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Marie Cadieux, directrice littéraire de la maison d’édition Bouton d’or Acadie, inaugure 2026 en révélant les œuvres qui ont façonné sa vie. Des lectures qui reflètent son attachement régional et sa curiosité du monde, une sensibilité au langage et à la poésie.
MPP: Quel est le livre de ton enfance?
MC: J’ai lu et relu La comtesse de Ségur avec émerveillement.
Ça m’a fait voyager, ça m’a permis de voir des enfants différents.
C’était une France un peu peut-être idyllique, mais il y avait quand même, à côté de ça, la révolution russe.
Plein de choses fascinantes.
MPP: À l’adolescence, vers quoi t’es-tu tournée?
MC: J’ai reçu d’un oncle (le père Maurice Chamard) qui était très littéraire, qui aimait le cinéma aussi, toute une collection de grands contes.
Des contes du monde et des histoires de création de l’univers.
Je me suis mise à lire aussi beaucoup de théâtre.
Félix Leclerc, tout plein de choses…
Tchekhov m’a marquée aussi par le romantisme, la nostalgie…
Ça m’a habitée.
Puis, jeune femme disons, Acadie Rock de Guy Arsenault, Cri de terre de Raymond Guy LeBlanc…
Une découverte d’une littérature vraiment acadienne, de chez nous, mais avec une force d’expression contemporaine qui ressemblait à l’environnement dans lequel je vivais.
Ça réaffirmait aussi que comme enfant, comme jeune femme sur un territoire minoritaire, j’avais droit à l’existence.
MPP: Quel livre offrirais-tu à un jeune, aujourd’hui?
MC: Nâ.
Il y a une limpidité dans cette écriture, puis, en même temps, un ancrage sur le territoire qui est tellement attachant et sans prétention.
Ce serait une belle façon d’amener un [adolescent] ou une adolescente, disons peut-être blasé ou qui voit pas la beauté d’être francophone en Nouvelle-Écosse.
MPP: Et qu’est-ce qu’on peut retrouver sur ta table de chevet?
MC: Bad Indians Book Club de Patty Krawec.
Un essai, je dirais, sur la littérature autochtone actuelle.
C’est entrecoupé de réflexions évidemment de l’autrice qui se décrit comme une «bad indie».
Elle veut dire ceux qui n’acceptent pas d’entrer dans le moule, qui sont pas tombés dans le folklore, qui réclament, qui s’affirment.
Une lecture assez passionnante, mais difficile.
[Et] La mort d’un père.
Ça commence très durement en parlant de la mort.
C’est presque comme une biographie de cet auteur, il cherche sa place dans le monde…
Il y a beaucoup de réflexions aussi sur l’écriture.
C’est trop intéressant comment la réflexion est profonde et ancrée vraiment dans notre existence d’êtres humains, au milieu du chaos quotidien de la vie, comme un tourbillon, et de prendre le temps d’essayer de faire sens et de penser que l’écriture est probablement qu’est-ce qu’il fait sens. Pour une éditrice et une écrivaine, c’est assez fabuleux.
MPP: Est-ce qu’il y a des livres que tu relis?
MC: Des Tintin, pour vérifier un peu si la magie opère encore.
[Et] j’ai recommencé à lire Ton absence n’est que ténèbres.
Un livre qui m’a beaucoup marquée.
Ça m’a vraiment parlé [et] beaucoup intriguée.
Un livre que je relirai et que je vais lire à tout le monde dans mon entourage, en ce moment, et pourtant ça fait longtemps qu’il circule: Changer l’eau des fleurs.
Arriver à créer une atmosphère, des personnages, des réflexions aussi, mais de tout traiter ça, ensemble, dans une intrigue qui est presque policière et que ça tienne la route, et pendant des pages et des pages, ça me fascine.
Un livre que j’aimerais relire, maintenant en tout cas, c’est Le Grand Meaulnes.
Quand je l’ai commencé, j’ai fait: «Oh non c’est ennuyeux ça!»
C’est plus tard que ça m’a rattrapée.
J’aimerais le relire, d’une part, pour être sûre que ça peut pénétrer peut-être une sensibilité actuelle, [et] parce que j’ai encore des images de cet univers.
MPP: Est-ce qu’il y a un livre que tu conseillerais pour la saison?
MC: Les Filles de l’Allemand de Annie-Claude Thériault.
C’est dur…
Mais ça nous situe vraiment sur le territoire, puis dans notre histoire.
[Et] Le projet Ariel, une traduction de Sonya Malaborza d’un roman au Terre-Neuve.
Si je peux me permettre un autre titre: La Bible empoisonnée.
Une espèce de grande fresque incroyable qui permet de comprendre un peu les ravages du fondamentalisme religieux.
En même temps, c’est comme un voyage fabuleux en Afrique, puis c’est, encore une fois, très ancré aussi sur le territoire.
MPP: Quel livre, selon toi, faudrait-il avoir lu au moins une fois dans sa vie?
MC: Quelque chose qui est lié à la région où on est né, où on appartient, ne serait-ce que pour allumer les choses par rapport [au] sol sur lequel on marche, les gens qu’on fréquente, les édifices qui nous entourent…
Je dirais aussi un livre de poésie.
L’essayer une fois dans sa vie c’est faire confiance à cet espace, puis au pouvoir des mots.
MPP: Enfin, si tu pouvais partager un diner avec un ou plusieurs auteurs, qui inviterais-tu?
MC: Anaïs Nin.La comtesse de Ségur.
Hergé.
Anaïs Barbeau-Lavalette, une autrice québécoise.
Rita Joe, une poétesse Mi’kmaq.
Agatha Christie.
Victor Hugo.
Pour un brunch, tout ce monde-là.
Pour un souper en tête à tête…
Virginia Woolf.
J’aimerais vraiment ça.
C’est quelqu’un qui a donné sa vie à l’écriture.
Mais ce serait vraiment un tête-à-tête.
Une intimité, puis une force comme celle-là, tu veux pas partager ça et tu veux pas que ce soit diminué dans autre chose.
Acadie Rock de Guy Arsenault
Cri de terre de Raymond Guy LeBlanc
Nâ de Guyaume Boulianne
Bad Indians Book Club de Patty Krawec
La mort d’un père de Karl-Ove Knausgaard
Les Aventures de Tintin de Hergé
Ton absence n’est que ténèbres de Jón Kalman Stefánsson
Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin
Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier
Les Filles de l’Allemand de Annie-Claude Thériault
Le projet Ariel de Catherine Bush, traduit par Sonya Malaborza
La Bible empoisonnée de Barbara Kingsolver
