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Telle est l’expérience que je viens de vivre lors d’une activité qui s’est déroulée vendredi soir, le 17 avril, à Moncton, au Centre culturel Aberdeen, sous le thème «Échappées nocturnes: récits entre asphaltes et sentiers».
Tenue en amont du Festival littéraire Frye, et en partenariat avec celui-ci, cette activité a réuni des écrivains, des intellectuels, des entrepreneurs et des membres du public issus, pour la plupart, de la diaspora noire.
Les questions d’immigration, d’intégration et de dialogue interculturel étaient donc au rendez-vous. La table ronde à laquelle j’ai eu le plaisir de contribuer visait justement à explorer comment «s’enraciner sans se déraciner», c’est-à-dire comment négocier des appartenances multiples — entre terre d’origine et milieu d’accueil — sans perdre une part essentielle de soi-même.
Avant d’évoquer quelques-unes des réflexions qui ont été partagées, je me dois de rendre hommage à l’organisme qui a orchestré ces Échappées nocturnes. Il s’agit de Parole du coin, un collectif voué à la promotion de la diversité des cultures francophones, afin d’encourager les jeunes «à s’exprimer librement, à tisser des liens et à élargir leurs horizons». Son but ultime est, selon son énoncé de mission, d’aider à construire «une communauté vivante où chacun peut s’enrichir d’expériences variées et cultiver un esprit d’ouverture indispensable à notre époque».
Parole du coin est né de l’initiative de Jean Jhony Jean Baptiste, président et fondateur de l’association. Originaire d’Haïti, il réside depuis trois ans à Moncton, où il travaille à l’Alliance française. Dynamique et doté d’un enthousiasme tout à fait contagieux, M. Jean Baptiste est animé d’une volonté à toute épreuve de favoriser le partage d’idées et d’expériences. Il aime beaucoup le milieu acadien, qu’il a découvert en s’implantant au Canada.
Les intervenantes et intervenants dans le cadre des «Échappées nocturnes», tenues le 17 avril 2026 au Centre culturel Aberdeen, à Moncton.
Parmi les initiatives qu’il mène dans le cadre de Parole du coin, j’apprécie tout particulièrement son balado, qui porte le même nom que l’association. Disponible sur Spotify et plusieurs autres plateformes, Parole du coin met en valeur les proverbes haïtiens, tant dans leur spécificité culturelle que dans leur portée universelle. J’en recommande vivement l’écoute, à la fois agréable et éclairante.
Au mois de février, M. Jean Baptiste m’a fait le plaisir de se rendre jusqu’à la Baie Sainte-Marie pour assister à une célébration de ma chaire de recherche, qui a pris fin en novembre dernier, ainsi qu’au renouvèlement de l’Observatoire Nord/Sud, qui poursuit ses activités. Notre conversation m’a confirmé que j’avais eu raison d’accepter son invitation à participer aux Échappées nocturnes, alors déjà en préparation.
La soirée de vendredi dernier a été animée par M. Jean Baptiste en compagnie de Jovial Orlachi Osundu, étudiante finissante en travail social à l’Université de Moncton et, tout récemment, lauréate du prix VIVE (Visionnaire, Inspirante, Valorisante, Énergique) du Nouveau-Brunswick, lequel célèbre les personnes qui font progresser l’égalité des genres.
L’activité faisait converger des voix de l’Acadie, de l’Afrique et d’Haïti, donnant lieu à un échange triangulaire centré sur la résilience.
Des lectures littéraires ont constitué le premier volet de la soirée. Nous avons eu le privilège d’entendre Phiautha Dantiste (Haïti), Haqq Brice Adéoyé (Bénin) et Gabriel Robichaud (Nouveau-Brunswick). Ces trois poètes ont livré des textes d’autres écrivains ainsi que les leurs, performés avec une énergie électrisante.
La table ronde à laquelle j’avais été conviée formait le deuxième volet. J’y prenais part aux côtés du professeur Roromme Chantal, de l’Université de Moncton, éminent spécialiste des relations internationales, ainsi que de Fatoumata Guindo, romancière, citoyenne engagée et diplômée en administration des affaires de cette même université.
En réponse au défi qui nous avait été posé, nos interventions respectives ont mis en lumière divers aspects de la résilience culturelle. Mon propos portait sur les influences africaines dans la culture francophone de la Louisiane, notamment à travers les personnages de Bouki et de Lapin, l’éternelle dupe et le rusé impitoyable, dans le folklore.
À son tour, le professeur Chantal a livré une réflexion saisissante sur l’impact mondial de la Révolution haïtienne, par laquelle les esclaves de Saint-Domingue ont conquis leur liberté à la fin du 18ᵉ siècle.
Quant à Mme Guindo, nous avons été profondément touchés par sa perspective sur la condition des femmes maliennes, nourrie à la fois par son propre vécu de mère et par celui — certes imaginé — d’un personnage de son roman Safia – Le poids d’une histoire (2024).
Ces échanges ont suscité une discussion à la fois animée et féconde avec le public, fortement interpelé, notamment, par l’impératif de «s’enraciner sans se déraciner».
Ce compte rendu des Échappées nocturnes n’est pas exhaustif. D’autres personnes ont pris la parole et bien d’autres idées ont émergé. Pour en offrir un aperçu plus complet, l’enregistrement de l’activité fera l’objet d’un épisode à venir d’Acadiversité, le balado de l’Observatoire Nord/Sud, en collaboration avec Parole du coin.
En attendant sa diffusion, je dis: longue vie à Parole du coin et vive l’Acadie de la diversité!
