le Mercredi 10 juin 2026
le Vendredi 15 août 2025 13:00 Rubrique - Notre musique de côte à côte

NOTRE MUSIQUE DE CÔTE À CÔTE – aliasjazz

Pourquoi faire confiance à Le Courrier

L’artiste aliasjazz a toujours eu un don pour l'écriture et raconte au Courrier comment il a trouvé sa voie, grâce à l'écriture et la musique.

NOTRE MUSIQUE DE CÔTE À CÔTE – aliasjazz
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Type de contenu: Rubrique

Melissa: Bonjour, bonjour! Merci d’être là aujourd’hui, aliasjazz (Jazz)!

aliasjazz: Bon, merci de m’avoir invité!

M: Absolument! C’est un plaisir de vous rencontrer! Commençons au début. T’as grandi où, toi?

J: Je suis né et j’ai grandi en France, et je suis resté toute ma vie jusqu’à ce que j’ai déménagé ici, au Canada, en 2017. Je connaissais Montréal, je faisais des aller-retour pendant 3-4 mois, et après un an et demi, je me suis rendu à Halifax. 

La Nouvelle-Écosse, c’est toujours petit. Ce n’était pas sur ma map; c’était vraiment très tranquille, c’était un peu caché, mais voilà, j’aime ça et la nature. Ça fait huit ans maintenant que je suis au Canada.

aliasjazz 

PHOTO: facebook - aliasjazz

M: Wow. Pis est-ce que tu trouves qu’il y a beaucoup de différences entre où c’est que t’as grandi et où que tu restes maintenant?

J: Oui. Moi j’ai grandi dans les quartiers difficiles, vraiment en ville. Alors, ici, dans la nature, c’est vraiment un privilège. Je passais mes vacances en Bretagne avec mes parents et tous les étés, je partais dans mon pays d’origine, en Algérie. C’est là-bas que j’avais accès à la nature, mais ça, c’est la majeure différence, je dirais. 

Il y a des choses culturellement entre l’Amérique du Nord et l’Europe, c’est sûr que c’est différent, mais, même politiquement, tous les endroits commencent à se ressembler un petit peu. Mais, quand même, tu vois, moi, je m’en ai été de la France parce que ça ne marchait pas pour moi là-bas. C’est très raciste, très homophobe, très transphobe, alors au Canada, ce n’est pas parfait, mais, moi, avec mon identité Franco-Algérien, j’ai réussi à avoir une vie ici, donc, c’est ça. 

M: Ah, compris. Ça n’a pas dû être facile. Je suis contente que ça semble être un peu plus facile de vivre ici, au Canada. Est-ce que t’as grandi dans une famille musicale? 

J: Les membres de ma famille n’étaient pas vraiment des artistes du tout, puis j’ai une grande famille. J’ai grandi en écoutant la musique, comme Mariah Carey, Michael Jackson et un peu les classiques de l’époque. Ma mère s’est mariée avec mon beau-père et lui, c’est un fanatique de musique et de films. Il a vraiment participé à mon éducation musicale et à l’ouvrir. Des choses comme Aerosmith, Bon Jovi, AC/DC, des choses vraiment rockeur ou du blues. 

Moi, mon truc, c’était plus l’écriture. J’aimais beaucoup lire et écrire. Tu sais, quand tu n’as pas d’argent, c’est un hobby qui est à la portée de tous. Je sais que ma mère me poussait dans le temps aussi, vers ce canal d’énergie. À un moment donné, l’amour de la musique et l’écriture ont croisé. Les rimes sont un petit peu ça, tu vois. L’écriture, c’est un petit peu ça et au début, c’était juste un enjeu. Mais éventuellement, tout ce que je ne pouvais pas dire, je pouvais le mettre en quelque part. Alors, c’est moi l’artiste de la famille! 

M: C’est spécial de prendre l’écriture et la création de chanson comme façon de dire tout ce qu’on ne sait peut-être pas comment articuler d’une telle façon. Quand dirais-tu dans ton parcours musical que t’as vraiment mis le focus sur créer tes propres chansons et ton propre son pour ensuite les partager avec le monde?

J: J’ai commencé à écrire des chansons quand j’avais 12 ans et j’ai enregistré mes premières chansons quand j’avais 14 ans. Je me souviens, c’était un de nos voisins qui était ami avec mes oncles et mes tantes et qui avait entendu que je rapais, puis voilà, il a écouté, il a dit, «Ah, j’adore! J’ai un studio!» Puis voilà, je me suis retrouvé dans leur studio. 

