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Thibault Jacquot-Paratte, auteur aux multiples facettes, nous ouvre les portes de sa bibliothèque et nous y fait découvrir un univers littéraire riche, à son image, particulièrement éclectique, où se côtoie une très grande famille d’écrivains, des plus hétéroclites.
MPP: Quel est le livre de ton enfance?
TJP: 101 poésies et comptines de Corinne Albaut.
C’est vraiment un livre super.
Il y en a qui sont plus drôles, plus farfelus, il y en a de toutes sortes, mais c’est vraiment un beau livre, bien illustré.
Quand j’étais petit, apparemment, je me promenais avec partout sous mon bras. La copie que j’ai a pas mal de rubans adhésifs.
Le deuxième, c’est quand j’étais en première année, c’est La cité des voleurs.
Un roman dont vous êtes le héros.
C’était glauque! Il y avait des gens qui se battaient dans des rues avec des squelettes, il y avait des magasins bizarres avec des mains dans des pots en verre… Je sais pas, j’étais weird.
MPP: À l’adolescence, vers quoi t’es-tu tournée?
TJP: J’étais tombé complètement par hasard sur Lucinde de von Friedrich Schlegel.
C’était tellement bon!
Je pense que mes parents ont trouvé ça occulte que j’aime la littérature romantique allemande, mais en tout cas du coup ils m’ont donné Les Souffrances du jeune Werther de Goethe, et puis j’ai lu aussi Novalis, et puis Heinrich von Kleist.
Nicole Brossard, après, c’était aussi vraiment une écrivaine que j’avais adorée.
À 18 ans, il y a eu L’Homme approximatif de Tristan Tzara.
Aussi, un peu par hasard, j’étais tombé sur Blaise Cendrars, qui est peut-être mon écrivain préféré.
Dans les auteurs un peu aléatoires, il y a eu Embarke mon amour, c’est pas une joke de Pierre Léger, qui est un auteur québécois un peu oublié. Totalement sous-estimé ce roman-là!
Excellent du début à la fin!
MPP: Quel livre offrirais-tu à un jeune, aujourd’hui?
TJP: En fait, je n’aime plus les livres de Daisy Hirst.
C’était à propos d’un enfant qui était comme moi, qui s’ennuyait des livres qu’on lui donnait pour apprendre à lire, donc ça a cliqué à un niveau personnel, mais les enfants l’ont beaucoup aimé aussi.
Deux livres qui étaient super, en plus d’un auteur qui a longtemps vécu en Nouvelle-Écosse, Alan Rainbow, L’Arbre à chaussettes et Le Soufflé de mon père.
Vraiment amusants, vraiment drôles.
Sinon, un livre que je recommanderais à tout le monde, ce serait Le Maître et Marguerite de Boulgakov.
Et j’adorerais que soit au programme des écoles L’Hara-Kiri de Santa-Gougouna de Daniel Dugas.
D’après moi, c’est vraiment un livre que les gens qui n’aiment pas la poésie vont quand même aimer.
Il y a de bons éléments où c’est accrochable, et puis en même temps, c’est beau.
MPP: Est-ce qu’il y a un univers de fiction dans lequel tu aimerais vivre?
TJP: J’aurais envie de dire l’univers des écrits de Blaise Cendrars.
Il a une version glorifiée du passé où un peu tout est possible.
C’est un univers attrayant.
En même temps, le passé est quand même horrible, faut pas oublier que le bonhomme a perdu un bras à la guerre…
Non! Je sais! Le Jeu des perles de verre de Hermann Hesse.
MPP: Est-ce qu’il y a un personnage de fiction dans lequel tu te reconnais?
TJP: Certains personnages mâles d’Amélie Nothomb, comme dans Le Voyage d’hiver.
Ou alors dans Riquet à la houppe.
Souvent, il y a quelque chose qui clique.
Il y avait le personnage mâle dans Le Blé en herbe de Colette aussi.
Sinon, le personnage principal du Jeu des perles de verre.
Aussi le protagoniste d’Un homme se penche sur son passé de Maurice Constantin-Weyer.
Et aussi dans La Ferme des animaux, le cheval!
