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Être en camion de tournée, c’est long
Originaire de Sept-Îles, Steve se trouve ces jours-ci sur la Rive-Sud de Montréal. Il a déménagé à Montréal pour jouer de la musique professionnellement, où il s’est fait une carrière pendant 25 ans comme batteur pour divers groupes.
C’est à travers ces expériences que Steve a commencé à faire de la photographie.
«C’est long dans les camions de tournées, raconte-t-il. À un moment donné, je me suis pris d’amour pour la photo, pis c’est devenu mon métier, depuis je fais beaucoup moins de musique, mis à part des concerts que je vais faire pendant les sessions d’immersion à l’Université [Saint-Anne]. Alors, la photo prend tout mon temps, pis c’est bien le fun!»
Steve a commencé à développer ses connaissances en photographie en appliquant ce qu’il a fait en musique quand il a commencé à jouer de la batterie. «Moi, j’ai commencé sur le tard en musique et je me suis demandé, “Qu’est-ce que je peux faire pour rattraper le temps, pour rattraper les autres?” Fait que, pendant cinq ans, j’ai pratiqué douze heures par jour, sept jours par semaine.»
Le compte Instagram de Steve, où il présente son travail et ses « photos du jour ».
Il a décidé d’appliquer la même dévotion à la photographie, en prenant des photos tous les jours à partir de l’année 2016. En 2018, il a décidé de s’engager à prendre une «photo du jour», aussi connue comme le «365 Project». «Ça a l’air facile, mais c’est pas facile, avoue Steve. Moi, j’ai décidé d’extensionner ça, pis aujourd’hui, ça fait 2665 jours de suite que je fais au minimum une photo par jour, pis je publie sur les réseaux sociaux avec un petit texte.»
«Ça fait que ça, ça fait en sorte que tu t’améliores vite, t’en fais tous les jours, autant au niveau de prendre la photo, de l’amener dans l’ordinateur, l’éditer pis de la publier.» Steve avoue qu’il faut beaucoup de temps pour faire cette pratique, mais que c’est grâce à ça qu’il reçoit la plupart de ses contrats comme photographe.
Steve ne veut pas seulement que la photo soit prise et c’est fini: il veut que ça soit créatif, intentionnel. Il regarde un objet ou un bâtiment ordinaire et tente de le capturer sous un angle unique.
Pendant la pandémie, il a vraiment pu prendre son quartier en photo de manière régulière. C’est devenu un défi pour lui d’essayer de trouver de nouvelles façons de capturer ses alentours. «C’est un exercice qu’est tough, mais qui est formateur au maximum», dit-il.
Inspirations et formations
Steve voulait augmenter ses connaissances encore plus. Il a donc suivi un cours de photo avec un photographe new-yorkais d’origine anglaise qui s’appelle Phil Penman. «J’ai pris huit heures de cours avec lui, pis c’est comme si j’avais pris deux ans de cours, autant ses conseils pis ses observations sur les photos que j’avais faites», raconte Steve.
Les inspirations pour la photo sont différentes chaque jour. Quand il est à la maison, son chien fait souvent la photo du jour. Parfois, la photo se fait vite. D’autres fois, c’est tard le soir que Steve se trouve à prendre le cliché, mais il en a pas manqué une depuis qu’il a commencé cette pratique.
Une chose est certaine: Steve a toujours un appareil avec lui. «Même si je n’ai pas une vraie caméra, j’ai toujours le cellulaire. C’est d’ excellentes caméras, mais c’est sûr [que] j’aime mieux avoir une vraie caméra, explique Steve. Ma caméra favorite, c’est une caméra avec un objectif fixe, 28mm. Si je veux que ça soit plus rapproché, faut que je bouge, mais c’est aussi la qualité des fichiers qui sont supérieurs avec une vraie caméra. C’est aussi d’approcher la caméra vers son œil, pis regarder dans le view finder, pas sur un écran. Ça fait créer différemment.»
Quand Steve a commencé son parcours en photographie, il a été inspiré d’un vlogeur qui s’appelle Casey Neistat, qui faisait des vlogues chaque jour. Steve a commencé avec le même set-up à Casey en tant qu’équipement, pour aussi faire des vlogues pendant qu’il jouait de la musique avec Radio Radio.
«Je faisais un vlogue par show, raconte Steve. J’ai fait presque 200 vidéos. C’était vraiment cool et ça aussi, ça fait passer le temps dans les camions et les avions! Aujourd’hui, c’est le fun, c’est des beaux souvenirs qui restent de cette tournée-là.»
La vidéo étant beaucoup plus de travail, Steve avoue qu’il préfère en général le processus de photographie.
Entouré de musique, toujours bien
Steve prend des photos de plusieurs sujets: architecture, personnes, animaux et ça continue. Mais il avoue que la chose qu’il aime le plus faire, c’est des photos de spectacles de musique. «C’est vraiment le mix des deux passions, explique-t-il, et, quand je fais des photos de shows, faut que j’ai accès à la scène. Si j’ai pas accès à la scène, pis c’est juste en mode photographe de presse, ça m’intéresse pas.»
En exemple, en sachant que Jonah «P’tit Belliveau» n’a pas trop de budget pour des photos de spectacle, il offre de temps à autre ses services en l’échange de pouvoir capturer les concerts, ce qui permet à l’artiste, s’il le désir, d’utiliser les photos sur ses réseaux sociaux et pour Steve de faire un style de photographie qui le passionne. Si la production a un budget pour lui offrir un contrat payant c’est idéal! Mais, il existe de moins en moins de budgets pour un photographe sur scène.
