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le Jeudi 25 juin 2026 9:00 Nos communautés - Vallée

«Je suis une femme afro-néo-écossaise. Je suis une femme afro-canadienne. Je suis une femme canadienne.»

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Groupe de femmes (et un homme) vêtues d’une toge de choriste, à l’Église baptiste Emmanuel, Upper Hammonds Plains. — PHOTO: C.R. Brookbank, Nova Scotia Archives
Groupe de femmes (et un homme) vêtues d’une toge de choriste, à l’Église baptiste Emmanuel, Upper Hammonds Plains.
PHOTO: C.R. Brookbank, Nova Scotia Archives

Être Afro-Néo-Écossais, qu’est-ce que cela veut dire aujourd’hui? Cette question, qui semble simple aux premiers abords, est beaucoup plus complexe qu’elle en a l’air, car l’identité afro-néo-écossaise est diverse et est porteuse de plusieurs histoires.

«Je suis une femme afro-néo-écossaise. Je suis une femme afro-canadienne. Je suis une femme canadienne.»
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Type de contenu: Rubrique

Qu’ils soient descendants d’esclaves, des loyalistes, ou encore des réfugiés de guerre, les Afro-Néo-Écossais façonnent depuis plus de 400 ans l’héritage de la province, et plus largement celui du Canada.

Marissa Walter en fait partie. Titulaire d’un baccalauréat spécialisé en psychologie de l’Université Queen’s, elle exerce actuellement comme psychologue à l’Université d’Acadia, où elle a obtenu une maîtrise en psychologie clinique.

À la croisée de ses racines caribéennes, africaines et néo-écossaises, Marissa a partagé son expérience sur l’évolution de sa quête identitaire, et du regard qu’elle porte sur elle-même ainsi que sur sa communauté.

Marissa Walter, psychologue à l’Université d’Acadia.

PHOTO: Marissa Walter

PM: Pourriez-vous me parler un peu de vous et de votre parcours?

MW: Je m’appelle Marissa Walter. Je suis Afro-Néo-Écossaise. Je suis née et j’ai grandi dans une petite ville appelée Coldbrook, dans la vallée d’Annapolis, en Nouvelle-Écosse.

Ma mère est originaire d’East Preston, l’une des 52 colonies historiques afro-néo-écossaises.

Quant à mon père, il vient des Caraïbes, plus précisément d’Antigua. 

 Je pense donc avoir un parcours unique, dans la mesure où j’ai deux origines culturelles très différentes: une forte ascendance afro-néo-écossaise, et une ascendance caribéenne. 

PM: Que signifie pour vous le terme «Afro-Néo-Écossais» aujourd’hui? 

MW: Quand je pense au terme «Afro-Néo-Écossais», je trouve qu’il a beaucoup de poids.

Les Afro-Néo-Écossais portent donc en eux une histoire, qui est à la fois marquée par une souffrance extraordinaire et une force extraordinaire. L’héritage des Afro-Néo-Écossais, c’est qu’ils sont toujours là, qu’ils ont survécu à tant d’épreuves, et qu’ils ne se sont pas contentés de survivre, mais qu’ils ont aussi accompli tant de choses.

Je dirais qu’aujourd’hui, je considère les Afro-Néo-Écossais comme un groupe de personnes qui ont fait preuve de résilience, et qui incarnent ce qu’il est possible de réaliser lorsque les communautés s’unissent, se reconnaissent et se soutiennent mutuellement.

PM: Comment la perception de votre identité a-t-elle évolué au fil des années? 

MW: Je pense que c’est quelque chose avec lequel j’ai, je crois, longtemps lutté, parce que je pensais que c’était quelque chose que je devais avoir complètement clarifié.

Je dirais que, pendant une grande partie de ma jeunesse, je pensais que je devais tout comprendre.

Maintenant, j’en suis à un stade où j’accepte mieux les nuances de qui je suis.

Je n’ai pas vraiment à choisir, tu sais, une seule façon de m’identifier, pour ainsi dire.

J’ai aussi des racines très profondes à Antigua. Je suis très attachée à mes racines là-bas. Et je suis également très attachée à mes racines en Afrique, même si je n’y ai jamais vécu. 

Je suis encore en train de rassembler les pièces du puzzle pour déterminer d’où je descends réellement.