Je sais pas pourquoi, je cliquais bien avec le cheval. Comme il veut juste faire une bonne job. Il finit en pot de colle, mais, tu sais, comme il a essayé.
Sinon, en fait, dedans Orwell, ses livres de non-fiction. Comme dedans Down and Out in Paris and London ou alors dedans Homage to Catalonia. En fait, je clique beaucoup avec le personnage de Orwell lui-même.
Quelque part, je pense que, peut-être, on se serait bien entendu.
MPP: Quel livre, selon toi, faudrait-il avoir lu au moins une fois dans sa vie?
TJP: C’est un livre qui va complètement nous dépaysager, quelque chose qui va justement être aucunement relatable, quelque chose qui va être différent de ce qu’on pense.
Je trouve que la seule façon vraiment de grandir en tant que personne, c’est se confronter à d’autres façons de voir les choses.
C’est aussi pourquoi la littérature en traduction c’est si important, parce que comme ça justement ça échange des idées, ça échange des points de vue.
Peut-être parce que justement c’est quelque chose qui éclate beaucoup la réalité, et puis qui nous fait voir quelque chose d’autre, L’Herbe rouge de Boris Vian.
MPP: Et si tu devais emporter un livre sur une ile déserte, lequel prendrais-tu?
TJP: Le volume des Poésies complètes de Tristan Tzara? Ça fait quelque chose comme mille pages, imprimées très petits sur du papier cigarette, mais ça fait un seul livre.
MPP: Enfin, si tu pouvais partager un diner avec un ou plusieurs auteurs, qui inviterais-tu?
TJP: Probablement Ibsen, j’adore Ibsen!
Lénine serait quelqu’un de très intéressant à avoir à la table et puis lui parlait comme 17 langues donc il pourra traduire pour tout le monde.
Paul Nougé!C’est comme le Breton belge, plus intéressant que Breton personnellement.
E. L. T. Mesens aussi. C’est lui qui a essayé d’exporter le surréalisme en Angleterre. C’est aussi quelqu’un de rassembleur.
Je viens juste de lire un livre de poésie Pasolini, il serait très intéressant à avoir à la table et il parle français.
Aussi Garcia Lorca, super intéressant!
Octavio Paz, pourquoi pas?
E.E. Cummings.
C’était vraiment mon poète préféré quand j’étais jeune.
Allen Ginsberg?
J’inviterais Kerouac, mais il va finir saoul, à chanter trop fort.
Peut-être Nicole Brossard, tiens pourquoi pas?
Gaston Miron!
Beaucoup des gens que j’aimerais avoir à la table sont des auteurs acadiens, donc autant inviter Herménégilde Chiasson, Dyane Léger, j’adore ses livres, France Daigle…
Toute la gang des auteurs acadiens à manger!
Ça serait fun de rencontrer Dostoïevski, mais il plomberait un petit peu l’ambiance de la fête…
Witold Gombrowicz serait amusant à avoir là.
Et tant qu’à y être, inviter aussi des chums là comme Saulius Vasiliauskas l’écrivain lituanien, lui il s’éclaterait là aussi. Il pourrait communiquer avec le monde en une coupe de langues aussi.
101 poésies et comptines de Corinne Albaut
La cité des voleurs de Ian Livingstone
Lucinde de von Friedrich Schlegel
Les Souffrances du jeune Werther de Johann Wolfgang von Goethe
L’Homme approximatif et Poésies complètes de Tristan Tzara
Embarke mon amour, c’est pas une joke de Pierre Léger
En fait, je n’aime plus les livres de Daisy Hirst
L’Arbre à chaussettes et Le Soufflé de mon père d’Alain Raimbault
Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov
L’Hara-Kiri de Santa-Gougouna de Daniel Dugas
Le Jeu des perles de verre de Hermann Hesse
Le Voyage d’hiver et Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb
Le Blé en herbe de Colette
Un homme se penche sur son passé de Maurice Constantin-Weyer
La Ferme des animaux, Down and Out in Paris and London (Dans la dèche à Paris et à Londres) et Homage to Catalonia (Hommage à la Catalogne) de George Orwell
L’Herbe rouge de Boris Vian
