Type de contenu: Actualité
Durant la Coupe éthique, les élèves «étudient des cas d’enjeux éthiques ou de moralité d’actualité qui touchent à leur vie, qui touchent à la vie de leur communauté, et apprennent à réfléchir sur ces questions, à prendre des positions réfléchies et ensuite [à] savoir dialoguer là-dessus», explique Gabrielle Bardall, spécialisée en science politique.
À la différence d’un débat, où il faut démontrer que l’on a raison, cette compétition invite les participants à intégrer les idées et les arguments d’autrui, afin de les former à devenir de meilleurs citoyens dans un régime de démocratie.
«La démocratie aujourd’hui est en crise, affirme Gabrielle Bardall, que ce soit au niveau international, au niveau national, et même au niveau local. Il suffit d’aller sur les réseaux sociaux, ici, dans la région de Clare, et voir le ton qui est utilisé pour exprimer des positions différentes, le manque de respect, du langage très inflammatoire parfois, et donc il est devenu de plus en plus difficile d’avoir un argument, d’avoir un débat, d’avoir des positions différentes entre nous.»
Or, selon la professeure, la qualité des dialogues civiques et démocratiques joue un rôle primordial dans le développement et le renforcement des liens communautaires.
«C’est ce qu’on appelle la démocratie délibérative, donc une approche de la démocratie où les décisions sont prises ensemble sur la base du consensus ou sur la base d’un appui plus large, fondée sur un débat approfondi, respectueux, avec beaucoup de recherches et des faits derrière. C’est une démocratie réfléchie, étudiée.»
Des enjeux d’autant plus grands de son point de vue au regard de l’époque actuelle, marquée par une tendance accrue à la polarisation et aux rapports de force entre les États et les individus, d’où un déclin mondial des démocraties, observé depuis plus de 20 ans.
«Ça a un vrai impact, soutient-elle, non seulement au niveau national, mais aussi au niveau provincial.»
L’enjeu de la Coupe éthique est donc d’aller à l’encontre de ces modes de fonctionnement, en apprenant aux élèves que le dialogue est possible, même avec des différences d’opinions et de valeurs.
Nous pouvons trouver des accords. On n’a pas besoin de changer notre position, mais on peut au moins accepter l’autre.
«Nous pouvons trouver des accords, affirme Gabrielle Bardall. On n’a pas besoin de changer notre position, mais on peut au moins accepter l’autre.»
Pour la professeure, le respect envers autrui est essentiel dans la vie en société démocratique, particulièrement dans un monde en crise, car les comportements respectueux ont tendance à se répondre et à se perpétuer.
«C’est important de leur faire réaliser qu’il y a certaines choses qui sont bien faites, d’autres moins, d’autres pas du tout, d’autres qui sont inacceptables», renchérit l’enseignante Nathalie Comeau.
L’idée étant d’inciter les élèves à se poser des questions et à se positionner en tant que futurs citoyens, tout en développant leur pensée critique, mais également leur empathie envers autrui.
Pour ce faire, ils ont été soumis à des études de cas sur des enjeux d’actualité, comme l’utilisation détournée de médicaments prescrits pour le diabète de type 2 par des personnes non diabétiques pour la perte de poids, ou encore l’éthique des relations d’amitié avec l’intelligence artificielle.
Des sujets que les participants avaient préparés en classe, avant la finale du 26 mars, avec Nathalie Comeau, apprenant à construire leur argumentaire en s’appuyant sur des études scientifiques.
«Les élèves ont bien aimé ça, exprime l’enseignante. Ils ont été surpris par eux-mêmes. Ils ont réussi à partager des idées, ils ont donné des points de vue qu’ils ne connaissaient pas. Aussi, les élèves ont mentionné par la suite que c’est quelque chose qu’ils aimeraient faire l’année prochaine de nouveau.»
Ce que souhaitent également les deux organisatrices de l’évènement.
«On se sent confiant de pouvoir le reprendre une autre année, affirme Nathalie Comeau, et de le faire même mieux.»
«C’est une bonne base. C’est quelque chose qu’on prévoit de continuer pendant longtemps et [qui], j’espère, va grandir avec le temps», renchérit Gabrielle Bardall, qui souhaite pouvoir élargir l’expérience en incluant les autres écoles du Conseil scolaire acadien provincial, mais également participer aux matchs régionaux et nationaux.
«On a vraiment eu un privilège de faire ça en Nouvelle-Écosse cette année, se réjouit-elle. En plus à Clare, parce que c’est très éloigné.»
Pour Gabrielle Bardall, encourager ainsi les jeunes à s’éduquer sur des questions d’éthique et des enjeux de la société permet aussi de donner davantage de visibilité à la communauté régionale et aux francophones en particulier, peu représentés dans les politiques nationales.
«Ça renforce, améliore les résultats scolaires, dans certains contextes, mais aussi juste la façon d’être dans la société de nos jours», soutient-elle.
Nathalie Comeau abonde dans son sens, avec optimisme et confiance:
«Ça fait justement 30 ans cette année que j’enseigne, et puis encore, je vois des belles choses tout le temps en salle de classe, alors moi, je garde espoir.»