Mais je reconnais aussi tous ces éléments de ma naissance, tous ces éléments de mon identité, comme mon héritage de naissance. Je suis donc une femme noire. Je suis une femme afro-néo-écossaise. Je suis une femme afro-canadienne. Je suis une femme canadienne. Je suis une femme d’Antigua.

PM: Au cours de votre enfance, ou peut-être même aujourd’hui, y a-t-il eu un moment où vous avez eu le sentiment que votre expérience, en tant qu’Afro-Néo-Écossaise, était différente de celle de la majorité des Néo-Écossais? 

MW: Oui, je pense qu’il y a eu plusieurs moments de ce genre.

Mais le premier qui me vient à l’esprit remonte à quand j’étais toute petite.

J’étais à l’un des matchs de soccer de mon frère.

Je jouais avec cette petite fille.

On devait avoir environ quatre ans, je crois. On s’amusait comme des fous, comme le font les enfants. Je ne crois pas qu’on se connaissait avant ça.

Après que je lui ai demandé si elle voulait dîner avec nous, elle m’a répondu: «Je ne peux pas parce que tu es noire.»

C’était juste très choquant, très direct, comme si on me disait: «Tu n’es pas des nôtres.» Et non seulement tu n’es pas des nôtres, mais en plus, je ne peux pas manger ta nourriture.

Une partie de moi a envie de dire: «Bon, c’était l’enfant, pas les parents.» Mais quoi qu’il en soit, même si c’était l’enfant, ça vient de quelque part.

Cette histoire n’est donc qu’un petit exemple parmi tant d’autres de toutes les fois où on m’a jeté ça à la figure.

PM: Quelles sont les traditions, les valeurs ou encore les pratiques culturelles qui selon vous sont particulièrement importantes à préserver aujourd’hui au sein de la communauté afro-néo-écossaise? 

MW: Je me suis beaucoup intéressée aux valeurs et aux principes afrocentriques, tant sur le plan professionnel que dans le cadre de mon propre cheminement vers la compréhension de ma culture.

J’ai donc suivi un cours de counseling afrocentrique, il y a deux ou trois étés, je crois, où j’ai approfondi certains principes afrocentriques. L’un d’entre eux était le Sankofa.

En ce qui concerne les traditions et les pratiques, il y en a tellement.

Pour moi en particulier, deux des pratiques auxquelles je me suis vraiment adonnée ces deux dernières années sont le djembé et la danse.

Pour moi, quand je joue du tambour et que je danse, cela me ramène à une époque antérieure, à celle où mes ancêtres ont été réduits en esclavage et emmenés de l’autre côté de l’océan.

PM: Selon vous, quels sont les défis, parfois moins visibles pour le grand public, auxquels les Afro-Néo-Écossais font encore face aujourd’hui? 

MW: En ce qui concerne les défis invisibles, je parlerais des traumatismes intergénérationnels.

On en parle souvent et on en fait une réalité reconnue dans le contexte autochtone des Premières Nations au Canada, ce qui, à mon avis, est très important en raison de l’héritage de la colonisation et des préjudices qu’elle a causés à ces peuples. 

Les Afro-Néo-Écossais ont eux aussi subi un héritage de violence et de préjudices qui a eu des répercussions sur tous les aspects de leur vie, qu’ils soient psychologiques, physiques ou spirituels, et ces répercussions touchent les familles.

Je dirais donc que le traumatisme intergénérationnel joue un rôle énorme, mais que le racisme structurel auquel j’ai fait allusion plus tôt est encore plus déterminant.

PM: Quels sont vos espoirs pour l’avenir de la communauté afro-néo-écossaise? 

MW: Mon plus grand espoir est que, tandis que les individus et la communauté continuent de progresser vers la prospérité et d’atteindre tout ce qu’ils souhaitent accomplir, ils ne perdent pas le contact avec leur culture.

J’espère qu’ils resteront liés aux pratiques, aux valeurs, et aux communautés qui font d’eux ce qu’ils sont. 

J’espère qu’en tant que peuple, nous pourrons aller de l’avant et continuer à créer des espaces où nous pouvons nous rassembler, éprouver de la joie, trouver le repos et faire l’expérience de la guérison.

Type: Rubrique

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