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le Mardi 25 août 2026 9:00 Nos communautés - Halifax

L’explosion au port de Beyrouth : la mémoire hémorragique de la diaspora libanaise

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Un mémorial fait en union pour le Liban en 2020.  — PHOTO: de gracieuseté
Un mémorial fait en union pour le Liban en 2020.
PHOTO: de gracieuseté

Le 4 août 2020 restera gravé dans la mémoire de chaque Libanaise et Libanais comme l’un de leurs plus grands traumatismes et le pire des cauchemars de leur existence.

L’explosion au port de Beyrouth : la mémoire hémorragique de la diaspora libanaise
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Type de contenu: Récit

Le Courrier rapporte comment des Libanais actuellement à Halifax ont vécu ce drame en 2020.

Le soir où tout a basculé 

En quelques secondes, Beyrouth a été dévastée par la troisième plus puissante explosion non nucléaire de l’histoire. Une catastrophe qui, au-delà de ses conséquences humaines et matérielles, a dévoilé au grand jour des années de dysfonctionnements, de corruption, de paralysie de l’État, de confiscation du pouvoir politique, d’oppression du peuple et d’impunité.

À 18 h 07, tout a été soufflé : des hôpitaux, des immeubles, des musées, des bureaux, mais surtout des foyers qui abritaient des milliers de familles. Des souvenirs se sont effacés, des biens et le fruit d’une vie entière de travail.

En une fraction de seconde, le sang et la poussière se sont mêlés.

À l’origine du drame : du nitrate d’ammonium, une substance hautement dangereuse, entreposée pendant des années au port de Beyrouth dans un silence maléfique, ce qui a suscité de nombreuses interrogations.

Ce soir-là, quelque 300 000 personnes se sont retrouvées sans toit, dont environ 80 000 enfants, selon l’UNESCO.

Dans les jours qui ont suivi, la colère populaire s’est exprimée sur les murs de la ville. Près du port, des citoyens ont inscrit : «Mon gouvernement a fait ceci», dénonçant les responsables de l’époque et leurs alliés qui occupaient la sphère politique depuis une trentaine d’années. 

Le bilan humain est lourd, soit plus de 220 morts, plus de 7 000 blessés et un millier de personnes mutilées. 

Une question demeure, lancinante : pourquoi?

Un mémorial fait en union pour le Liban en 2020. 

PHOTO: de gracieuseté

Mobilisation pour le Liban

Face à la catastrophe, la diaspora libanaise s’est rapidement mobilisée. À l’étranger, des Libanais, choqués et bouleversés par l’immensité de ce crime, ont organisé des temps de recueillement et de prière, des rassemblements ainsi que des initiatives humanitaires pour venir en aide aux victimes par l’intermédiaire d’associations caritatives.

À Halifax, il y a choc, mémoire et solidarité. Georgette Faddoul, qui présidait alors l’association Canadian Lebanon Society of Halifax, décrit la réaction de la communauté libanaise dans la province atlantique. 

«Le 4 août, j’étais isolée à cause de la Covid. Nous regardions la télévision lorsque nous avons vu les images du drame. Mon mari a immédiatement appelé l’une de ses nièces à Beyrouth, raconte-t-elle. Une demi-heure plus tard, j’ai commencé à recevoir des appels de chaînes de télévision et de radio qui voulaient se renseigner sur ce qui se passait au Liban.»

Elle décrit une communauté profondément inquiète: «Les gens étaient sous le choc. Ceux qui avaient de la famille à Beyrouth étaient très stressés, constamment accrochés à leurs téléphones, essayant de savoir si leurs proches étaient sains et saufs.»

«C’était vraiment tragique», affirme-t-elle.

Un mémorial a ensuite été organisé par l’association à l’hôtel de ville de Halifax, avec des discours et une collecte de dons au profit de la Croix-Rouge libanaise.

C’était un moment très fort, à couper le souffle, pour les personnes rassemblées en solidarité avec le Liban. Un drapeau libanais composé de fleurs avait été conçu. Chacun, à son tour, portait une bougie et la déposait autour de l’emblème du pays du Cèdre.

— Georgette Faddoul

Après le rassemblement, le drapeau a été porté jusqu’au Waterfront de Halifax et placé devant la statue dédiée à l’immigrant libanais.

