Type de contenu: Rubrique
À ses chers lecteurs et amis bouquineurs, Martine Jacquot, autrice française établie en Nouvelle-Écosse depuis plus de 40 ans, éclaire les étagères de sa bibliothèque. De la poésie aux romans, des destinations éclectiques et explorations du temps, des livres à son image, reflets de son esprit curieux et de son gout du voyage.
MPP: Quel est le livre de ton enfance?
MJ: Marcel Pagnol! Ah oui, La gloire de mon père.
Ça a été un livre décisif parce que c’est ça qui m’a donné vraiment envie d’écrire. J’aimais déjà écrire avant, mais là, je me suis dit, à partir d’évènements bien ordinaires, finalement, on peut créer quelque chose d’extraordinaire.
MPP: À l’adolescence, vers quoi t’es-tu tournée?
MJ: J’adorais tous les auteurs du 19e, alors je ne sais pas lequel choisir. Est-ce que ce serait Zola? Probablement au niveau roman, parce qu’il est réaliste et moi j’aime beaucoup ça.
En poésie, il y en a beaucoup, entre Baudelaire et toute la clique des poètes du 19e.
Et un poète du 20e que j’aimais beaucoup quand j’étais adolescente, c’était Prévert.
MPP: Et aujourd’hui, qu’est-ce qu’on peut retrouver sur ta table de chevet?
MJ: Une grande pile de livres.
Dans mes auteurs préférés, pour des raisons bien différentes, je vais nommer Ali Bécheur, qui était Tunisien. Il est décédé maintenant.
Il a un style absolument exquis. C’est raffiné, c’est très riche, autant le vocabulaire que la stylistique. J’aime le relire pour me laisser bercer par ses phrases, quand j’ai besoin de me remonter le moral.
Un auteur finlandais que j’aime lire, qui s’appelle Arto Paasilinna. Il aborde des thèmes tragiques avec un humour incroyable.
Au niveau de l’exploration du monde, j’aime beaucoup un auteur polonais, Ryszard Kapuściński. Quand il fait des récits de voyages, c’est au-delà de ce qu’on verrait si on voyage.
Il nous raconte son vécu, des incidents, des vraies personnes, des vrais humains. C’est très enrichissant, ça nous permet de voir un peu différentes facettes de la vie sur Terre.
J’aime bien les livres où on explore un peu la vie humaine. J’ai découvert un auteur belge que je ne connaissais pas, Claude Donnay.
Son roman m’a tellement enchantée que je lui ai écrit pour lui en parler. Il y a des choses inattendues qui arrivent comme ça où je me dis, «Oh, je me sens à l’aise dans cette œuvre-là». J’ai envie d’en lire plus, j’ai envie de connaitre l’auteur.
Puis, bien sûr, au niveau acadien, la meilleure, c’est Antonine Maillet, incontestablement.
MPP: Est-ce qu’il y a des livres que tu relis?
MJ : C’est rare que j’aie le temps, mais des fois, c’est rafraichissant.
Un peu de Giono. C’est tellement beau, musical, ça sent bon. Tu le lis, ça sent bon, ça sent la lavande, ça sent le sud.
Huston (Nancy) aussi. Il y a des moments où j’[ai] envie de me retrouver dans ses lignes.
Amélie Nothomb. C’est original. De temps en temps, j’aime bien lire une autrice comme ça parce que c’est rafraichissant.
MPP: Quel est ton moment préféré pour lire?
MJ: J’aime lire au lit avant de m’endormir. C’est calmant, ça détend, ça fait du bien. Mais ça m’arrive aussi s’il pleut.
S’il fait mauvais temps, je vais passer l’après-midi avec un bon bouquin, une couverture sur les genoux et mes chats. Et justement, là, on arrive dans la période de l’automne.
MPP: Est-ce qu’il y a un livre que tu conseillerais pour cette saison?
MJ: Un bon roman. Quelque chose qui nous permet de nous évader, d’oublier la réalité quotidienne.
MPP : Si tu devais choisir un livre pour voyager?
MJ: La dernière fois que j’étais allée au Maroc, j’avais emmené avec moi Paulo Coelho. L’alchimiste que je relisais pour la xième fois parce que c’était le même trajet que le personnage du livre qui s’en allait donc vers l’Afrique du Nord, et qui marchait vers Le Caire.
Gift from the Sea (de Anne Morrow Lindbergh). C’est des petites réflexions sur la vie de femme, sur la liberté, le droit qu’on a de prendre un petit peu de temps pour nous, parce que les mères se sentent souvent obligées d’être toujours présentes, et puis ne se donnent jamais un petit moment de repos ou de réflexion.
Il a été écrit en 1955 et il est toujours d’actualité, et bien des mères devraient le lire.
MPP: Et si tu partais sur une ile déserte, quel livre emporterais-tu?
MJ: Des choses agréables, comme justement Pagnol, Giono, tous ces livres de ma jeunesse.
Des fois, on se perd de vue avec notre vie, nos voyages, nos expériences de travail et tout. On a l’impression un peu de se perdre de vue, de se déraciner. C’est pourquoi il est bon des fois de revoir des vieux amis, puis de reprendre des conversations là où on les a laissées.
Il y a certains livres, c’est un peu la même chose. On les relit et puis on retrouve le moment où on les avait découverts. Donc, si on les a lus à l’adolescence, on va un peu retrouver cette partie de nous.
MPP: Enfin, si tu pouvais partager un diner avec un ou plusieurs auteurs, qui inviterais-tu?
MJ: Hemingway, Fitzgerald, toute cette époque-là.
J’aimerais bien les écouter me parler de leur époque, de ce qu’ils ont vécu, de ce qu’ils ont observé. Ou alors les poètes, comme Apollinaire et compagnie.
Tous ces gens-là, pour me parler du Paris qu’ils ont découvert, parce que Paris aujourd’hui ne ressemble pas à ce que eux ont vécu.
J’aurais envie qu’ils me racontent la vie des arts, les idées, ce foisonnement qu’il y a pu y avoir à ce moment-là.
La gloire de mon père de Marcel Pagnol
Émile Zola
Que ma joie demeure de Jean Giono
L’alchimiste de Paulo Coelho
Gift from the Sea de Anne Morrow Lindbergh
