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Ronald Labelle: «C’est une histoire qui est intéressante pour toute l’Acadie»

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Les acteurs de la pièce théâtrale Les Noces de Marguerite à la fin de la présentation.  — PHOTO: Matheus Lucas, CCEA
Les acteurs de la pièce théâtrale Les Noces de Marguerite à la fin de la présentation.
PHOTO: Matheus Lucas, CCEA

Le 31 mai dernier a eu lieu la représentation de la pièce radiophonique Les Noces de Marguerite, présentée par le Centre communautaire Étoile de l’Acadie, en collaboration avec Radio CKJM et Old Sydney Society, au Saint-Patrick’s Church Museum du Cap-Breton.

Ronald Labelle: «C’est une histoire qui est intéressante pour toute l’Acadie»
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Type de contenu: Actualité

Une œuvre originale, de théâtre intergénérationnel, imaginée par Ronald Labelle, et inspirée d’un évènement historique survenu à Sydney, en 1754.

«Sydney s’appelait la Baie des Espagnols, à l’époque de la colonie française de l’Île-Royale, raconte Ronald Labelle. Il y avait une communauté acadienne sur le site actuel de Sydney et il y a eu un mariage controversé, en 1754, qui a été documenté dans les archives. Je me suis basé là-dessus pour écrire une pièce qui met en scène tout l’évènement, avec 14 participants.» 

Mais, rapidement, le projet s’est révélé beaucoup plus ambitieux qu’ils ne l’avaient pensé, le choix des interprètes s’avérant, particulièrement, un véritable problème à résoudre. «On n’a pas de troupe de théâtre francophone à Sydney. Il y avait une ou deux personnes qui avaient déjà fait un peu de théâtre, mais la grande majorité des participants n’avaient aucune expérience dans le domaine.»

Ronald Labelle, auteur de la pièce radiophonique Les Noces de Marguerite. 

PHOTO : Charlotte Dionne

De fil en aiguille, après de nombreuses réflexions, notamment avec Marc Arseneau, le producteur de la pièce, ils en sont finalement venus à l’idée de proposer un enregistrement sonore, en collaboration avec la radio communautaire CKJM de Chéticamp.

«Il y a des gens qui auraient eu de la difficulté à tout apprendre. Alors, on s’est dit, c’est ce qu’on va faire», relate M. Labelle, avant de décrire comment s’est ensuite passé le casting de ce projet particulier.

«C’était un peu différent. D’habitude, dans une troupe théâtrale, il va y avoir des auditions pour chaque rôle, et nous, plutôt que de faire ça, avec nos moyens limités, on a simplement invité toutes les personnes intéressées à venir au centre communautaire et puis on les a toutes pas mal réparties dans différents rôles. Y’a personne qu’on a vraiment à refuser.»

Se retrouvant avec une troupe de différents âges, et une moyenne assez élevée, M. Labelle explique que, forcés d’accepter la situation, ils ont dû composer avec les comédiens volontaires en donnant les rôles de personnages de 53 ans à des sexagénaires. 

«Ce n’était pas l’idéal. Ça aurait été mieux si on avait eu un grand pool de participants potentiels. On aurait pu faire un choix. Mais, tout le monde a réussi à rentrer dans son rôle. Et puis, pour les rôles principaux, Marguerite et son fiancé, on avait quand même deux personnes assez jeunes pour les incarner.»

Toutefois, étant donné le contexte et le mode de présentation de la pièce, les caractéristiques physiques des interprètes n’ont tout compte fait pas été un problème si contraignant à son bon déroulement.

Les acteurs de la pièce théâtrale, Les Noces de Marguerite, présentée au St. Patrick’s Church Museum. 

PHOTO: Matheus Lucas, CCEA

«Pour la présentation de la radio, c’est sûr que ça dérange pas qu’on ait un rôle d’une personne de 35 ans joué par quelqu’un dans la soixantaine. Ça dérange plus pour la présentation devant le public.»

