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La diplomatie du schmolitz, une solution aux problèmes de sécurité?

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David J. McGuinty, ministre de la Défense nationale, et président et administrateur, Forum sur la sécurité internationale d’Halifax.  — Henri Dominique-Paratte
David J. McGuinty, ministre de la Défense nationale, et président et administrateur, Forum sur la sécurité internationale d’Halifax.
Henri Dominique-Paratte

Depuis plusieurs années, j’assiste à ce grand rendez-vous qui existe depuis 17 ans, le Forum sur la sécurité internationale d’Halifax.

La diplomatie du schmolitz, une solution aux problèmes de sécurité?
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Ce n’est pas le seul forum sur les questions de sécurité au Canada: rien qu’à Montréal, vous pouvez découvrir en ligne, entre autres, les débats du Forum St-Laurent sur la sécurité internationale ou les discussions du Forum International de la Cybersécurité (FIC), écho du FIC européen et du FIC américain (lisez: états-unien). 

Il y a quelques années, une proposition faite par l’alliance militaire de l’Atlantique Nord dont le Canada fait partie, permettait au gouvernement canadien et aux élus d’Halifax – dont Lena Diab, notre ancienne ministre provinciale des Affaires acadiennes et de la Francophonie, actuellement ministre fédérale de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté –  d’annoncer qu’il y aurait dans la région métropolitaine une des antennes de Diana, un vaste programme de l’OTAN réunissant «universités, opérateurs économiques et pouvoirs publics au service de startup et de porteurs d’innovation appelés à résoudre des problèmes critiques de défense et de sécurité ». 

Diana veut dire «accélérateur d’innovation de défense pour l’Atlantique Nord». La mise sur pied de ce centre, dont on a pu confirmer au Forum de cette année qu’il était maintenant en opération, répondait à une question complexe: y avait-il un mécanisme par lequel, à une époque où les questions militaires réclament de plus en plus de compétences techniques et de support industriel très spécialisé, les compagnies canadiennes, y compris celles du Canada atlantique, pouvaient être en rapport régulier avec les autorités politiques et les forces militaires? Que faisions-nous pour notre défense? Estimions-nous que, le Canada étant une ile, avec la puissance militaire de nos voisins du sud, nous n’avions pas vraiment besoin de nous en faire pour notre défense, à part peut-être dans la construction de brise-glaces, où nous avions, remarquablement, quelques longueurs d’avance sur les États-Unis? 

Inutile de dire que le Forum d’Halifax, géré en grande partie par Peter Van Praagh à partir de Washington la plus grande partie de l’année, représente les nations alliées qu’on retrouve dans l’OTAN, et les autres démocraties qui partagent des valeurs identiques à travers le monde. Au fil des années, et malgré de nombreuses innovations, comme les bourses des Femmes pour la Paix réunissant des femmes officières (de 13 nations cette année, dont la capitaine de marine Audrey Hérisson de France et la colonelle Marie-Ève Tremblay des Forces armées canadiennes), le forum semblait inévitablement se répéter: l’Ukraine vaincra, disait-on, ouvrant la voie à la question, “OK, mais quand? Et à quel prix?”

La rencontre oscillait aussi entre des années régulières, avec des démocrates au pouvoir à Washington, ou des républicains modérés, comme le fondateur, le sénateur John McCain, et les années où il y avait clairement un éléphant dans le salon: l’imprévisible Donald Trump, d’autant plus depuis son retour triomphal au pouvoir. 

Cette année, le Forum a bénéficié d’une annonce – le plan de paix de l’administration Trump pour la résolution du conflit entre la Russie et l’Ukraine – qui a immédiatement suscité des remarques critiques de sénateurs venus à Halifax, en particulier le sénateur indépendant du Maine, Angus King, qui ont immédiatement fait le tour du monde. Une guerre doit s’arrêter, sans doute, mais comment? 

Le forum sur la sécurité d’Halifax, c’est donc une rencontre internationale qui ne résout pas les problèmes, mais permet d’en discuter, avec des séances ouvertes aux médias et des séances confidentielles pour les invités. Une grosse organisation qui tourne autour de l’hôtel Westin, année après année: cela permet aussi aux opposants de déployer banderoles et pancartes et de manifester à coup de portevoix contre le grand capital, les forces armées, ou en faveur du peuple palestinien (ces trois dernières années surtout) ou contre la venue d’Ehud Barak, ancien premier ministre d’Israël (l’autre grande zone de tension avec la crise ukrainienne). 

