Farida Agogno
IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse – Atl
D’après le Rapport sur le prix des aliments au Canada 2025, l’insécurité alimentaire persiste, malgré la baisse de l’inflation en 2024. La Nouvelle-Écosse présente un taux élevé d’insécurité, soit de 28,9 %.
Ash Avery, directrice exécutive de Feed Nova Scotia, explique qu’il y a plusieurs facteurs contributifs à ce problème. Parmi eux, elle cite le racisme systémique, l’emploi précaire, les bas salaires, le manque de logements et de services de garde abordables, ainsi qu’une aide sociale inadéquate.
De plus, l’augmentation du cout de la vie a vraiment accéléré la crise au cours des dernières années.
Mme Avery mentionne que les enfants de moins de 18 ans représentent environ 30 % des personnes en situation d’insécurité alimentaire en Nouvelle-Écosse. Il y a aussi des groupes particulièrement vulnérables à l’insécurité alimentaire, comme les parents seuls, les femmes, les ainés et les nouveaux arrivants.
L’élection de Donald Trump signale une tendance vers un monde du commerce agroalimentaire de plus en plus groupé.
Cela, selon elle, met en lumière l’insuffisance du filet de sécurité sociale et un manque de ressources pour soutenir les membres des communautés les plus marginalisés et vulnérables.
Quant au prix des aliments, le rapport indique qu’ils sont influencés par d’autres causes, telles que le changement climatique, les conflits géopolitiques, l’inflation, etc.
«L’élection de Donald Trump signale une tendance vers un monde du commerce agroalimentaire de plus en plus groupé», affirme Sylvain Charlebois, directeur scientifique du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, dans le rapport. «Pour assurer notre sécurité alimentaire, le Canada devra travailler en étroite collaboration avec ses partenaires nord-américains», a-t-il ajouté.
Mme Avery avance aussi qu’il est difficile de gérer la demande croissante de services alimentaires. Les banques alimentaires, initialement conçues comme solution d’urgence face à la faim, sont désormais un service essentiel pour de nombreuses personnes.
«Mais la réalité est que la demande a augmenté au fil des ans et continue de croitre à des niveaux sans précédent, affirme-t-elle. Nous ne pouvons tout simplement pas soutenir cette demande.»
Elle précise également que beaucoup de personnes en situation d’insécurité alimentaire ne fréquentent pas les banques alimentaires en raison de leur absence dans certaines communautés, la forte stigmatisation et la honte liées au recours à l’aide sociale et à la charité.
Ash Every, directrice exécutive de Feed Nova Scotia.
De plus, certaines personnes estiment que leur situation n’est pas assez précaire et préfèrent laisser cette aide à ceux qu’ils considèrent comme étant dans un besoin plus urgent.
Par ailleurs, Mme Avery souligne que Feed Nova Scotia priorise dans son service des aliments moins souvent donnés, comme les légumes, les fruits, la viande et les produits laitiers.
Le Courrier a contacté le ministère des Opportunités et du Développement social, qui a envoyé des commentaires par courriel.
Le gouvernement provincial reconnait que l’insécurité alimentaire est un problème important et indique qu’il a pris des mesures pour aider.
Il a réduit la TVH pour la première fois en 14 ans, augmenté l’aide sociale et ajusté les impôts selon l’inflation. Plus de 75 000 élèves reçoivent des repas gratuits à l’école, et 2 millions de dollars ont été investis pour soutenir Feed Nova Scotia.
En 2024, 6,4 millions de dollars ont été donnés à des groupes communautaires pour aider à faire face à la hausse des prix des aliments, et 10 millions de dollars ont été distribués à 122 organisations qui soutiennent les personnes en difficulté.
Le gouvernement aide aussi les agriculteurs avec des fonds pour des projets durables, des technologies plus écologiques, et en soutenant des pôles alimentaires locaux.
Néanmoins, Mme Avery pense que fournir de la nourriture n’est pas la solution à l’insécurité alimentaire. Des changements doivent être effectués à un niveau systémique et politique.
Elle encourage tout le monde à écrire à leurs représentants élus, à s’engager avec les politiciens locaux et à comprendre ce qui se passe au niveau politique et gouvernemental pour s’attaquer à l’insécurité alimentaire, à la pauvreté, à l’itinérance et à toutes ces problématiques interconnectées.
«Nous sommes un pays et une province bien développés, et le fait que tant de personnes ici ne puissent pas satisfaire leurs besoins fondamentaux est une indignation, dénonce-t-elle. Les membres de la communauté devraient exprimer cela haut et fort auprès des personnes au pouvoir.»