«Mais c’était une lecture dramatique, où les comédiens n’étaient pas en costume. Ils étaient tout simplement habillés en noir ou en habillement foncé, alors on ne mettait pas l’accent sur le personnage, mais plutôt sur ce qu’ils disaient, sur leur texte.»

Finalement, c’est la voix, les sons et les mots qui ont retenu leur plus grande attention. Pour «rendre la pièce plus vivante», le musicien et technicien Sébastien LeFort y a intégré de nombreux effets sonores, comme des coups de feu, des bruits de vagues et des cris de goélands pour une scène au bord de l’eau. 

Puis, ils ont décidé d’accompagner le spectacle d’un thème musical, le cantique «Tout passe» datant de l’époque de la Déportation. «J’ai fait le choix de la musique, des chansons, tout ça, avec quelques consultations. Mais j’avais beaucoup de talents, beaucoup de musiciens talentueux.»

Des décisions et des talents dont M. Labelle se satisfait encore plus aujourd’hui, étant donné l’accueil bienveillant reçu au cours de la représentation. «La salle était pas mal pleine. Il y avait 70 à 80 personnes et les gens ont suivi du début à la fin. On a vu l’intérêt. Le public était là.»

D’autant que la possibilité de diffuser leur spectacle à la radio leur a aussi permis de toucher un plus grand nombre de personnes et d’encourager davantage de monde à participer à cette activité communautaire. 

«Ici, à Sydney, on est juste un petit groupe de francophones. Souvent, les activités qui se passent au CCEA (Centre communautaire Étoile de l’Acadie), c’est un petit groupe qui se rencontre pour des petites rencontres sociales, des 5 à 7, des choses comme ça, parfois des soirées musicales. Mais on voulait faire quelque chose de différent, qui irait rejoindre plus de gens.»

Ça montre que c’est possible. Ça va donner l’idée à des gens d’en faire d’autres.

— Ronald Labelle

Un pari toutefois risqué, car il y avait de cela de très nombreuses années que la région n’avait pas accueilli de créations théâtrales, et encore moins en français. «Il y en a déjà eu, se souvient M. Labelle, mais dans les années 1980-1990.» 

Sa réussite se révèle donc d’autant plus opportune pour de nouveaux projets à l’avenir. «Ça montre que c’est possible. Ça va donner l’idée à des gens d’en faire d’autres.»

Ce qui le touche plus profondément, c’est aussi l’intérêt ressenti quant à l’histoire racontée. 

Un évènement historique important pour l’histoire de l’Acadie, et plus particulièrement pour la région de Sydney. «Il y avait une communauté acadienne dans les années 1740-1750, juste avant la chute de Louisbourg. Ce n’est pas connu, ça. Au Cap-Breton, très peu de gens savent que les premiers habitants blancs européens à Sydney étaient des Acadiens. Ce n’étaient pas des anglophones. Les Acadiens étaient là 35 ans avant que les Anglais arrivent.»

Mais aussi la communauté mi’kmaw, rappelle-t-il, qui s’était d’ailleurs très attachée aux Acadiens. Un autre fait historique qu’il a également tenu à mettre en avant dans la pièce. «C’était une communauté métisse. Beaucoup des Acadiens, ici, à l’époque, étaient liés à des familles mi’kmaq.»

Aujourd’hui, après le succès de la première représentation, M. Labelle aspire à ce que cela encourage à la création de nouveaux projets théâtraux. Peut-être différents, peut-être avec davantage de jeunes, mais tout aussi fédérateurs. 

Surtout, il espère que Les noces de Marguerite continuera son petit bout de chemin, convaincu que l’aventure de cette création qu’il a imaginée, conçue et mise en scène ne fait que commencer. «J’aimerais que la pièce, ça soit pas juste une présentation, puis que ça se finisse là. J’aimerais voir la pièce représentée, puis, pourquoi pas, présentée ailleurs, parce que c’est une histoire qui est intéressante pour toute l’Acadie, pas seulement pour des gens du Cap-Breton.»

Type: Actualités

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