C’était un espèce de garage. C’était ça, mes premières expériences, puis je crois que j’avais 17 ans quand j’ai tout mis sur MySpace. Et je partageais ma musique avec mes amis à l’époque. C’est eux qui m’avaient poussé à mettre tout ça sur MySpace. Quelques années après, ce sont encore mes amis qui me disaient, «OK, maintenant, faut que tu post ça sur Facebook, etc.»

Mais, c’est ça. Moi, le rap et l’écriture, c’est la chose la plus constante dans ma vie. C’est la chose que je n’ai jamais arrêté de faire. C’est la chose qui a toujours été là. J’aime bien dire que c’est ma relation la plus saine, voilà! Même si elle a été toxique, parfois. Une fois que tu commences dans l’industrie, c’est différent, mais c’est ça. Même si, un jour, je décide de ne plus partager, ça ne veut pas dire que j’ai arrêté. 

M: Intéressant. Ta musique fait une partie de toi complètement qui sera toujours là. C’est aussi cool que t’as eu des personnes qui t’ont encouragé aussi! Partager sa propre musique peut soulever des sentiments assez vulnérables et le soutien des autres devient parfois l’encouragement qu’on a besoin pour poursuivre. Trouves-tu que le moment où t’as partagé et peut-être même le fait d’avoir commencé plus jeune t’as aidé avec ses sentiments un peu plus énervants de se partager? Avais-tu de la nervosité du tout?

Échappée Belle EP à aliasjazz.

PHOTO: facebook aliasjazz

J: Pas au début. Avant que ça décolle un petit peu pour moi, ma carrière, avant ça, j’aimais partager, mais déjà parce que les gens me rassuraient. Je n’aurais jamais partagé juste moi-même. Je partageais avec mes amis les plus proches. C’est super, et maintenant j’y crois. Et aussi, je travaillais dur; je savais mon potentiel et aussi ça ne m’a jamais dérangé de partager parce que c’était la façon j’avais choisi, en fait, de trouver ma place. Ça me permettait d’exister. Fais penser à la traversée des choses et l’adolescence qu’est une période ingrate et moi, tu vois, par mes multiples et différentes identités. Par exemple, moi j’ai toujours été queer. J’ai toujours été une personne trans. Il n’y avait pas vraiment beaucoup de gens autour de moi qui me rassemblaient. J’ai grandi, en majorité, avec des personnes blanches. 

En France, on ne m’a jamais considéré comme un Français parce que je ne suis pas blanc, et puis, quand j’allais en Algérie, on m’appelait l’immigré. Tu vois, il y avait plein de dynamiques différentes qui faisaient que, je pense, avec du recul et maintenant que tu me poses la question, c’était vraiment, «Ah, bon, là j’ai ma place. Avec ça (ma musique), j’ai ma place. Avec ça, j’existe. Avec ça, on me voit et on me comprend.» 

Mais, après, quand c’est un peu décollé et que, justement, ta musique ne t’appartient plus, là, j’ai commencé à devenir un peu plus protecteur, et c’était trop tard, en fait. Tu ne peux pas reprendre des choses; une fois qu’elles sont parties, elles sont parties, elles t’appartiennent plus. Après, c’est à toi de savoir comment faire pour continuer à faire ce que tu fais sans avoir le contrôle total sur tes créations, en fait. Parce que c’est vrai, moi, ce que j’écris, ç’a toujours été personnel parce que j’ai toujours écrit pour moi et, une fois que ç’a commencé à décoller, bein, en fait, t’écris un petit peu aussi pour les autres. À partir du moment où tu décides de partager ta musique et tu n’as pas envie d’en dire, par exemple, tu dois jouer le jeu, en fait. 

M: J’aime ça, c’est comme ta façon de te connaitre et de savoir qui t’es. 

J: Oui, c’est sûr. Moi, j’ai toujours su qui j’étais, grâce à ma musique. Je réfléchis beaucoup, je suis toujours en train de réfléchir, mais c’est sûr que, si je n’avais pas eu l’écriture, je ne sais pas où elles auraient été, ces réflexions. Elles auraient été nulle part, elles auraient abouti à quoi que ce soit. Ça m’a appris à me connaitre, à grandir, à comprendre.

