dans la région.

En bref: l’initiative en chiffres

  • Projet: Recherche-action sur le portrait de l’emploi francophone (2025-2028)
  • Partenaires: CDÉNÉ, Université Sainte-Anne, ESG UQAM
  • Financement: 53 600 $ du gouvernement du Québec
  • Cible  Microentreprises et PME des régions acadiennes

Type: Actualités

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