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Dans La sœur disparue, son premier roman maintes fois récompensé, elle retrace le récit d’une famille mi’kmaw bouleversée par la mystérieuse disparition de la petite Ruthie, dans les champs de baies du Maine, en 1962.
Au commencement, Amanda Peters s’inspire de l’histoire de son père et de sa famille pour écrire son roman, ces derniers ayant eux-mêmes étaient cueilleurs dans le Maine, durant les années 1960 et au début des années 1970.
Son père a longtemps partagé avec elle ses souvenirs de cette époque, comme le fait que ses grands-parents devaient entasser tous les enfants dans la voiture pour emmener leur petite tribu aux récoltes, et ses récits ont beaucoup nourri son imagination. Mais son œuvre demeure avant tout une fiction.
En effet, bien qu’y incorporant quelques éléments du réel, comme le prénom «Joe» de son grand-père donné au personnage principal pour lui rendre hommage, l’histoire générale reste le fruit de sa propre invention.
À d’autres égards, son roman a aussi beaucoup évolué. Porté par deux voix, celle de Joe, le frère de Ruthie, hanté par la culpabilité de la perte de sa petite sœur, et celle de Norma, une jeune fille tourmentée par les secrets que lui cache sa famille, à l’origine, le lecteur suivait uniquement le parcours du garçon.
«Alors que j’écrivais l’histoire de Joe, exprime l’autrice, j’entendais sans cesse une petite voix insistante qui me disait: “Je veux raconter mon histoire.” Je me suis dit, d’accord, il y a peut-être une histoire à raconter pour la petite fille après son enlèvement.»
Ce choix narratif, révélant une certaine complexité d’écriture, ne s’est toutefois pas fait sans effort. Amanda Peters explique qu’elle a dû d’abord rédiger tous les chapitres de Joe avant de se consacrer à ceux de Norma. Elle devait être sure de distinguer les deux récits tout en s’assurant de la cohérence de l’histoire.
«Je suis contente d’avoir eu cette idée, car, sinon, je pense que le livre aurait été très ennuyeux.»
Heureusement, Amanda Peters connaissait, dès les premières ébauches, le dénouement de son intrigue, ce qui a rendu ce processus de rédaction particulier plus facile à aborder.
Mais c’est surtout son désir de raconter un récit captivant qui l’a motivée à poursuivre jusqu’au bout l’écriture de ce roman.
Elle assure d’ailleurs n’avoir jamais été animée par la volonté de transmettre un message ou de partager une histoire sur sa culture mi’kmaw, comme certains ont pu le penser. Si des thèmes tels que la perte, le deuil, l’espoir, ou encore l’importance du lien dans les familles autochtones se sont retrouvés au cœur de l’intrigue, elle affirme que cela s’est fait naturellement, sans qu’elle l’ait recherché.
«Je veux vraiment que les gens comprennent que les familles autochtones s’aiment et connaissent des moments heureux et des moments difficiles, comme tout le monde, bien que la question des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées est un peu abordée dans l’histoire.»
Elle exprime néanmoins sa fierté que son livre serve la reconnaissance du peuple mi’kmaw.
«Les gens apprennent que nous sommes toujours là, que nous existons toujours. Nous sommes un petit groupe, mais nous sommes toujours là. Et les gens parlent du peuple mi’kmaw, ils parlent des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.»
À travers le personnage de Norma, le roman met aussi en lumière le thème de la quête identitaire et de la difficulté à trouver sa place dans un monde où l’on se sent différent, des sentiments que l’autrice a elle-même connus.
«J’ai peut-être un peu puisé en moi-même pour créer Norma, car, parfois, je lutte avec mon identité, étant une femme autochtone qui passe pour une Blanche et qui n’a pas été élevée comme telle, confie-t-elle. Je ne parle malheureusement pas la langue et je ne vis pas dans ma communauté, donc, parfois, j’ai du mal avec ça.»
C’est un ressenti qui lui semble commun chez de nombreux Autochtones, en raison de la colonisation et du génocide culturel qui ont cherché à anéantir ces peuples.
C’est pourquoi elle pense que le livre finit malgré elle par témoigner de cette expérience vécue.
«Pour être honnête, je me suis posé des questions sur moi-même, car, lorsque j’ai commencé à écrire, je n’écrivais pas du tout d’un point de vue autochtone. J’écrivais simplement ce que je pensais que les gens voulaient entendre, et ce que j’écrivais n’était pas très bon, admet-elle. Il manquait une âme, un cœur. Puis, lorsque j’ai écrit ma première histoire autochtone, j’en ai été très fière. Pour la première fois, j’étais vraiment fière de mon écriture.»
Son enthousiasme a grandi avec la publication du livre. Elle y a vu un autre signe lui confirmant que ces histoires étaient peut-être celles qu’elle était destinée à raconter, qu’elle devait poursuivre dans cette voie.
Si le roman suscite des discussions sur des questions plus profondes, comme le traitement des peuples autochtones en Amérique du Nord et la colonisation, alors j’en suis heureuse.
Finalement, bien qu’Amanda Peters n’ait peut-être pas écrit ce livre pour aborder sa culture mi’kmaw, l’écriture de ce dernier lui a néanmoins permis de dépasser son sentiment d’illégitimité et de se réconcilier avec son identité.
«J’ai réalisé que j’étais une femme mi’kmaw grâce à mes récits. D’une certaine manière, l’écriture m’a aidée à me trouver.»
