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Pour de nombreuses Premières Nations, dont les Abénakis et les Mi’kmaq, le frêne noir est bien plus qu’un matériau: c’est un ancêtre symbolique. Selon la légende de Glooscap, les premiers humains seraient nés des éclats de cet arbre. Ce dernier est également indispensable à la vannerie traditionnelle, un art transmis de génération en génération.
Sa disparition signerait donc non seulement une perte écologique majeure pour la stabilisation des berges et la biodiversité, mais aussi une rupture culturelle pour les peuples autochtones.
Pourtant, depuis l’arrivée de l’agrile au Canada en 2002, cette espèce est menacée de disparition. Classé «en danger critique» par l’UICN et «menacé» par le COSEPAC, le frêne noir fait face à un taux de mortalité pouvant atteindre 99 % lors des secondes vagues d’infestation.
L’objectif est d’agir avant que l’arbre ne montre des signes de faiblesse visibles.
Pour contrer cette hécatombe, la science mise sur une amélioration de la détection de cet insecte. «L’objectif est d’agir avant que l’arbre ne montre des signes de faiblesse visibles», explique Armand Séguin, chercheur en génomique forestière.
Auparavant, on attendait de voir l’arbre dépérir ou d’observer l’apparition de jeunes pousses sauvages sortant directement du sol à son pied, un signe de stress ultime indiquant que l’arbre adulte était déjà condamné.
Aujourd’hui, les équipes de M. Séguin développent des tests moléculaires capables de détecter la réaction de défense de l’arbre dès les premières heures de l’attaque, bien avant que les larves ne causent des dommages mortels.
Si la détection permet de gagner du temps, la survie à long terme de l’espèce pourrait bien reposer sur sa propre génétique. Des chercheurs ont identifié des «frênes survivants», des individus isolés qui persistent au milieu de forêts décimées, suggérant une résistance naturelle héréditaire.
Jardin commun, Pintendre.
«Même si on ne connait pas exactement les mécanismes, on peut quand même identifier les arbres qui transmettent la résistance, et on peut cribler assez rapidement si des arbres sont résistants ou non», souligne Nathalie Isabel, chercheuse en génomique.
Son équipe a mis en place des jardins communs transfrontaliers, du Québec à la Pennsylvanie, pour tester la résilience de milliers de jeunes plants issus de cette diversité génétique.
L’enjeu est de taille: identifier les combinaisons génétiques capables de résister à l’insecte tout en s’adaptant aux changements climatiques.
Alors que les scientifiques scrutent la moindre variation génétique et que les drones surveillent la santé des arbres, la forêt de demain se dessine dans ces laboratoires et ces parcelles expérimentales.
Si le visage de nos forêts est à jamais transformé par l’agrile, ces travaux pourraient ouvrir une lueur d’espoir non seulement pour le frêne noir, mais pour toutes les essences feuillues qui pourraient à l’avenir faire face à de nouveaux ravageurs.
