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Gabrielle Bardall a une vaste connaissance dans les domaines de la démocratie, de la violence électorale et des relations internationales. Cette expertise l’a amenée à travailler dans plus d’une soixantaine de pays, entre autres avec les Nations Unies, notamment sur la participation des femmes en démocratie.
Gabrielle Bardall, présentant un projet avec ses élèves à l’École secondaire de Clare. Dans le cadre de son cours sur la politique canadienne à l’école, ils participent à une activité interactive, où les élèves de l’Université Sainte-Anne font une présentation et une activité éducative à une classe d’élèves.
Son immersion dans le monde universitaire est relativement récente, mais se distingue déjà par de nombreuses collaborations internationales et plusieurs affiliations au Canada.
«J’ai eu le privilège d’être [en dialogue] avec des femmes candidates et parlementaires, et autres, dans tant de pays, partage-t-elle, alors c’est une occasion pour moi de réfléchir, d’avancer la recherche dans les champs qui ont été identifiés [comme] étant prioritaires et aussi de m’investir dans la communauté acadienne.»
Selon la professeure, il existe beaucoup de similarités entre la représentation des femmes et la participation politique des femmes en Acadie avec ce qu’elle a pu observer à l’échelle internationale, où les manières de gouverner constituaient un problème majeur.
On a trop souvent tendance à penser que la démocratie, c’est pour tout le monde, mais en pratique, ça ne l’est pas.»
Pour Gabrielle Bardall, sans la présence des femmes en politique, la démocratie reste incomplète.
«La voix des femmes, c’est pas seulement [les femmes]. C’est comme la première porte d’entrée vers la diversité et l’inclusion.»
La politologue affirme qu’une société féministe ne se limite pas aux femmes.
«La perspective féministe, ça apporte une grande richesse à beaucoup de questions dans la politique.»
Gabrielle Bardall lors d’une présentation à l’École secondaire de Clare.
Gabrielle Bardall pense en effet qu’adopter un point de vue féministe permettrait d’améliorer à la fois la qualité et la solidité de la démocratie.
«La démocratie est confrontée à énormément de défis, voire même des attaques directes, et donc, avoir une démocratie qui est résiliente, qui est capable de répondre aux besoins des citoyens et des citoyennes, c’est ce qui va nous protéger.»
Particulièrement inquiète au sujet de l’avenir, elle confie qu’en 25 ans de travail sur ces sujets, il n’y a jamais eu autant de menaces.
«Nous sommes dans un contexte très troublant. La démocratie dans le monde est sur un déclin qui dure bien plus qu’une décennie aujourd’hui.»
Elle explique ses inquiétudes par l’observation de trois choses: la montée des pays antidémocratiques, de plus en plus nombreux; les agissements de ces derniers, désormais assumés avec beaucoup moins de retenue; et l’affaiblissement des démocraties les plus anciennes, dites «consolidées».
En outre, si l’on sait aujourd’hui que la violence électorale à l’égard des femmes existe, elle pense qu’il reste encore beaucoup à comprendre sur ce sujet.
C’est pourquoi elle s’intéresse notamment aux domaines de la technologie, qui joue un rôle très important en facilitant la violence contre les femmes, mais aussi en aidant à trouver des pistes de solution, et de l’ingérence étrangère.
«On sait que des pays hostiles à la démocratie font de l’ingérence auprès des réseaux sociaux. Ils essaient de nous diviser par des narratifs polarisants, et que le genre en est un. Mais c’est très peu discuté.»
Arrivée en Nouvelle-Écosse en 2020, Gabrielle Bardall reconnait devoir encore approfondir sa connaissance des questions acadiennes, mais juge pour autant essentiel d’intégrer ces thématiques dans ses recherches.
«C’est une question qui a quasiment pas été touchée, surtout parce que, à mon avis, dans le contexte, on n’a pas beaucoup parlé des Acadiennes et [de] la politique parce que la question de la représentation politique de l’Acadie en général est aussi difficile vu que c’est un peuple sans pays.»
Une meilleure compréhension du rôle des femmes dans la société passe, selon elle, par un élargissement de notre perception de ce qui constitue le pouvoir en Acadie et de la manière dont les femmes y font entendre leur voix.
«J’espère leur transmettre un peu de mes notions que j’ai sur les questions, de l’importance, mais surtout et avant tout le sentiment que ça leur appartient, qu’ils peuvent faire un changement chez eux, exprime-t-elle à propos de ses étudiants. Et donc qu’ils ont ce pouvoir fondamental, peu importe ce qu’ils vont faire avec leur carrière, et donc de ne pas le négliger et de s’en servir autant que possible.»
Ce nouveau programme de recherche qu’on lui a octroyé représente donc pour elle l’opportunité d’inviter ses étudiants à découvrir ces sujets, tout en établissant des liens avec des étudiants internationaux, pour avoir une vision beaucoup plus large de ces enjeux.