M: C’est formidable. Pis c’est vrai qu’une fois que tu lances ta musique, c’est là, c’est parti aux autres, mais tu ne sais jamais qui tu vas aller chercher avec cette musique, non plus. Pis, je trouve que ça donne vraiment une différente sorte de vie aux œuvres. Non seulement est-ce que c’est une création artistique, mais c’est un véhicule de connexion aux autres.

aliasjazz.

PHOTO: facebook aliasjazz

J: C’est ça, parce que tu vois, là, je ne sors plus de musique, comme j’en sortais avant. Avant, c’était vraiment tous les jours et pendant des années, j’en sortais. Là, j’en sors pas trop. La plupart des choses que je post, c’est ma vie personnelle. J’ai un petit peu changé mon approche, mais moi, toutes les semaines depuis que j’ai commencé à partager ma musique, je reçois des messages, en fait, des gens qui, soit c’est des gens qui me suivent depuis longtemps et qui me demande quand est-ce que je vais faire des choses, soit c’est des gens qui m’envoient des messages pour me dire, «Oui, j’espère que tu n’as pas arrêté parce que ce morceau-là, il a fait ça, il m’a aidé à faire ça.» Alors, en fait, on ne sait jamais à quel point l’impact que tu peux avoir sur les individus et sur leur vie. 

Et, mes chansons, oui, ce sont mes mots, oui c’est mon histoire, mais les noms, ils changent. Les endroits, ils changent. Mon parcours, même si c’est mon parcours, il y a des choses qu’on traverse tous. Même si mon parcours est assez atypique, il n’y a rien de spécial dans le sens où, si moi je peux le faire, toi aussi tu peux le faire. 

M: C’est ça qu’est intéressant aussi, quand même qu’il y a tellement d’artistes qui partagent dans le monde, tes créations peuvent quand même former un type de connexion avec toutes sortes de personnes. On dirait qu’il y a quelque chose dans les artistes qui cherchent cette connexion-là avec les gens.

J: Oui, carrément. Il y a quelqu’un qui me disait, les artistes, c’est des gens qui sont comme des catalyseurs, en fait. Ça veut dire, on reçoit des messages de quelque part d’autre et puis, nous, après, on est là pour passer ce message. J’aime bien cette idée-là. 

M: Moi aussi. Je pense que, comme écrivains, on oublie parfois que ce n’est pas tout le monde qui peut le faire ou qui s’exprime de cette façon. Je pense qu’il y a une partie de moi dans ma tête qui pense, «Oh oui, tout le monde écrit ses pensées.» J’oublie que c’est unique à un tel groupe de créateurs. Dirais-tu que quand tu vas pour écrire une tune que ça te vient tout d’un coup? Choisis-tu un sujet ou c’est vraiment juste ce qui se passe dans ta vie au moment?

J: Moi, j’écrivais beaucoup avant, quand j’étais plus jeune. Surtout à l’école. C’était là qu’il y avait toute l’inspiration. Je me rappelle j’étais au fond de la classe pis j’écrivais des morceaux, mais tous les jours. Ça, c’était vraiment une période à part, parce que, moi, en fait, j’écris pas beaucoup. De moins en moins, et même physiquement, je n’écris plus physiquement. En fait, j’écris dans ma tête. 

L’inspiration, c’est surtout ce que je traverse. Je pense beaucoup quand je marche et moi, je marche partout. Donc quand je marche, parfois, j’ai une réflexion de quelque chose qui s’est peut-être passé et qu’ensuite je transforme en phrases et ça start quelque chose. Ça peut partir juste d’un mot ou une phrase et, en fait, j’aime la répéter jusqu’à ce que je peux trouver une rime et après, tous les jours, je la répète dans ma tête et j’écris mes morceaux comme ça. C’est comme ça que j’ai écrit mon dernier morceau, en trois ou quatre mois, mais c’était ça. À tous les jours, chaque fois que j’allais quelque part, je répétais ce mot-là, et j’ajoutais, en fait. 

Mais, je n’ai pas de sujets de présélection. La plupart du temps, c’est vraiment qu’est-ce qui m’entoure. Si je me mets devant une feuille et que j’essaie d’écrire, alors que j’ai pas forcément d’idée d’écrire, ça va pas marcher. Je ne me force plus. Parce que c’était ça. À un moment donné, quand j’ai commencé à être plus connu, tu deviens plus productif. Il y a un momentum. Il faut prendre le moment, mais je ne peux pas forcer l’inspiration et du coup, je commençais à avoir une relation que j’aimais plus écrire parce qu’il fallait écrire pour écrire. Ça m’a un peu dégouté. Et j’avais peur que, si je ne me forçais pas à écrire, je n’allais jamais écrire et, en fait, c’est pas vrai. 

