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La salle était remplie pour cette activité du Festival acadien de Clare consacrée à la mémoire de la Baie Sainte-Marie telle qu’elle apparaissait il y a environ un demi-siècle.
L’événement, présenté gratuitement le 11 août, avec possibilité de faire un don pour la banque alimentaire, proposait un montage de plus de 450 images d’archives tirées principalement de diapositives datant des années 1970.
À mesure que les photographies défilaient, les réactions se faisaient entendre dans la salle. Un visage reconnu. Un endroit qui n’existe plus. Une automobile, une maison, une manière de s’habiller qui provoque un sourire. Parfois un rire. Et, quelques secondes plus tard, le silence devant l’image d’une personne disparue. C’est précisément dans cet espace entre le document historique et le souvenir personnel que Circa 1975 trouve sa force.
Le projet a été conçu par Yvon Comeau, qui, avec Germaine Comeau, a approché la Société acadienne de Clare avec l’idée de redonner vie à cette importante collection photographique appartenant au Père Louis Comeau. Autour du neveu et de la nièce de ce dernier s’est constituée une équipe, notamment avec Monique Comeau de la Société acadienne de Clare, qui a travaillé au montage et a appris à utiliser le logiciel DaVinci pour le projet, ainsi que le musicien Jacques Blinn, responsable de l’univers sonore, de la musique et de la narration.
Dans ses mots d’ouverture, Natalie Robichaud, directrice générale de la Société acadienne de Clare, a insisté sur la patience qu’a exigée le projet et sur l’importance que revêtent les archives pour la communauté.
Circa 1975 pousse cette démarche un peu plus loin : les archives ne sont plus simplement conservées, elles sont remises en mouvement.
Le temps rythmé par les saisons et le travail
Le montage a été construit autour des quatre saisons, un choix narratif qui permettait de montrer à quel point, dans le Clare des années 1970, le calendrier naturel organisait encore largement la vie économique et sociale.
À cette époque, plus qu’aujourd’hui, les saisons dictent la majorité des activités économiques et sociales.
«À cette époque, plus qu’aujourd’hui, les saisons dictent la majorité des activités économiques et sociales», rappelle la narration au début du film.
L’automne ouvre le récit. Avec les couleurs qui changent viennent les récoltes, les pommes de terre entreposées pour l’hiver et la préparation de la chasse. Les photographies témoignent aussi d’une industrie aujourd’hui largement disparue du paysage local : l’élevage du vison, alors en plein essor.
Puis vient la préparation de la pêche au homard. Les casiers sont encore construits avec du bois local. Les bateaux attendent le signal du départ et la mer redevient, comme elle l’est depuis des générations, à la fois milieu de travail et horizon familier.
L’hiver ralentit certaines activités, mais pas toutes. Les images montrent notamment le travail en forêt et rappellent des hivers plus rudes, lorsque d’importantes accumulations de glace pouvaient se former le long des côtes et autour des quais.
Au printemps, la terre reprend sa place. On laboure les jardins avec des bœufs, des chevaux ou des tracteurs. La pêche à la truite recommence. On prépare également le poisson salé pour l’exportation.
Ainsi se dessine, saison après saison, une économie profondément liée à la mer, la terre et la forêt.
Ces images rejoignent l’histoire documentée de Clare, dont l’économie s’est longtemps appuyée sur la pêche, la construction navale et l’industrie forestière.
Le temps des loisirs et des célébrations
À côté du travail apparaissent les loisirs : des pique-niques au lac, les activités organisées par les pompiers et les paroisses, la piscine du Richelieu, les camps d’été, la pêche sportive et les rassemblements communautaires.
On retrouve aussi le tournoi international de pêche au thon du Cap-Sainte-Marie, organisé entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1970 et qui attirait des pêcheurs sportifs de plusieurs pays.
Puis il y a les enfants, les familles, les plages et les fêtes. C’est peut-être là que les archives cessent définitivement d’être anonymes. Dans une communauté où les liens familiaux demeurent étroits, une photographie vieille de 50 ans peut contenir beaucoup plus qu’un témoignage documentaire. Elle peut montrer une grand-mère jeune, un père disparu, une maison d’enfance ou un quai dont il ne reste aujourd’hui aucune trace.
Un incident technique intervenu en cours de projection n’a pas fait disparaître l’intérêt suscité par les images, bien au contraire. Pendant l’interruption, les conversations se sont multipliées. Des spectateurs tentaient d’identifier des personnes aperçues quelques secondes auparavant. D’autres échangeaient sur l’origine de certaines diapositives ou racontaient leurs propres souvenirs.
D’une certaine façon, la salle avait commencé à faire elle-même ce que le film cherchait à accomplir : mettre les archives en circulation, les redonner à la communauté en quelque sorte.
Le problème technique aura surtout rappelé la fragilité de ce type de patrimoine. Une vieille diapositive peut dormir pendant des décennies dans une boîte avant d’être numérisée. Germaine Comeau a d’ailleurs expliqué aux spectateurs que certaines diapositives avaient pu être rénovées grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle pour leur donner une seconde vie.
Avec Circa 1975, la Société acadienne de Clare ne propose pas seulement de regarder le passé. Elle montre ce qui arrive lorsqu’une communauté décide de le sortir des boîtes, de lui donner une voix, une musique et un écran.
Mardi soir, devant les images de la Baie Sainte-Marie d’il y a 50 ans, certains découvraient un monde qu’ils n’ont jamais connu. D’autres y retournaient.
Ce montage sera prochainement publié en ligne pour en maximiser l’accessibilité. La Société acadienne de Clare prévoit également des projections supplémentaires dans les foyers, les halles de pompiers et les écoles. L’appel au don en début de soirée a permis de collecter 625 $ au profit de la banque alimentaire.
