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La Province a annoncé qu’elle accepterait les recommandations de la Commission et qu’elle ajoutera un 56e siège à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse.
Le Courrier a contacté le bureau du premier ministre Tim Houston. Une porte-parole a répondu par courriel que la Province appuie la recommandation de la Commission.
Lisette Bourgeois et le sénateur Réjean Aucoin, au côté du ministre des Affaires acadiennes de la Francophonie, Colton LeBlanc, sont deux des 10 personnes à qui l’on a remis les insignes de l’Ordre de la Pléiade, le vendredi 22 mars, à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse.
Elle a affirmé que le bureau va examiner le rapport et présenter un projet de loi habilitant au cours de la 65e Assemblée législative, dont la première session aura lieu le 23 février.
Pour Lisette Bourgeois, directrice générale de la Société Saint-Pierre, l’annonce du 30 était une réelle célébration. «On était content que, finalement, on avait une réponse positive pis on allait, comme les régions de Clare, Argyle et Richmond, avoir notre circonscription.»
«Ça fait 30 ans qu’on en parle», rappelle-t-elle. Effectivement, les Acadiens de la région demandent un représentant depuis longtemps; le dernier élu, Hubert Meen Aucoin, a été la voix du comté d’Inverness à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse en 1925.
Surpris et soulagé, le sénateur Réjean Aucoin voit en cette annonce une grande victoire pour sa région, après 33 ans de démarches, de luttes et de présentations devant cinq commissions «pour se faire dire que, finalement, on avait raison de demander, d’exiger et qu’on avait droit à une circonscription protégée».
«C’est un peu temps de venir à une conclusion, une fois pour toutes», dit Lisette Bourgeois.
En 2012, les circonscriptions acadiennes protégées d’Argyle, Clare et Richmond ont été abolies. En 2017, la Cour d’appel de la Nouvelle-Écosse a déclaré cet acte anticonstitutionnel à la suite d’une bataille juridique menée par la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE).
C’est en 2019 qu’a eu lieu le dernier examen des limites des circonscriptions électorales de la Nouvelle-Écosse. Normalement tenu au moins tous les 10 ans, cet examen a été fait suivant une ordonnance de la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse.
Le résultat: le rétablissement des trois circonscriptions acadiennes, mais rien pour en former une pour Chéticamp, car la population, selon la Commission, n’était pas assez grande.
Le 12 novembre 2024, la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse a ordonné à la Commission de retracer les frontières électorales, donnant raison à la FANE et aux cinq codemandeurs de citoyens de Chéticamp, qui se sont mobilisés pour contester la décision.
Le juge Pierre Muise a précisé qu’une représentation effective requiert la considération de divers facteurs, comme la géographie, l’histoire communautaire, les intérêts de la communauté et la représentation du groupe minoritaire, «pour garantir que nos assemblées législatives représentent efficacement la diversité de notre mosaïque sociale».
Scénario proposé
Le rapport final propose une délimitation qui comprend trois communautés principales, à savoir Pleasant Bay, Chéticamp et Magré (Margaree en anglais). Le bilan: une proportion francophone de 35,6 %, soit 1 623 personnes dont la langue maternelle est le français, avec 3 889 électeurs.
Le poids francophone serait semblable à celui de la circonscription acadienne protégée d’Argyle (37,17 %), et supérieure à celui de Richmond (16,55 %).
Cette décision de la Commission, qui a été prise de manière unanime, recommande que la nouvelle circonscription exceptionnelle porte le nom de Chéticamp – Margaree – Pleasant Bay.
Le scénario suggéré est semblable au tracé de «Chéticamp et des Margaree», présenté l’année dernière, mais avec certaines modifications, dont l’exclusion de la communauté de Dunvegan, qui ferait partie de la nouvelle circonscription au sud et portrait le nom d’Inverness – We’koqma’q, à la recommandation de la Commission.
«La Commission a constaté qu’il y avait très peu de francophones ou de personnes d’origine française à Dunvegan, qui est plus culturellement harmonisée avec Inverness, justifie la Commission dans son rapport final. De cette façon, la communauté gaélique ne sera pas divisée.»
Le scénario le plus populaire parmi de multiples Acadiens et francophones était celui du «Pont Doyle», pour son poids francophone de 47,18 %.
Toutefois, il aurait divisé en deux Magré, qui a été identifié comme étant une communauté d’intérêts à respecter et à garder intègre, en s’appuyant sur la décision Carter.
«Bien que ce scénario entraine la plus forte représentation électorale des Acadiennes et Acadiens, ainsi que des francophones à Chéticamp et dans ses environs, cela exclurait un nombre important de francophones et de personnes d’origine acadienne dans la région», peut-on lire dans le rapport.
Kenneth Deveau, président de la Commission de délimitation des circonscriptions électorales de la Nouvelle-Écosse de 2025, lors d’une séance publique en juillet dernier avec les autres membres de la Commission.
