Type de contenu: Critique
Autrice renommée, Martine Jacquot aime travailler sur plusieurs projets en même temps.
Des romans aux nouvelles, en passant par la poésie et encore bien d’autres genres, il lui est difficile de donner une préférence. «Ça dépend de ce que j’ai en tête, explique-t-elle, ça dépend du moment d’inspiration.»
Elle met actuellement la dernière main à un essai, Otage, qui parle de violences psychologiques.
Inspiré de son propre vécu, ce récit se veut un soutien aux personnes victimes de pervers narcissiques. «Ça m’a pris longtemps à comprendre et longtemps à analyser, à savoir ce qui se passait», confie-t-elle.
«Quand j’ai compris quels sont les drapeaux rouges, les situations [qu’]on peut identifier, j’ai fait une sorte de plan pour voir quand c’est une alerte vraiment, à quel moment on a affaire à [cette] personne, que ce soit dans une relation personnelle, au travail, dans la société en général, comment les identifier. Et, en fait, c’est très facile, mais si on ne sait pas, on ne le voit pas.»
À travers cet ouvrage, elle souhaite également partager ses outils pour se sortir d’une telle situation. «Il n’y a pas 36 moyens d’action. Il faut vraiment couper les ponts à 100 % et prévenir le monde autour de soi qu’on a affaire à une personne dangereuse», encourage-t-elle, tout en reconnaissant que «c’est facile à dire. Partir, il faut pouvoir le faire. Il y a beaucoup de monde qui n’a pas les moyens financiers ou qui a des enfants ou qui n’a pas d’autre travail.»
Parce qu’on nous rend responsables de tout alors qu’on n’a rien fait.
C’est pourquoi elle tient à rappeler que les personnes victimes ne doivent jamais se sentir coupables. «Parce qu’on nous rend responsables de tout alors qu’on n’a rien fait.»
De plus, elle déplore la difficulté de prendre en charge les violences psychologiques, car celles-ci sont souvent insaisissables et complexes à prouver, tant sur le plan judiciaire que médical. «Si on est battu, on va voir la police. On a un bleu et les gens nous protègent. Dans ce cas-là, c’est invisible. Il n’y a aucune protection.»
Ainsi, elle affirme qu’il est de plus en plus urgent que la société considère les violences psychologiques comme des violences légitimes nécessitant des soins, au même titre que les violences physiques.
En attendant, elle estime qu’il faudrait trouver d’autres moyens de protéger les personnes concernées. «Il devrait y avoir des groupes de support. Au moins que les gens puissent partager ce qu’ils vivent et puissent échanger, suggère-t-elle. Je propose qu’il y ait une reconnaissance de ce genre de violences comme étant réelles et destructives.»
Victime, mais pas anéantie, sa volonté de soutenir ceux qui traversent ces épreuves fait naturellement partie aujourd’hui de ses engagements. «Tout au long de ces années de difficultés, j’ai écrit de la poésie, où je me guérissais moi-même, disons. J’essayais de m’aider moi-même avec ça, mais je me suis dit, ça, ça ne s’adresse pas à tout le monde», relate-t-elle.
«Parce que moi, je ne veux pas juste écrire mon histoire. Ce n’est pas intéressant, mon histoire. Ce que je veux, c’est aider les autres.»
D’où l’importance à ce que cet essai soit le plus clair, concret et accessible possible. En d’autres mots, utilisable par tout un chacun.
Cependant, elle déplore que la recherche d’un éditeur s’avère beaucoup plus difficile qu’il n’y parait. «On n’a pas d’éditeur, on n’a pas de librairie, on n’a pas de réseau, souligne-t-elle. La vie littéraire en français en Nouvelle-Écosse n’est pas facile.»
En effet, même pour une autrice renommée, lauréate de plusieurs distinctions, dont le Prix Europe de l’Association des écrivains de langue française et le prix d’excellence littéraire, cette étape peut se révéler particulièrement éprouvante.
«Je ne suis ni Acadienne ni Québécoise. Puis, on sait, il ne faut pas cacher qu’il y a ce qu’on appelle des chapelles littéraires. Donc, si on ne fait pas partie de ces chapelles, on n’est même pas lu. On soumet un texte, il ne va même pas être considéré bien souvent.»
Ces préjugés, renforcés par la pauvreté de la vie littéraire en Nouvelle-Écosse, peuvent, effectivement, dresser des obstacles à la diffusion et à la reconnaissance de ses livres, notamment dans le milieu de l’éducation. «J’ai deux romans historiques acadiens qui se passent entre 1884 et après la Première Guerre mondiale, ça devrait être dans les écoles. J’ai fait des recherches approfondies pour tout ça, mais le système scolaire ne sait même pas que ça existe», dit-elle.
«Donc, je suis très déçue de la société ici, de la société francophone ici, qui va mettre au programme des livres québécois ou des livres d’ailleurs, sans savoir qu’il y a ici quelque chose d’utile, regrette-t-elle. Je trouve ça vraiment dommage pour les enfants.»
Dans cette période compliquée de recherche éditoriale, elle se réjouit toutefois de la parution récente de ces deux nouveaux ouvrages.
Parmi ces derniers figure La maison vide, le quatrième volume de sa série publiée chez AfricAvenir international. Ce roman, dont l’intrigue se déroule entre la France et la Nouvelle-Écosse, aborde des sujets de société d’un point de vue féministe. «Mon personnage central se penche sur le passé de sa famille, raconte-t-elle. Elle croyait connaitre ses parents, tout le contexte familial, le village et se rend compte que ce qu’elle savait ou croyait savoir est complètement à côté de ce qu’elle pensait.»
Mais également un recueil de poésie, Les temps fauves, publié chez la maison d’édition française Liber Mirabilis, dont elle se réjouit déjà des premiers retours. «C’est très abstrait. C’est comme un concert. Ça va rejoindre bien des émotions et bien des lecteurs. J’ai eu beaucoup de belles réactions avec ça. Ça m’a fait plaisir.»