Après une longue pause, je pense que je n’avais pas écrit de morceau pendant deux ans, juste des petites phrases ici et là, et je commençais à stresser. Je me disais, «Ouf, je ne pourrai plus jamais écrire des morceaux. Comment je faisais avant?!?» Et, voilà, j’ai finalement écrit un morceau et j’ai réalisé qu’il ne faut pas stresser. Ça prend du temps, mais je ne me force pas, et c’est vrai que, des fois, quand les gens me demandent conseil d’écriture et d’inspiration, j’encourage les gens à ne pas se forcer. Ça vient quand ça vient.

M: Ouais, pis c’est souvent les chansons qui me viennent tout d’un coup que j’aime le plus, contrairement aux chansons que j’ai peut-être forcées un peu trop parce que je voulais écrire pour écrire. Les messages qui existaient juste dans ta conscience, qui, tout d’un coup, sortent sur la page flow d’une façon que j’aime. 

J: Non, c’est vrai ce que tu dis. Par exemple, mon prochain projet, j’enregistre trois chansons et, parce que je les ai pas enregistrées, je n’arrive pas à écrire de nouvelles choses. Il y a comme une attache bizarre que j’ai besoin que ces morceaux-là soient enregistrés, soient parties pour pouvoir passer à la suite. C’est aussi différent si t’es artiste à plein-temps, que j’ai été avant, ou que t’es artiste quand tu peux, ce qui est un petit peu le cas maintenant. 

M: C’est le fun d’entendre que t’as des nouvelles choses qui s’en viennent! 

J: Oui! Ça fait depuis 2024 que ça va, et maintenant, il reste vraiment juste l’enregistrement. Ça devrait sortir en mars 2026. 

M: Awesome! Est-ce que tu crées aussi les beats qui vont avec tes paroles?

J: La majorité du temps, j’avais déjà les beats. Les gens m’envoyaient les beats et ça marchait, je pouvais écrire dessus. Mais, après, en grandissant, j’arrivais de moins en moins à écrire sur les beats. Du coup, j’écrivais plein de choses qui n’allaient pas sur les beats. C’est dur d’adapter des textes orphelins sur des beats, alors que, avec des musiciens, tu peux vraiment l’adapter. Moi, c’est un peu dans cette direction que j’ai envie d’aller. 

Dans le programme Arrière-Scène Backstage, j’ai rencontré bein des artistes et des musiciens de fond, et on a fait une résidence de création, où chacun était intégré dans la musique des autres. Du coup, j’ai eu la chance d’avoir tout un groupe [pour] jouer de la musique et moi, je rappais. Et c’est ça que je veux faire: je veux être sur scène avec des musiciens. Des beats, c’est un loop, c’est moins organique. J’ai plus la flamme avec ça.

M: Trop intéressant. C’est vrai qu’être sur la scène avec des gens qui jouent, ça crée des dynamiques avec un peu plus de vie. Ça souffle un peu plus. 

J: Oui, c’est ça! Et j’ai des mélodies dans la tête aussi. Faut juste que je me mette avec des musiciens qui peuvent traduire mes mélodies et puis apporter leur push et leur skills, tu vois. 

M: C’est ça, on peut souvent entendre la base de ce qu’on veut, mais quand la personne qu’est pro vient et ajoute son niveau au truc, ça l’apporte au prochain niveau. 

J: C’est ça, être entouré de ça, ç’a débloqué plein de choses. 

M: Qu’est-ce que tu dirais à un artiste qui commence dans le monde de création et de musique?

J: Que la passion ne devienne pas une obsession. Faites attention de qui vous entoure. Il faut trouver les bonnes personnes, des gens bienveillants. Ça fait gagner du temps, de l’énergie. Et puis rester soi-même, et de ne pas se comparer aux autres parce que ça aide pas. Il n’y a personne qui est toi. Sois toi.  

Vous pouvez trouver la musique d’aliasjazz sur Spotify, ainsi que sur leur chaine YouTube.

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Type: Rubrique

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