C’est l’occasion de visionner des vidéos souvent très imaginatives, et, cette année, les vidéos de 15 secondes, produites par des jeunes afin «d’ouvrir une nouvelle ère pour la démocratie», ont été chaleureusement applaudies, entre autres celles de l’Ukrainienne Diana Gerasymenko, affirmant le besoin de construire plutôt que de détruire, et de la Taiwanaise Marilyn San, affirmant que nous devrions tous bâtir une harmonie dans sa diversité. 

Vous voilà perplexes: qu’est-ce que c’est que «faire schmolitz», et quel rapport avec tous les officiers, politiciens et techniciens de la sécurité qui viennent de partout savourer nos homards, une fois par an? 

C’est que, peu de temps avant le Forum, la nouvelle consule générale de Suisse à Montréal – mais responsable des provinces maritimes – Anne-Béatrice Bullinger, présentait à notre musée fédéral de l’immigration (censé être totalement bilingue…) une plaque honorant les Suisses en Nouvelle-Écosse et surtout les 150 ans de présence du consulat général de Montréal. 

Oh, il y avait d’autres rencontres protocolaires aussi (avec notre lieutenant-gouverneur, entre autres) et il y a des signes incontestables que la Suisse veut s’implique plus dans la vie de la francophonie: un club du film suisse en ligne, et des visites d’écoles ou de bibliothèques. Par-en-bas, la consule et son équipe ont évidemment découvert qu’on disait «septante» et «nonante» par-en-bas itou (pour le reste, ils ont découvert la diversité des parlers acadiens). 

Faire schmolitz, expression venue de l’allemand, mais qui n’a plus de sens en suisse-allemand aujourd’hui (un «helvétisme» comme dit le dictionnaire français standard) est une expression romande (suisse-française) pour: boire ensemble un verre de vin chacun(e) en se tenant par le coude, après quoi on peut se tutoyer plus familièrement. 

Or, comme le rappelait notre ministre Sean Fraser au Forum d’Halifax, lorsqu’il était gamin, les voisins n’avaient pas forcément les mêmes idées, mais après des discussions parfois vives… ils faisaient la vaisselle ensemble. Peut-être même faisaient-ils, comme certains avec la consule début novembre, schmolitz! à leur manière. 

En d’autres mots: ils se parlaient, et ils savaient que même les conflits doivent céder la place à une certaine forme d’entente matérielle, parce qu’il vaut mieux entretenir des ponts qu’ériger des murs, ce qui suppose bien sûr que chacun(e) y mette du sien. 

Lorsqu’avait eu lieu le G8 à Halifax (dont le président Trump souhaiterait qu’il redevienne, avec la Russie, un G8 et non le G7 actuel), la question à l’époque était: ça sert à quoi aux communautés acadiennes? 

Alors voilà: cela met Halifax, et sa communauté francophone, sur la carte. Certes, il a fallu attendre le discours du ministre McGuinty cette année pour avoir un discours d’introduction presque autant en français qu’en anglais. La langue des débats reste essentiellement l’anglais, au point de rendre certains intervenants aussi rigoureusement incompréhensibles que certains délégués  du CICR (Comité International de la Croix-Rouge) lorsque j’y faisais de la traduction orale. À l’heure des traductions automatiques de plus en plus faciles avec l’IA, il y aurait du chemin à faire dans toute organisation pour dire que l’anglais, dominant toute la seconde moitié du 20e siècle, ne l’est plus autant aujourd’hui, loin de là. 

Cela n’empêche pas le forum d’être utile. Car un cargo peut très bien transporter des centaines de drones sur les eaux internationales, et lancer une attaque sur Halifax avant que Diana ou qui que ce soit d’autre n’ait eu le temps de réagir (et les canons de l’ile McNabs ne nous seront pas très utiles). 

D’autant plus que l’organisation offre depuis des années un programme traduit et rédigé dans un excellent français, y compris, cette année, des réflexions sur la démocratie, par plusieurs prix Nobel, dont l’ancien premier ministre du Canada, Lester Pearson. 

Voilà deux parties de la réponse. Les collectivités, quelles qu’elles soient, sont des communautés de personnes, et plus ces personnes font schmolitz même avec des gens qui n’ont pas les mêmes idées, plus la capacité de dialoguer, de discuter et de s’entendre sur des compromis est bien réelle. Et si quelqu’un veut nous attaquer, on a vraiment besoin… de solutions de sécurité d’un très haut niveau technologique, et de ne pas être seuls. 

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