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Benjamin Audoye: «On peut partir à l’autre bout du monde, si on a quelqu’un dans le cœur, on n’oublie pas»

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Benjamin Audoye. — PHOTO: Julie Poirier
Benjamin Audoye.
PHOTO: Julie Poirier

Derrière son sourire solaire et son regard rieur, Benjamin Audoye fait partie de ces auteurs qui cachent plus de sensibilité qu’il n’y parait. Dans son premier livre, Namaste Sirji!, l’écrivain français raconte son expérience de professeur en Inde, initiée après une douloureuse rupture amoureuse. Un témoignage loin des clichés, dans lequel il se dévoile avec une grande authenticité, sans pitié ni secret.

Benjamin Audoye: «On peut partir à l’autre bout du monde, si on a quelqu’un dans le cœur, on n’oublie pas»
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Type de contenu: Critique

«J’avais besoin de faire le point par rapport à ma relation passée et surtout, si cette relation n’avait pas existé, je ne serais pas allé en Inde.»

Installé à Barcelone depuis quelques années, Benjamin Audoye raconte que c’est la rupture avec son ex-mari qui l’a amené à changer de pays, de situation professionnelle et de vie. 

D’où son souci d’inclure cette dimension intime à son témoignage. Si cet évènement n’avait pas eu lieu, il ne pense pas qu’il serait parti enseigner au Mayo College d’Ajmer, une ville pour laquelle il n’éprouvait pas d’appétence particulière.

C’est une impression que l’on retrouve dès les premières pages du livre où, tout en se montrant curieux et ouvert, son personnage n’idéalise pas pour autant le pays dans lequel il se rend.

Benjamin Audoye.

Par ailleurs, il trouvait aussi intéressant en écrivant de revenir sur cette histoire d’amour, car elle lui permettait d’éviter que le récit de sa vie en Inde ne devienne trop redondant.

«Je voulais quelque chose de différent, pour moi, pour un peu respirer, même si c’est une respiration difficile. C’est vrai que j’aurais pu moins le mentionner, mais il était tellement dans mes pensées, y compris en Inde, parce qu’on peut partir sur Mars pour oublier quelqu’un, je peux même aller à Halifax, là, demain j’y retourne, mais ça marchera pas. On peut partir à l’autre bout du monde, si on a quelqu’un dans la tête, si on a quelqu’un dans le cœur, on n’oublie pas. Au contraire, on y pense encore plus.»

À d’autres égards, cela rejoignait également sa volonté de transmettre un témoignage authentique et sincère. En effet, même dans les passages où il adopte le point de vue de son ancien compagnon, nécessairement légèrement romancés, il affirme avoir toujours cherché à rester au plus près de la réalité.

Ainsi, en partageant son vécu, il lui semble qu’on peut en apprendre aussi bien sur l’Inde que sur nos sentiments et relations. Il confie d’ailleurs que les lecteurs qui ont été le plus touchés par son histoire sont ceux qui se sont reconnus dans son échec amoureux.

«Ils m’ont dit: “Mais Benjamin, moi, je suis parti au Pérou, je suis parti au Canada, je suis parti au Brésil… C’est exactement ça!”»

Mais Namaste Sirji! n’est pas un récit larmoyant pour autant. Sans jamais devenir dithyrambique, l’auteur y raconte aussi nombreux de ses souvenirs heureux, comme ceux partagés avec sa famille indienne et ses plus jeunes élèves. 

Des personnes qui lui sont encore chères aujourd’hui et qui ont contribué à faire de cette aventure une expérience humaine enrichissante.

Benjamin Audoye.

«Quand je suis parti, les enfants pleuraient, [ma] famille indienne pleurait, moi je me contenais. Ils étaient tristes parce qu’ils savaient qu’ils ne me reverraient pas avant très longtemps. Il y a eu beaucoup d’émotions», se souvient-il, avant d’ajouter: «C’était extraordinaire. Oui, ça m’a fait tenir. Sans eux, je serai reparti.»

Car, au-delà de ses déboires amoureux, Benjamin Audoye expose aussi les nombreuses déconvenues survenues durant son expérience professionnelle. À multiples reprises, il témoigne de la difficulté de ses conditions d’enseignement et des tourments que lui cause le personnage de Kartik, son supérieur hiérarchique. 

Un homme qui s’est révélé très problématique à bien des égards.

«[C’est] un homme qui est un menteur, qui est un harceleur sexuel, c’est un mauvais professeur, incompétent, sauf qu’il se fait respecter. Il a quelques qualités, mais c’est quand même un homme mauvais.»

Benjamin Audoye affirme ne rien inventer, ayant à l’appui les témoignages anonymes de femmes ayant subi ses agissements, qu’il partage aussi dans le livre. Mais il déplore que cet individu ait été autorisé à continuer à enseigner, alors que tout le monde semblait au courant de ce qu’il faisait.

«On faisait l’autruche», regrette-t-il, soutenant qu’au Canada, un tel comportement n’aurait pas été accepté.

«Je ne dis pas que c’est réservé uniquement à l’Inde, nuance-t-il, mais que la réponse pénale ou hiérarchique est parfois insuffisante.»

Néanmoins, l’auteur garde espoir que la situation ait depuis évolué.

Resté en relation avec plusieurs de ses collègues professeurs, sa famille indienne et certains de ses anciens élèves, il retrouve son sourire et déclare malicieusement:

«Je pourrais y retourner un jour. Mais pas pour y travailler, en vacances!»

Type: Critique

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