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Marc à Paul à Jos, de son nom Marc LeBlanc, semble être de ces artistes dont le succès ne limite pas l’envie de créer.
Ingénieur mécanique le jour, auteur-compositeur-interprète acadien populaire de musique acajun à ses heures et père d’un petit garçon, c’est à travers cette dernière casquette qu’est née l’idée d’adapter L’éléphant de Néguac en livre pour enfant.
Son «p’tit gars» alors âgé d’un an à l’époque où paraît la chanson, le musicien avait pour habitude de lui lire des histoires et remarquait bien souvent les rimes, le rythme, la poésie engagés dans ces récits qui lui faisaient penser aux morceaux qu’il inventait.
«Toutes les fois où j’écris une chanson, comme j’ai tout le temps comme des images dans ma tête de ce que l’histoire ressemble», exprime Marc à Paul à Jos.
Pour autant, se lancer dans ce nouveau projet ne s’est pas fait sans défi. Alors qu’il était habitué à s’auto-produire, il souhaitait cette fois bien s’entourer pour naviguer au mieux dans cet univers inconnu. Mais les étoiles ne se sont pas alignées aussi vite qu’il l’espérait.
J’avais de la difficulté à trouver quelqu’un qui était intéressé de publier, il y en avait quelques-uns, mais ils n’aimaient pas vraiment que c’était écrit en acajun.
Or, pour le musicien, s’il y avait bien un point sur lequel il se voulait intransigeant, c’était le maintien de l’accent et du dialecte acadien présents dans ses compositions.
«Si tu prends toutes mes chansons puis que tu les chantes toutes en français standard, ça ne ferait pas la même chose. Et puis je pense que si le livre était fait de même, ça n’aurait pas été la même chose.»
Finalement, c’est vers Les éditions de la Francophonie qu’il s’est tourné, ces dernières respectant ses critères et ce qui fait l’essence même de son écriture.
Extrait du livre L’éléphant de Néguac.
«Ils ont été intéressés de le publier et puis de le publier en acajun. Puis ils l’ont mentionné comme: “Ah ouais, mais on peut mettre comme un lexique à la fin qui expliquera tout le livre”. J’ai dit comme, “Ok, faisons-le”.»
L’enjeu suivant était de trouver l’artiste qui réaliserait les images du livre. Après avoir consulté les différentes propositions de sa maison d’édition, il a fait appel à l’illustratrice Tania Robichaud dont les travaux précédents l’avaient séduit et qui était partante pour se lancer dans le projet rapidement.
«J’avais vraiment hâte de sortir le livre parce que ça faisait trois ans que j’avais essayé de le faire devenir une réalité.»
Marc à Paul à Jos fut très content de son choix et assuma pleinement de laisser la main libre à Tania Robichaud pour concevoir les images intuitivement à l’écoute de la chanson. Il ne voulait pas que l’ouvrage soit un copier-coller du vidéo-clip qui avait été réalisé plus tôt.
D’autant plus qu’il appréciait découvrir les différentes interprétations d’une personne à l’autre d’une chanson, ses propres images mentales suscitées par l’imagination.
«Une fois que j’ai eu le vrai livre dans ma main, j’étais vraiment impressionné. Ça ‘gardait comme beaucoup mieux que même quand je l’avais vu comme la version numérique. J’étais vraiment content.»
Les premiers accueils s’étant montrés plutôt élogieux, Marc à Paul à Jos se réjouit aujourd’hui à l’idée que le livre soit utilisé par les enseignants pour faire connaître aux enfants la richesse de la langue et éduquer les jeunes aux différents accents.
«Ça, ça sera vraiment beau», confie-t-il, imaginant même des années plus tard l’un de ces enfants devenu grand, venant le voir à l’un de ses concerts pour lui raconter qu’on lui lisait son livre quand il était petit.
«Ça serait intéressant de voir ça, comme voir un adulte qui a grandi, qui a été introduit à ça.»
Pour autant, il rappelle que sensibiliser les gens à sa culture n’était pas sa vocation quand il a commencé à faire de la musique.
«C’était juste pour m’amuser, et puis, comme, j’ai fait faire des chansons qui contaient des petites histoires de chez nous, puis je le faisais comme dans notre accent, dans notre dialecte, parce que c’est ça, c’est juste naturel pour moi de faire comme ça. Et puis, je pensais que ça allait être quelque chose qui allait être comme, “Ah, ben, ça a été comique pour quatre, cinq de mes amis, puis ça va être tout”.»
Extrait du livre L’éléphant de Néguac.
Après 13 ans dans le métier, il se rend compte toutefois que ses chansons ont un réel impact sur les gens qui les écoutent.
«Avant que je commence à faire de la musique, l’accent et le dialecte par chez nous, c’était vraiment comme pas connu du tout. Puis, je m’aperçois comme, le plus que je fais de la musique, le plus qu’il y ait de monde qui découvre ma musique, le plus de monde qui sont comme, “Oh! J’ai jamais entendu quelqu’un parler comme ça! Je trouve ça intéressant.” Ça m’a vraiment surpris que le monde était intéressé d’en savoir plus. Au lieu de se dire: “Oh, ben, je comprends rien, ça fait que j’aime pas ça.”»
Surpris, il l’a été aussi en réalisant à ses débuts l’attrait que sa musique avait pour les enfants, bien que cela soit désormais de l’ordre de l’évidence.
«Il y a du monde qui m’ont demandé comme “tu devrais faire un album pour les enfants, comme des chansons pour des enfants.” J’ai dit: “les enfants aiment déjà ma musique, ça fait que j’ai pas vraiment besoin.”»
Et s’il s’en réjouit, il semblerait que ces derniers, ou disons plutôt un petit garçon qu’il connaît bien, soit devenu sa nouvelle source d’inspiration.
«Si j’avais pas eu mon p’tit gars, je pense pas que j’aurais eu l’idée de faire la chanson d’un livre», affirme-t-il.
Et bien plus encore, la raison pour laquelle, malgré les obstacles rencontrés et le temps qu’il a mis à le réaliser, il est aussi allé au bout du projet.
«Je n’ai pas abandonné l’idée pour cette raison-là. C’était vraiment à cause de mon p’tit gars. Puis lui, il aime le livre. Je lui lis là presque tous les soirs. Il aime ça.»
