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«En raison des couts de production et du fardeau fiscal toujours croissants, des revenus en baisse et des coups financiers causés par l’incertitude de la livraison liée aux grèves qui ont frappé Postes Canada au cours des deux dernières années, j’en suis venu à la triste décision de mettre fin à la publication du Clare Shopper et du Lobster Bay Shopper», a écrit Graff dans une déclaration publiée sur la page Facebook du journal.
Le Clare Shopper a vu le jour en 1984, quand Graff, alors âgé de 29 ans et nouvellement arrivé des États-Unis, a lancé le journal grâce à un emprunt de 300 $ fait à son père.
Maçon de pierre de métier, il a monté son premier numéro de huit pages sur la table de cuisine de sa maison de ferme à Saint-Joseph, avant de le faire imprimer à l’imprimerie d’Ed Comeau à Little Brook et de le distribuer à 3 200 foyers de la région de Clare.
Les premières années ont été difficiles. Pendant deux ou trois ans, le journal couvrait à peine ses couts et Graff continuait à construire des murs de pierre pour compléter ses revenus. «Les gens se moquaient de ça au début. Ça m’a mis le dos au mur, a-t-il raconté. J’allais mourir avant d’abandonner.»
Vers 1988, l’acquisition de son premier ordinateur Apple a transformé les opérations. La même année, il a acheté un local à Pointe-de-l’Église, à côté du bureau de poste, mettant ainsi fin à des années de travail depuis son domicile.
Au cours des décennies suivantes, le Clare Shopper a connu une croissance importante. À son apogée, les deux publications étaient livrées toutes les deux semaines à 30 000 foyers et entreprises, de Bear River jusqu’au bout du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, d’Annapolis Royal jusqu’à Pubnico.
L’équipe a compté jusqu’à 10 employés, dont certains sont restés pendant 28 ou 30 ans.
L’incontournable de la publicité se distinguait par sa gratuité et son accessibilité. Les petites annonces, les avis de décès et les avis pour des membres de la communauté aux prises avec des problèmes de santé étaient publiés sans frais.
Les annonceurs pouvaient choisir la langue de leur publicité. «C’était le journal des gens, a-t-il indiqué. Ils décidaient en grande partie ce qui allait s’y trouver.»
Il a décrit la publication comme un élément incontournable de la vie communautaire. «On l’appelait la bible», a-t-il ajouté.
Graff attribue en partie la fermeture à la pandémie de COVID-19, qui a durement touché les petites entreprises locales formant sa base d’annonceurs. Mais ce sont les grèves répétées de Postes Canada qui lui ont porté les coups les plus sévères.
Lors d’une grève en décembre, le journal aurait perdu l’équivalent d’environ 30 % de ses revenus annuels, habituellement générés par la distribution de circulaires en fin d’année. Une grève subséquente en septembre et octobre a empêché la livraison d’une édition déjà produite, entrainant une perte d’environ 12 000 $, selon Graff.
«La menace de grèves continues me rendait hésitant à publier parce que, si le journal était imprimé puis retourné chez nous sans être livré, on perdait encore 30 000 $», a-t-il expliqué.
À 71 ans, après plus de quatre décennies à la tête de l’entreprise, Graff a reconnu manquer de l’énergie nécessaire pour surmonter une nouvelle crise. «J’aurais probablement pu tenir le coup, a-t-il poursuivi. Mais j’ai 71 ans, et, après 41 ans à le faire, je manquais un peu d’énergie pour mener encore le grand combat.»
Dans sa déclaration écrite, il a remercié ses lecteurs, ses annonceurs et ses employés. «C’est un voyage incroyable, et comme tant d’autres, je serai attristé de le voir se terminer.»
Une nouvelle publication, le Window Shopper, devrait desservir la région du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.
Selon une publication Facebook de Jessica Cook, représentante commerciale de cette nouvelle publication, le Window Shopper paraitra une fois par mois et sera distribué à 20 000 exemplaires, de Bear River à Pubnico. Deux anciennes employées du Clare Shopper font partie de l’équipe.
Graff a dit espérer que la publication réussisse. «C’est bon pour la communauté.»