Le plus juste
Kenneth Deveau, président de la Commission de délimitation des circonscriptions électorales de la Nouvelle-Écosse de 2025, explique que le mandat principal de la Commission était d’assurer une représentation effective pour la communauté acadienne de Chéticamp et les environs.
Pour ce faire, des experts ont été sollicités et des lectures ont été effectuées, consultant les décisions antérieures rejetées par les tribunaux. La Commission est aussi allée sur le terrain pour écouter ce que les gens avaient à dire.
Le président précise que les consultations ont été importantes, mais que la recommandation finale ne pouvait pas être basée purement sur l’option la plus populaire.
«Nous, on était mandaté de trouver le système ou la solution la plus juste pour la population de cette région-là de la Nouvelle-Écosse et pour l’ensemble de la Nouvelle-Écosse», explique le président.
Lisette Bourgeois croit que les gens de Magré sont probablement contents avec la recommandation de la Commission, le message de plusieurs étant qu’ils ne voulait pas être séparés du reste de la région acadienne.
Jules Chiasson, directeur général de la FANE, pense que, somme toute, la Commission a pris une bonne décision de garder tous les Magrés ensemble.
Jules Chiasson, directeur général de la FANE, en juillet dernier à Chéticamp.
«Le poids des francophones tombe à 35 %, mais à 35 %, comparativement à ce qu’on a actuellement, qui est 10 %, c’est une grosse amélioration», précise-t-il.
«Et à 35 %, je pense que les partis politiques n’auront pas le choix que de trouver des gens, si c’est pas des Acadiens de la région, des gens qui sont bilingues, ou ils seront obligés, bien sûr, de considérer Chéticamp.»
Une région, deux voix
Une chose est certaine: il y aura une voix de plus à l’Assemblée, et cette personne sera plus proche des intérêts et des besoins des résidents du nord d’Inverness.
Pour l’Acabie, le seul service de transport en commun de Chéticamp, un élu de plus représente une occasion de travailler avec le deuxième député d’Inverness pour renforcer la capacité à faire valoir les besoins des résidents.
Un avantage serait, par exemple, une facilité d’aller chercher de l’argent supplémentaire afin de réduire les frais de déplacement, suggère Marielle Bourgeois, gestionnaire et comptable de l’Acabie Transport.
Une navette de l’Acabie, le seul service de transport en commun de Chéticamp.
Des résidents de la région à faible revenu dépendent du service pour nombre de déplacements, notamment pour des rendez-vous médicaux hors de la région. «Si y’avait de l’argent d’extra, ça pourrait aider à supplémenter le prix de leur trajet», renchérit-elle.
«On souhaite que la personne élue serait une personne bilingue qui va connaitre nos défis, nos enjeux comme communauté francophone dans une minorité, répond Lisette Bourgeois. Qui va pouvoir parler pour nous quand ça vient à des décisions au niveau touristique, au niveau immigration, etc.»
Et que la personne élue aura «les yeux ouverts pis qui va regarder pour le bon de tout le monde», tant pour les anglophones que pour les francophones, souhaite Marielle Bourgeois, «pis qui va être voulant de travailler avec l’autre candidat».
«L’objectif, c’est de travailler ensemble pour assurer d’avoir le meilleur candidat ou candidate possible qui connait les besoins de la nouvelle circonscription», dit le sénateur Réjean Aucoin.
Il n’y a pas de garantie que le prochain élu sera bilingue, mais il y a davantage de chances qu’il le soit dans la nouvelle circonscription.
«Après 100 ans, on devrait avoir le droit à [un candidat bilingue] et c’est à souhaiter que les partis politiques qui vont choisir des candidats, ou les candidats qui vont se présenter, vont rendre cette capacité-là», commente le sénateur, car, ajoute-t-il, il faut éliminer la barrière linguistique pour les résidents francophones voulant communiquer avec leur député.
Le sénateur acadien de Chéticamp Réjean Aucoin.
Potentiel d’une élection partielle
Questionné sur l’élection pour Chéticamp – Margaree – Pleasant Bay, notamment s’il s’agira d’une élection partielle ou s’il faudra attendre pour les prochaines élections provinciales, le bureau du premier ministre n’a pas offert de détails.
Or, il a commenté que «le premier ministre n’a jamais été du genre à laisser un siège vacant pendant longtemps».
En lien avec le rapport final, le sénateur Réjean Aucoin a mentionné qu’il aurait aimé que la Commission parle plus amplement de la région pour expliquer pourquoi Chéticamp avait droit à une circonscription exceptionnelle, et ce, afin de permettre au gouvernement de mieux encadrer le projet de loi et de garantir que la délimitation ne soit pas modifiée par la prochaine commission.
Son souhait est que la Province va regarder à la possibilité d’appeler une élection partielle. «Sinon, il faut retourner à la case zéro et commencer à faire toutes les présentations pour s’assurer que cette circonscription-là ne soit pas abolie», conclut-il.