Heureusement, Steve obtient assez de contrats qui lui permettent de prendre des photos pour son plaisir, de temps en temps.
«Un de mes bon client, c’est les rôtisseries St-Hubert. C’est une grosse chaine de restaurants au Québec et je fais de la photo pour des choses coopératives, des ouvertures de restaurants, leurs tournois de golf, les galas, explique Steve. Mais tout ça pour dire, que de ce que je préfère faire, c’est des photos de shows. Des photos d’évènements, j’adore, mais ça reste la gig alimentaire.»
Steve a eu la chance de se rendre au Congrès mondial acadien (CMA) 2024, un évènement qui est vraiment resté avec lui. «Ça (le CMA), c’est le plus beau contrat que j’ai fait dans toute ma carrière. Ç’a été une expérience complètement malade», partage Steve.
Il a pu capturer en photos non seulement des spectacles qui se sont passés, mais aussi des réunions de famille et des évènements plus personnels. «Voir les arbres généalogiques et à quel point les familles sont grandes! Documenter ces choses-là, c’était vraiment, vraiment cool.»
Steve avoue que c’est souvent les sessions d’immersion à l’Université Sainte-Anne et des spectacles avec Luc Tardif qui l’amène à la Baie, alors que le Congrès avait un air complètement différent. Que c’était lui en immersion qui était à l’apprentissage. «Je trouve que les gens ici au Québec sont fiers de leur culture, mais ils sont fiers fâchés. En Acadie, c’est le contraire. Les Acadiens sont heureux d’être Acadiens, pis ils veulent inclure tout le monde, no matter what ce que t’es. C’est ça que j’ai trouvé beau», partage Steve.
Photos en exposition.
Exposition Sainte-Marie
Depuis le 12 janvier et jusqu’au 28 février, une exposition de photos prises par Steve de l’ancienne église Sainte-Marie a été présentée à l’Université Sainte-Anne.
Lors de son premier voyage à la Baie en 2002, Steve se souvient d’avoir été impressionné par cette structure imposante. «Cette église-là fait partie du paysage. Moi, je trouve qu’elle est aussi importante que l’eau qu’il y a dans la Baie, dit Steve. Si t’enlèves cette église-là, c’est sûr qu’il manque quelque chose.»
L’avenir de la structure était incertain depuis un certain temps, car les difficultés de financement des réparations devenaient une préoccupation croissante. En octobre 2025, une annonce que l’église est une désignation patrimoniale à interdit sa démolition.
Steve souhaitait immortaliser l’architecture unique de l’église et capturer sa beauté sous différents angles dans ses photos. «Avec les années, j’ai documenté, documenté, documenté [l’église] pis l’été dernier, Stéphanie St-Pierre m’a contacté pour pouvoir utiliser une de mes photos pour faire une carte postale, pour ramasser des fonds pour sauver l’église.»
Mobile de bois tombé.
Steve continue par expliquer à Stéphanie qu’il avait des centaines de photos de l’église et a suggéré l’idée de faire une exposition.
Steve voulait choisir des photos qui démontraient l’immensité de la tour et comment elle complète l’entourage qu’elle occupe. «Sur les 16 [photos] qui sont en exposition, je dirais qu’il y en 15 que c’est des prises de vue que les gens n’ont jamais vues de l’église, décrit Steve. C’est des prises de vues que moi, je n’avais pas vu. C’est pour ça que je les faisais aussi.»
Les photos en exposition sont enrobées d’artéfacts de l’église, comme les anciens piques qui ont été changés dans les années ‘70 et des mobiles de morceaux de bois qui sont tombés de l’église au fur des années. Il y a aussi une maquette qui a été créée par un groupe d’étudiant(e)s sous la supervision du professeur Emanuel Jannesch de l’école d’architecture de Dalhousie, qui a visité Sainte-Marie dans le cadre d’un cours l’été dernier. Ces éléments, avec des poèmes et du texte, rendent l’expérience assez unique.
Les photos sont à vendre sur le site Web de Steve et sur le site Web de l’Association Sainte-Marie héritage et développement en quatre formats, du plus petit au plus grand.
La collecte de fonds en cours, notamment l’exposition photographique de Steve, contribue à la préservation de l’église. 50 % des ventes des photos sont reversés à l’Association Sainte-Marie héritage et développement.
Trois conseils pour les futurs photographes
Une carrière dans les arts peut sembler plus difficile à réaliser, mais Steve a réussi à rester dans le milieu artistique avec succès.
Son conseil à ceux qui commencent et aspirent à faire de même se résume en trois étapes. «Prend des photos chaque jour, move your ass, pis always look up, avoue-t-il. Move your ass, pis always look up sont pour challenger les points de vue des photos que tu prends.»
«Fait pas bouger ton sujet, c’est toi qui faut que tu bouges. Mais le meilleur conseil pour quelqu’un qui commence en photographie, c’est shoot en mode manuel. Sort du mode automatique.»
Steve explique qu’en mode manuel, tu commences à comprendre les réglages d’une caméra, mais le plus important conseil, c’est la pratique. «Faut que t’en fasses, faut que t’en fasses à tous les jours, n’importe quoi que t’apprends, et c’est ça qui peut être difficile, explique-t-il. Au début, t’as l’excitation pis là, y’a un moment où que ça devient un peu plus tricky, pis c’est là qu’il faut pas que t’arrêtes.»
