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Melissa: Bon matin!
Lilianne: Salut, ça va?
M: Oui, toi?
L: Oui!
M: Awesome! C’est cool de te rencontrer! Merci de faire partie de la rubrique Notre musique de côte à côte!
L: Oui, merci à toi!
M: Peut-être on peut commencer avec où t’as grandis pis tes souvenirs de quand les arts/la musique sont entrés dans ta vie?
L: Yeah! Je viens de Chéticamp, ça fait que je feel comme si que l’art et cet endroit vont un avec l’autre. L’art, ça fait vraiment partie de la culture de Chéticamp. Avoir grandi là, c’est sûr que j’ai eu accès à beaucoup de spectacles de théâtre et de musique, et ç’a tout le temps été une très grosse partie de mon identité.
Je dirais que mon amour pour les arts/la scène, c’est vraiment ce que c’est aujourd’hui à cause que j’ai grandi à Chéticamp, dans un village qui rayonne de culture pis d’art.
M: C’est beau, ça. Y avait-il de la musique dans la famille?
Lilianne Cormier.
L: Ouais, je suis la fille à Camille pis Gerry, so, sur les deux bords, y en a. Sur le bord de ma mère, un petit peu moins; mon cousin est percussionniste incroyable, il s’appelle Glen Deveau, pis lui a fait beaucoup de musique. Pis là, sur le côté de mon père, toute sa famille est quand même très musicale. Mon père joue de la guitare depuis qu’il est petit, pis mon oncle pis ma tante, c’est des chanteurs d’opéra. Ça fait que ç’a tout fait partie de notre entourage.
M: C’est awesome! Beaucoup de musique chez toi! Écoutais-tu de la musique acadienne ou française en grandissant? Peux-tu te rappeler quand la musique acadienne est devenue un intérêt pour toi?
L: À Chéticamp, honnêtement, ce parcours-là a été vraiment rocky pour des années. D’un côté, c’est vraiment positif, pis, d’un autre côté, ç’a été vraiment négatif.
Chéticamp a vraiment tout le temps rayonné sur la chanson traditionnelle; on avait des icons de la musique, comme Gérard Romard, qu’a été chercher des chansons traditionnelles et les a remis en musique et là, plein de gens prenaient les chansons de Gérard Romard et les refaisaient de leur manière.
Alors, la chanson traditionnelle pis acadienne et francophone, ç’a tout le temps été extrêmement important, et pour bonne raison: pour garder ces chansons-là et ces textes-là en vie. Mais grandissant dans cet environnement-là, ça faisait en sorte que quasiment tous les spectacles que je faisais quand j’étais jeune, fallait que ce soit en français, il fallait que ce soit du crowd pleasing, pis ça, c’était toute des chansons traditionnelles qui venaient de par che’nous.
J’aimais tellement faire des spectacles que je les faisais pareil, mais je crois qu’intérieurement, parce que ça me mettait dans ste boite-là, c’est comme any teenager qui veut faire l’opposé de ce qu’on leur demande.
J’ai vraiment essayé de me distancier de l’identité artistique acadienne parce que moi, quand j’entendais artiste acadien, tu faisais de la musique traditionnelle, pis c’est tout ce que c’est. Fait que, ç’a été vraiment rocky pour moi, surtout quand je restais encore à Chéticamp.
Asteur que je reste à Moncton, et depuis que je suis icette, mon monde a ouvert. Il y a tellement plus d’artistes francophones/acadiens qui sont des influences artistiques que je cravais quand j’étais jeune.
J’en parle, une fois de temps en temps, que je crois que j’ai plus strugglé avec mon identité acadienne que mon identité queer. Le fait que je suis queer n’a jamais été un problème, ç’a tout le temps été un atout. Mais mon acadienneté, je feelais qu’il fallait qu’on soit d’une certaine façon, je feelais qu’il fallait que je sois fière de ma culture, mais je ne m’identifiais pas avec ça que je pensais qu’était ma culture… en tout cas!
Depuis que je suis à Moncton, mes horizons acadiens se sont beaucoup élargis, pis j’ai appris que tout le monde fait ce qu’ils veulent! Pour vraiment longtemps, je cravais de l’art acadien qu’existait pas et je l’ai fait. Ça, pour moi, ç’a été vraiment life changing, pis de rencontrer des artistes acadiens qui font juste de quoi qu’est vraiment weird… comme les Lisa LeBlanc et les P’tit Belliveau qui ont révolutionné l’art acadien. De voir des artistes comme ça se réinventer within l’identité acadienne, pour moi, ç’a été vraiment le message que moi, je peux faire ça aussi.
