Type de contenu: Rubrique
Mais pourquoi est-ce un évènement exceptionnel? Et que pouvons-nous en retenir d’instructif en ce moment, où le monde semble de plus en plus fracturé? Après avoir répondu à la première question, nous regarderons de plus près le cas du Ramadan, mois sacré de l’islam observé par environ deux-milliards de musulmanes et de musulmans dans le monde.
Un calendrier, c’est un système de division du temps en années, en mois et en jours. Au fil des millénaires, différentes sociétés et civilisations ont adopté diverses méthodes pour le repérage temporel. C’était un développement essentiel pour garder le souvenir des évènements, prévoir le retour des saisons agricoles, encadrer la vie politique et les activités commerciales et, d’importance capitale, respecter les fêtes religieuses.
La majorité de ces méthodes ont été basées sur des observations astronomiques, soit du soleil, soit de la lune, et parfois en incorporant d’autres corps célestes, comme le fait le calendrier maya. Dans le premier cas, on parle de calendrier solaire et d’année solaire, et, dans le deuxième, de calendrier lunaire et d’année lunaire. Il existe aussi un système mixte, qualifié de lunisolaire.
Des membres de la communauté musulmane mangent un repas avant l’aube, appelé le sahur, le 21 avril 2021, à Adana, en Turquie.
Le calendrier solaire que nous utilisons communément et officiellement connait peu de variations du type dont il est question dans cette chronique. L’exception majeure réside dans l’ajout du 29e jour de février tous les quatre ans, afin de rattraper un léger décalage par rapport à l’année solaire réelle, qui dure 365,2422 jours plutôt que 365. Appelé calendrier grégorien, d’après le pape Grégoire XIII qui l’a instauré au 16e siècle, il a été adopté dans l’Empire britannique à partir de 1752. Cela veut dire – fait méconnu – que la France et l’Angleterre ont employé des calendriers différents, avec un décalage d’une dizaine de jours, pendant 170 ans!
Mais revenons à nos moutons… ou plutôt à nos dragons, car c’est cet animal fabuleux, symbole d’énergie et de bon augure, qui se trouve toujours en vedette lors des célébrations du Nouvel An chinois. Fête du printemps, le début de l’année traditionnelle – en Chine et dans plusieurs autres cultures asiatiques – tombe toujours entre le 21 janvier et le 20 février. Pourquoi?
L’année chinoise est déterminée par un calendrier lunisolaire, où chaque mois commence à la nouvelle lune et où l’on ajoute un mois supplémentaire, dit intercalaire, environ tous les trois ans pour rester aligné sur les saisons. Les mois lunaires étant de 29 à 30 jours, sans ce correctif, il y aurait un glissement d’environ 11 jours par année. Le Nouvel An est célébré généralement à la deuxième nouvelle lune après le solstice d’hiver.
Quant au Carême et au Ramadan, ces deux périodes ont beaucoup en commun. Dans le christianisme comme dans l’islam, ce sont des temps de purification spirituelle, marqués par la prière, le jeûne et l’introspection. Dans les deux traditions, ces périodes encouragent aussi la charité et la maitrise de soi pour renouveler sa relation à Dieu et aux autres. Cependant, leurs calculs respectifs n’ont rien à voir l’un avec l’autre.
Il faut savoir, de prime abord, que le calendrier liturgique, ou religieux, de l’Église catholique comprend des fêtes fixes – dont la date ne change pas – et des fêtes mobiles – c’est-à-dire qui changent de date. Noël est une fête à date fixe, tandis que Pâques est une fête mobile, déterminée selon le calcul traditionnel du premier dimanche après la première pleine lune suivant l’équinoxe de printemps. Le Carême commence 40 jours avant Pâques, en référence aux 40 jours de jeûne de Jésus au désert.
Dans ma Louisiane natale, ces dates ont une immense signification culturelle dans la mesure où la saison du carnaval, dont le point culminant est le Mardi gras, précède le Carême. Les festivités se déchainent pendant plusieurs semaines – et j’ose croire que plusieurs lectrices et lecteurs du Courrier y ont déjà participé en rendant visite à leurs cousins cadiens. Il en est de même partout en Amérique latine.
