le Vendredi 5 juin 2026
le Mardi 23 Décembre 2025 9:00 Rubrique - Au rythme de notre monde

En cette fin d’année, donnons un coup de plume pour les droits humains

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Sources de polluants très nocifs, des «mechero », ou torchères de puits de pétrole, se dressent un peu partout en Amazonie équatorienne. — Photo: Diego Tirira; source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mechero_09_(17129376929).jpg. Image disponible sous la licence CC BY-SA 2.0.
Sources de polluants très nocifs, des «mechero », ou torchères de puits de pétrole, se dressent un peu partout en Amazonie équatorienne.
Photo: Diego Tirira; source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mechero_09_(17129376929).jpg. Image disponible sous la licence CC BY-SA 2.0.

«L’humanité se trouve à un tournant de son histoire.» C’est en ces termes dramatiques qu’Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnistie internationale, décrit le contexte actuel en matière de droits de la personne, que l’organisation qu’elle dirige s’attache à défendre. En même temps qu’il y a des progrès et des signes d’espoir, nous observons aussi des reculs et de redoutables défis.

En cette fin d’année, donnons un coup de plume pour les droits humains
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À l’heure où le gouvernement des États-Unis écarte de ses priorités diplomatiques le soutien à la démocratie et aux droits fondamentaux, et que la Russie de Vladimir Poutine et la Chine de Xi Jinping s’efforcent d’étendre leurs zones d’hégémonie respectives, Callamard précise, dans un rapport d’Amnistie paru en avril dernier: «Des forces d’une ampleur sans précédent veulent en finir avec l’idéal des droits humains pour tous et toutes, cherchant à détruire un système international forgé dans le sang et les souffrances de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah.»

Pour ma part, je ne partage pas tout à fait sa perspective—qui est celle de beaucoup d’experts et d’observateurs, certes—sur l’influence bénéfique et bienveillante de notre voisin du sud. Il suffit de penser à deux calamités en cours, avec le consentement tacite ou explicite des États-Unis. Bien sûr, il y a la campagne meurtrière de l’État d’Israël contre la population civile de Gaza—qualifiée de génocidaire par Amnistie internationale et beaucoup d’autres. N’oublions pas non plus la situation désastreuse des femmes et filles en Afghanistan, pays qui a été abandonné aux Talibans après 20 ans d’occupation militaire.

Une des raisons pour lesquelles je me tourne vers Amnistie internationale, c’est que cet organisme réputé tient à nous rappeler que nous pouvons agir pour le bien, en faveur des personnes et des groupes menacés.

— Clint Bruce

Face aux évènements souvent déconcertants et aux transformations majeures que nous connaissons, un sentiment d’impuissance peut s’imposer, individuellement et collectivement. Une des raisons pour lesquelles je me tourne vers Amnistie internationale, c’est que cet organisme réputé tient à nous rappeler que nous pouvons agir pour le bien, en faveur des personnes et des groupes menacés. 

À chaque fin d’année, Amnistie lance sa campagne, «Écrire, ça libère!». À l’approche des fêtes et du Nouvel An, cette initiative veut inciter les citoyennes et citoyens ordinaires à envoyer des messages d’appui aux défenseurs des droits humains et d’autres causes humanitaires dans plusieurs coins du monde.

La campagne de 2025 est disponible sur le site web de la section Canada francophone d’Amnistie internationale. 

Ce que j’aimerais faire ici, c’est d’attirer l’attention du lectorat du Courrier sur trois cas, dans trois pays différents, soulevant des enjeux très divers en ce qui concerne les droits et la démocratie. 

Le Myanmar, appelé aussi la Birmanie, en Asie du Sud-Est, est dominé depuis 2021 par une junte militaire (qui était précédemment au pouvoir pendant plusieurs décennies). Sans surprise, ce régime autoritaire veut réprimer la presse et voit d’un mauvais œil l’activité des journalistes indépendants. 

Le photojournaliste birman Sai Zaw Thaike, emprisonné depuis 2023.

Photo: Amnesty International France; source: https://www.amnesty.fr/petitions/liberte-pour-journaliste-sai-zaw-thaike.

Sai Zaw Thaike fait partie de ceux et celles qui ont souffert pour soutenir la liberté de la presse. Âgé de 43 ans, ce photojournaliste respecté fait partie des plus de 200 journalistes qui ont été emprisonnés par l’armée au cours des dernières années. Après un cyclone dévastateur qui a frappé le pays en 2023, Thaike s’est rendu dans la zone sinistrée pour aider les équipes d’urgence et diffuser des reportages sur la catastrophe. 

C’est à la suite de cette mission qu’il a été interpelé, puis arrêté et jeté en prison, où il a subi de graves mauvais traitements. Il purge actuellement une peine de 20 ans avec travaux forcés.

De l’autre côté de la planète, en Amérique du Sud, un collectif de jeunes femmes courageuses dénonce les pratiques dangereuses liées à l’industrie pétrolière. Les Guerreras por la Amazonía, ou Guerrières pour l’Amazonie, sont formées de militantes âgées de 11 à 20 ans, vivant dans ou près de la forêt tropicale en Équateur. 

Elles se sont mobilisées pour mettre fin au torchage, c’est-à-dire au processus de bruler le gaz naturel excédentaire des puits de pétrole. Les sites de torchage, ou «mecheros», voulant dire «briquets», produisent des polluants très nocifs pour la santé tout en contribuant au changement climatique. 

Même après un procès victorieux intenté par les Guerreras et d’autres organismes alliés, le gouvernement ne fait à peu près rien pour enrayer le torchage. Pis encore, les Guerreras subissent des menaces et des actes d’intimidation sur lesquels les autorités ferment l’œil… vraisemblablement dans le dessein de faire taire ces militantes écologistes, par complaisance envers les intérêts pétroliers.

À Madagascar, Damisoa et sa famille vivent une situation des plus pénibles depuis qu’ils ont dû quitter leur région d’origine, au sud du pays, en raison de la sècheresse qui y sévit. C’est en 2021 qu’ils se sont installés dans le nord-ouest de l’ile, dans des conditions très précaires, voire périlleuses. Lorsque vient la saison des pluies, le lopin de terre que Damisoa s’est vu attribuer se transforme en camp d’internement. Les inondations l’empêchent d’aller chercher nourriture et provisions, au risque de devenir la proie des crocodiles. Le désespoir a tourné à la tragédie lorsqu’une de ses nièces est morte de faim au début de l’année.

Même s’il a été nommé responsable du site, le gouvernement fait la sourde oreille à ses plaintes et pétitions. Puisqu’aucune mesure de secours ne s’est présentée, des messages de solidarité de notre part pourront certainement secouer les autorités tout en encourageant Damisoa dans ces démarches pour améliorer le sort des réfugiés climatiques à Madagascar.

Car il faut mettre de côté notre scepticisme: ces campagnes de lettres—physiques ou électroniques—portent leurs fruits, tôt ou tard. En 2018, l’une des premières chroniques de cette rubrique était consacrée au cas de Raif Badawi. Incarcéré pour avoir critiqué le gouvernement de son pays, l’Arabie saoudite, ce blogueur et militant a été libéré en 2022. Même s’il subit encore des contraintes, sa situation s’est nettement améliorée grâce à l’action citoyenne de milliers d’individus au Canada et ailleurs.

La page web de la campagne «Écrire, ça libère!» présente plusieurs autres réussites au cours des dernières années.

Quoi de plus beau et de plus inspirant comme cadeau pour les fêtes, n’est-ce pas?