Lilianne Cormier.
M: Trop vrai. Même chose chez nous, c’était facile d’avoir une idée de ce que la musique acadienne devait être. Mais là, on avait Radio Radio pis des artistes comme ça qui ont vraiment dit qu’ils allaient le faire de leur façon.
L: C’est ça! C’était comme, quoisse tu veux dire que la musique acadienne n’a pas besoin d’être du country? Ça, pour moi, c’était révolutionnaire! Parce que c’était la seule affaire que j’avais entendue…
M: Complètement. Ces jours-ci, on a vraiment l’impression que ça peut être beaucoup de choses.
L: C’est ça, trouver des artistes qui font leur propre son est beaucoup plus facile maintenant.
En grandissant, quand je cherchais pour de la musique et de l’art pour consommer qui m’intéressais, je ne cherchais pas pour du stuff acadien parce que ça n’existait pas, j’allais écouter du stuff anglophone à la place. Et ce n’est pas une mauvaise chose! Tellement de mes influences anglophones ont un impact sur ma création francophone. Je ne serais pas l’artiste que je suis sans mes influences anglophones et francophones. Je pense que c’est trouver un happy medium et marier ces aspects-là.
M: Oui, je comprends. Quand dirais-tu que la création de musique en français est devenue importante pour toi? La motivation était-il toujours de créer de la musique que toi tu voulais voir exister?
L: J’ai juste commencé à écrire pis feeler bien dans mon écriture francophone quand j’étais à l’uni, parce que j’étais entouré de francophonie 24/7.
L’été, je travaille avec le Festival international de la chanson de Granby, pis je travaille pour leur volet jeunesse. À tous les mois d’aout, c’est une semaine où il y a des artistes de 14-17 ans qui font partie d’une semaine de résidence pour créer un gros spectacle dans le cadre du festival.
Alors, moi, ça fait depuis 2022 que je travaille là comme accompagnatrice, pis ça, ç’a été huge parce que c’est un projet pancanadien où que je voyais la francophonie canadienne rayonner! Voir des jeunes s’exprimer en français, voir des jeunes faire de l’art en français, c’était vraiment un moment où j’étais comme, «Comment ça que moi, je suis une adulte et j’ai de la misère à m’exprimer créativement en français dans ma langue maternelle?» So, y’avait ste désir-là aussi.
Peut-être aussi un peu de jalousie de voir du monde s’exprimer tellement facilement en français, et je voulais être capable de faire ça. Je dirais que ç’a vraiment commencé à cause de ça, pis parce que j’étais à Moncton et je feelais moins de pression communautaire. Parce qu’il y a du monde qui vient de partout.
M: C’est vraiment intéressant parce que c’est vrai que créer de l’art sous une pression va sortir différemment que sortir de l’art parce que c’est comme ça que ça veut exister naturellement.
Moncton est vraiment une place spéciale itou, il y a un air artistique qu’est le fun d’exister dedans, une vibration artistique unique et ouverte.
Une fois que t’as commencé à lancer ton art en français, c’était quoi la réponse que t’as eue? C’était-il vraiment comme, «On te voit, on t’encourage»?
L: Oui, beaucoup. Pis, j’ai étudié en théâtre, fait que mon cercle était très artistique from the get go. Dès que j’ai arrivé à Moncton, j’étais entouré d’artistes. De pouvoir parler about créer en français, ç’a été vraiment le fun, pis d’élargir mon vocabulaire artistique en français.
Puisque j’étudiais en théâtre, j’étais déjà en train de créer en français. Mais, pour moi, écrire des chansons, c’est très personnel. De plus en plus que le temps avançait, je me suis aperçu que ça sortait en français. Après ça, je pouvais en parler avec mes friends, pis y’avait pas de discussions à propos de la langue qui sortait, c’était juste that’s the way it is.
M: Les gens artistiques sont des gens ouverts, juste contents de parler de création. Pendant mes études à UdeM, moi, itou, je feelais une acceptance des mes fellow artists parce que tout le monde voulait juste créer. C’était une welcoming place à grandir comme artiste.
L: Ouais! Pis je feel aussi que quand je vois du monde d’ailleurs, ils disent que Moncton est un hub artistique. Y a tellement d’art qui sort de là! Entendre d’autre monde parler de ça me fait réaliser comment c’est nice.
M: Complètement, c’est une bonne place à se trouver comme artiste.
Quand ça vient à de l’inspiration pour toi, d’où dirais-tu que ça te vient?