Or, pour le Ramadan, c’est moins compliqué. Il s’agit tout bonnement du neuvième mois du calendrier islamique, qui est un calendrier lunaire pur et simple. Chaque mois débute à l’apparition du premier fin croissant de lune, qui suit la conjonction lunaire. C’est la nuit où la lune est invisible, car elle est alignée entre la Terre et le Soleil, ne réfléchissant alors aucune lumière vers nous. Au nombre de 12, comme dans le calendrier grégorien, un mois du calendrier islamique varie entre 29 et 30 jours.
D’où découle une petite complication tout de même: le commencement du Ramadan n’est déclaré officiellement que la veille de son premier jour, soit le dernier jour du mois de Chaâban. Mais, puisque celui-ci peut également durer 29 ou 30 jours, il y a souvent une incertitude à la dernière minute. Ce sont des comités officiels d’observation lunaire – composés d’astronomes, de responsables religieux et d’observateurs accrédités – qui prennent la décision finale.
Cette année, le premier jour du Ramadan a eu lieu le mercredi 18 février en Nouvelle-Écosse, suivant l’annonce du Conseil canadien des imams, mais le lendemain au Québec, tel que déterminé par le Conseil des imams du Québec.
Une divergence similaire s’est produite parmi les pays du monde musulman.
Note historique: Le calendrier islamique, appelé calendrier hégirien, a été instauré en 638 par le calife ʿUmar ibn al-Khattab, qui choisit comme point de départ l’année de la Hijra, c’est-à-dire la migration du prophète Muhammad de La Mecque à Médine en 622, évènement fondateur de la communauté musulmane.
Il est de notoriété publique que les musulmans jeûnent pendant le Ramadan. Ce rite consiste à s’abstenir de nourriture et de boisson depuis l’appel à la prière de l’aube, la salat al-Fajr, jusqu’à la quatrième des cinq prières quotidiennes, la salat al-Maghrib, lorsque le soleil est couché. On prend normalement un léger repas avant l’aube, puis, pour rompre le jeûne, un repas plus copieux, l’iftar, souvent un festin collectif.
Puisque les mois du calendrier islamique régressent de plusieurs jours d’année en année par rapport aux saisons, la durée du jeûne peut changer beaucoup au cours d’un cycle complet de 33 ans. Si le Ramadan tombe au milieu de l’été en Nouvelle-Écosse, il faut jeûner de trois heures et demie du matin jusqu’à neuf heures du soir!
Le jeûne en islam a pour objectif d’aider le croyant à développer la conscience de Dieu, à purifier son âme, à renforcer la discipline personnelle et à cultiver la compassion envers les plus démunis. Dans cette optique, plusieurs prescriptions sont exigées ou recommandées.
Beaucoup de musulmanes et de musulmans se donnent pour but de lire le Quran dans son entièreté. D’ailleurs, la croyance veut que ce soit justement pendant le mois de Ramadan que le livre sacré de l’islam fut révélé au prophète Muhammad pour la première fois. De plus, des prières nocturnes sont tenues dans les mosquées, pendant lesquelles de longs passages du Quran sont récités.
Les dons caritatifs et autres œuvres de bienfaisance sont de mise pendant le Ramadan. C’est normalement à ce moment que les musulmans d’un certain niveau de richesse versent la zakat, qui est une aumône obligatoire destinée aux personnes dans le besoin.
À l’occasion de cette convergence entre le Ramadan et le Carême, un haut responsable du Vatican a émis une déclaration pour souligner la solidarité entre catholiques et musulmans: «Ce cheminement partagé nous permet de reconnaitre notre fragilité intrinsèque et d’affronter les épreuves qui pèsent sur nos cœurs.» Ce message évoque surtout le besoin de rétablir la paix dans le monde.
De la même manière, la célébration du Nouvel An chinois, qui mettait récemment en lumière l’importance du renouveau et de l’harmonie, résonne avec cet appel à la solidarité. Ensemble, ces traditions rappellent que, par-delà les différences culturelles et religieuses, et malgré les crises et conflits qui secouent le monde actuel, les peuples peuvent rechercher un même horizon d’aspirations communes et complémentaires.