«L’explosion a été le déclencheur»

Pour certains Libanais récemment installés à Halifax, la double explosion meurtrière du 4 août a également été l’un des éléments déterminants dans leur décision de quitter leur pays.

Arrivé en Nouvelle-Écosse en 2025, Imad Tawk évoque son attachement au pays du Cèdre, mais aussi la nécessité de chercher un autre avenir.

Un mémorial fait en union pour le Liban en 2020. 

PHOTO: de gracieuseté

«Beaucoup de raisons m’ont poussé à prendre cette décision : la crise économique, la pénurie de médicaments et même de lait pour les enfants, qui étaient très petits à l’époque, ainsi que l’instabilité sécuritaire. Toutefois, la double explosion a été le déclencheur essentiel. C’était l’apogée de tout ce qui s’était passé. Au Liban, on parle désormais de l’avant et de l’après-explosion», souligne-t-il.

Après la tragédie, il décrit une période particulièrement difficile, marquée, selon lui, par l’absence de réaction concrète des autorités.

«Les gens ont installé des tentes et se sont entraidés. Ils ont eux-mêmes levé les décombres de leur propre capitale. Les villages, les associations, les scouts, etc., se sont tous mobilisés pour déblayer les gravats et aider les victimes. De mon côté, j’ai envoyé du matériel de construction. C’était un choc dévastateur, impossible à décrire.»

Le jour de l’explosion, Imad Tawk se trouvait à Jbeil, loin de Beyrouth. Pourtant, «nous avons ressenti un tremblement. Les vitres se sont mises à vibrer, puis nous avons entendu un grondement sourd. Nous avons compris qu’il y avait eu une explosion, mais pendant la première demi-heure, nous ne savions pas ce qui se passait.»

Puis les images ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux.

«Nous avons vu des vidéos de personnes ensanglantées dans les rues, qui allaient d’un hôpital à l’autre pour trouver de l’aide.» Au début, raconte-t-il, beaucoup pensaient à une simple explosion. «Puis nous avons compris que c’était beaucoup plus complexe et monstrueux, et que la déflagration avait dévasté plein de régions, notamment Dekwaneh, Achrafieh, Gemmayzé et Rmeil.»

La maison de sa tante et de sa famille, qui vivaient à Dekwaneh, a elle aussi été touchée.

«Les vitres ont complètement volé en éclats. Les réseaux de télécommunications étaient coupés. Nous essayions d’appeler les personnes que nous connaissions pour savoir si elles allaient bien. Ce n’est que le lendemain que nous avons réellement compris l’ampleur de la situation», se souvient-il.

Savoir pourquoi

Pour Georgette Faddoul, comprendre les circonstances du drame est essentiel.

Les personnes qui ont été touchées ont totalement le droit de savoir parce qu’elles continuent d’en subir les conséquences.

— Georgette Faddoul

«Les personnes qui ont été touchées ont totalement le droit de savoir parce qu’elles continuent d’en subir les conséquences. Certaines ont perdu des proches, d’autres sont marquées à vie, éprouvant des blessures profondes physiques ou psychologiques. Le peuple libanais a encouru beaucoup d’endurances, et il a le droit de savoir pourquoi il a tellement souffert», affirme-t-elle.

Pour Imad Tawk, l’inaction continue de nourrir la peur : «L’impunité perdure. Il n’y a eu aucune mesure corrective, aucune action concrète. Rien. J’ai peur que, même si un verdict est finalement prononcé, rien ne change et ne soit fait.»

Justice et vérité

Six ans après l’explosion, la question de la justice demeure au cœur des revendications inlassables des familles des victimes, qui ont fait face à de nombreuses formes de répression et interpellations visant à museler leur voix.

L’enquête libanaise a été confrontée à de nombreuses pressions et entraves. Plusieurs tentatives ont été faites pour dessaisir le juge d’instruction chargé de l’investigation dans l’affaire du 4 août 2020.

Récemment, l’espoir d’un dénouement est évoqué.

Au Liban comme à l’étranger, la justice et la vérité sont revendiquées. La reconnaissance des responsabilités et la fin de l’impunité sont réclamées pour bâtir un meilleur avenir aux générations futures.

Type: Récit

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