L: Je pense qu’en musique, mes textes sont très personnels. C’est comme une ligne fragile, mais si je veux écrire à propos d’une relation ou d’une situation qui m’est arrivée, je m’aperçois de plus en plus que, si c’est une relation francophone, la chanson va sortir en français. Si c’est une relation anglophone, la chanson va sortir en anglais.
J’ai vécu beaucoup avec de l’anxiété pis de la dépression, fait que, pour moi, l’écriture, c’est also une thérapie; quand je feel overwhelmed ou quand je feel que j’ai du stuff en dedans qui faut que ça sorte, je l’écris. Je crois que tous mes textes partent d’une place sans filter. Si c’est tout croche, c’est tout croche, whatever. Pis, oddly enough, c’est souvent stes textes-là que je trouve finissent par être une bonne chanson.
Je me fais souvent inspiré par d’autres artistes itou, et, quand je les vois s’exprimer, je me trouve à vouloir écrire. C’est sur que la communauté artistique, c’est une énorme source d’inspiration pour moi.
Fait que, je dirais que c’est un mix d’expérience de vie, un mix de m’exprimer pis de m’inspirer des gens artistiques qui m’entourent; c’est vraiment ça qui fuel ma création.
En théâtre, mes «pouquoi» que je fais ça et mes inspirations, c’est que le théâtre pour moi, c’est un lieu de rencontre. Je feel que je fais du théâtre parce que je veux connecter avec des gens, que ça soit des personnages ou des gens qui viennent watcher le show. Pour moi, c’est ste connection-là que je crave pis que j’aime beaucoup.
En musique, je m’aperçois que je fais pas de la musique et je sors pas de la musique parce que je veux que le monde relate à mes chansons. Ma musique, c’est vraiment, faut que ça sorte de moi, pis une fois que c’est sorti, ça m’appartient plus, I can move on.
M: C’est vraiment une beauté, ça, Lilianne! C’est une façon tellement mature de créer! Des gens peuvent se perdre, moi y inclus, dans la vulnérabilité que partager des morceaux de soi-même en chanson peut évoquer, mais à la fin de la journée, c’est comme ça qu’un artiste s’exprime.
Est-ce que tu l’expliques comme une confiance qui fait en sorte que t’as cette bonne relation avec le partage de ton art?
L: Bein merci! Honestly, j’ai aucune idée. Je crois que ça vient d’un mix de mon identité acadienne, queer, le fait de pas feeler que je fais partie de la norme, mais, then again, quoi qu’est la norme? Mais, peut-être que c’est ste feeling-là, de tout le temps feeler comme la odd one out, qui fait en sorte que je feel qu’il faut que j’extériorise de quoi pour feeler un sens de connexion; au théâtre, avec les autres, en musique, avec moi-même.
M: C’est naturel pour toi de juste le faire.
L: I guess!
M: C’est une bonne chose! Et tu représentes des gens qui s’identifient plus comme toi, aussi. Comment ça te fait sentir d’aussi être représentante des personnes queer dans le monde acadien?
L: J’ai vraiment été lucky, mes parents ont tout le temps été vraiment accepting. Pour moi, ç’a tout le temps été, juste, fine. Ç’a été une autre affaire de l’accepter within myself. Quand j’ai commé out, j’ai jamais eu peur que le monde allait pas m’accepter, mais j’ai eu peur pour mes droits. J’ai eu peur que, si j’accepte que cecette, c’est ma vie, j’ai peur que ça va être rough par boute dans certains contextes politiques.
Je crois que, pour moi, créer de l’art, parce que c’est tellement personnel, surtout en musique, et ça reflète qui je suis, je peux pas enlever ma queerness de ça.
Pis, je pense que, dans cette intimité-là, de l’art queer, je pense que ça universalise des feelings qui sont tellement profonds, que ça risque plus impacter du monde. Je pense aux chansons à Maggie Savoie, une magnifique songwriter, qui chante à propos d’un partenaire amoureux, mais elle mentionne pas qu’elle parle d’une fille. So, ça fait en sorte que ça connecte vraiment beaucoup avec du monde qu’est queer, et ça connecte avec du monde qu’est straight, parce que ça exprime quand même la feeling, ça exclus personne.
M: J’aime ça comme inspiration, d’aller connecter avec le monde, peu importe comment ils s’identifient. On a déjà mentionné l’impact que ça peut avoir, des artistes qui font ce qu’est authentique pour eux. C’est la meilleure chose que tu peux faire comme artiste.
L: C’est ça. Je ne peux pas croire qu’il a un temps dans ma vie que je pensais pas que j’allais être artiste. Ç’a tout le temps été tellement important pour moi de kind of revenir à qui que j’étais comme kid.
J’étais une loud kid, queer, francophone, et, pour rendre honneur à ste kid-là, ç’a été le best stuff que j’ai ever fait. Je pense que cet amour-là qu’on peut montrer à notre younger self, c’est comme la même sorte d’amour d’accepter le monde qu’est différent, accepter le monde qui nous ressemble pas, accepter le monde qui nous ressemble. Ça, pour moi, c’est dans ces environnements-là où je me sens le plus safe, où que j’ai les meilleures discussions, où que le meilleur stuff artistique sort. C’est vraiment healing.
M: C’est beau d’entendre que c’est ça ton expérience. Ça prend ça, ça prend des artistes qui sont en train de créer du cœur et d’un cœur ouvert.
Lilianne Cormier sur scène comme le personnage Donkey dans la pièce de théâtre, Shrek.
En parlant des volets artistiques auxquels tu participes, j’ai vu que tu viens de finir des performances au Théâtre Capitol dans la production Shrek! Tu jouais le personnage de Donkey, en plus!
L: Oui! Ça, c’était such a dream come true! Mon frère fait also du théâtre. J’ai un peu suivi dans ses pas et ça fait des années qu’il travaille avec le Théâtre Capitol.
À tous les ans, je savais qu’ils font un musical et il y a un open call quand tu peux soumettre un formulaire, et après ça, ils t’envoient un email pour te dire quand que t’es convoqué à une audition. Fait que j’ai auditionné pis, at first, j’ai eu un rôle dans l’ensemble, pis je pensais, «Parfait! J’ai mon pied dans la porte au Capitol!»
Pis là il a eu un recasting pour Donkey parce que c’était supposé être Luc LeBlanc, mais là, il ne pouvait plus faire le projet. Ils ont envoyé un email à moi, mon frère et un autre gars qu’était dans l’ensemble pour auditionner. So, j’étais vraiment grateful parce que c’était ma première fois de travailler avec eux autres et ils me demandaient d’auditionner pour un lead role.
Pour Donkey, ils ont demandé pour une self-tape. Moi et mon frère, on a travaillé nos auditions ensemble, pis c’est ça! Une semaine après, l’annonce s’est faite qu’ils m’avaient choisie pour Donkey! Ils savaient, en plus, qu’ils voulaient vraiment mon frère dans le rôle de Pinocchio. So, ça kind of tombé du ciel, pis c’était vraiment une belle expérience!
M: Ça, c’est trop le fun! On dirait que ce serait un caractère que tu peux juste t’enjoyer sur la scène!
L: Tellement! Pis pas pour dire I was the one for the role, mais ça fait toute ma vie que le monde me compare à Donkey! Et je le prends comme compliment! Parce que je chante, pis je danse, ça fait que c’est comme si c’est moi!
M: C’était dans les étoiles!
Lilianne, merci pour ton temps, c’était un plaisir de parler avec toi. J’aime demander aux gens avec qui je discute s’ils ont de l’avis pour les artistes qui commencent dans le monde des arts. Peut-être de l’avis que tu te donneras au début de ta carrière.
L: Honnêtement, je crois que je dirais qu’il n’est jamais trop tôt, pis il n’est jamais trop tard.
No matter où que t’es dans la vie, que tu le saches ou pas, t’es entouré d’art. Si c’est de quoi qui t’intéresse, si c’est de quoi qui te touche, juste ouvre tes yeux un petit peu plus. Prends le temps d’observer ce qui t’entoure.
Pour moi, la créativité pis les arts, c’est tellement fondamental dans le bienêtre. Il y a personne qui devrait ou qui peut prendre ta right de t’exprimer. Peu importe quoisse que ça ressemble, peu importe quoisse que t’as sur le cœur, c’est valide. Pis, je pense que c’est important si c’est de quoi que tu veux de t’exprimer.
Again, pour moi, l’art, c’est tellement personnel, mais en même temps, c’est une façon de te connecter avec les gens. Si tu cherches de quoi de personnel, pis de quoi qui va t’aider à feeler mieux dans ta peau, pour moi, l’art, c’est la réponse. C’est tellement une énorme partie de la vie et du bienêtre, qu’il n’est jamais trop tôt, pis il n’est jamais trop tard.
Légende de mots acadiens:
Ouais – oui
pis – et
Asteur – Maintenant
icette – ici
quoisse – quoi ce que/ce
ste – ce
itou – aussi
cecette – ceci
