le Mercredi 8 juillet 2026
le Mercredi 8 juillet 2026 11:00 Nos communautés - Chéticamp

Le Sentier de la Mine de Plâtre, un lieu chargé d’histoire

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Le Sentier Mine de plâtre à Chéticamp est un parcours de randonnée très prisé de 2,6 km qui mène à un lac de baignade aux eaux turquoise, formé dans une ancienne carrière et offrant une vue magnifique. — PHOTO: Archives
Le Sentier Mine de plâtre à Chéticamp est un parcours de randonnée très prisé de 2,6 km qui mène à un lac de baignade aux eaux turquoise, formé dans une ancienne carrière et offrant une vue magnifique.
PHOTO: Archives

Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire d’un lieu devenu une destination touristique très prisée: le Sentier de la Mine de Plâtre.

Le Sentier de la Mine de Plâtre, un lieu chargé d’histoire
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Type de contenu: Récit

Vers 1887, un prospecteur originaire de New Glasgow, M.W. Grandin, menait des recherches minéralogiques dans les montagnes de Chéticamp.

Il tomba sur d’importants gisements de gypse au sud-est de la paroisse, au pied des montagnes du Petit-Plé, et en fit part au père Fiset, soulignant les richesses que cette découverte pourrait apporter à la région. Ce dernier et son frère, le docteur Louis Fiset, furent très intéressés par ce projet d’entreprise.

Après de nombreuses études et négociations, en 1907, ils créèrent la société «The Great Northern Mining Company», puis commencèrent à en vendre les actions au prix de cinq cents chacune.

Ils vendirent un très grand nombre d’actions à Chéticamp, puis à Québec par l’intermédiaire de Hubert Aucoin.

Suffisamment d’argent fut récolté pour lancer le projet.

Des ouvriers travaillant d’arrache-pied à l’ancien Sentier Mine de plâtre à Chéticamp.

PHOTO: Archives

On décida alors de construire un broyeur pour traiter le plâtre. Au printemps 1908, les machines arrivèrent par bateau, les pièces furent déchargées sur le quai du gouvernement, puis transportées jusqu’à la mine, où le broyeur fut construit.

On demanda à tous les propriétaires fonciers sur les terres où l’on extrayait du plâtre de signer une décharge; en contrepartie, ils recevraient deux cents par tonne de plâtre extraite de leur terrain.

Un travail pénible et éreintant pour les mineurs de l’ancien Sentier Mine de plâtre à Chéticamp.

PHOTO: Archives

En 1908, l’usine fut construite et la première pierre de plâtre broyée. Ce fut le père Fiset, président de la société, qui l’introduisit dans la machine.

36 hommes y travaillaient 10 heures par jour, six jours par semaine, pour un salaire de 1,15 dollar par jour. Le plâtre fini était destiné aux marchés de Montréal et de Québec. Pour l’expédier, le père Fiset acheta lui-même un navire de 5 000 tonnes, l’Amethyst.

En 1909, un tracteur doté d’une grande capacité de remorquage fut mis en service pour transporter le plâtre de l’usine jusqu’au port.

Mais il était si lourd qu’il endommageait les routes et s’enlisait dans la boue à presque chaque trajet. Il fallut s’en débarrasser.

Le premier directeur, A.E. MacLean, venu de New Glasgow pour installer l’électricité dans l’usine, se noya accidentellement en octobre 1909, alors qu’il était en état d’ivresse. Il fut remplacé par M. Samson, puis par Hubert Aucoin.

Le père Fiset trouva la mort cette même année. Le docteur Louis Fiset lui succéda à la présidence et Hubert Aucoin remplaça le secrétaire-trésorier M. Grandin, qui avait démissionné.

Photo d’un bateau en train de charger du gypse provenant de la carrière locale de Chéticamp au début des années 1900.

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En 1910, on construisit une voie ferrée reliant le broyeur de la mine au quai du Fiset, pour faciliter le déchargement du plâtre. Une somme de 100 000 dollars fut empruntée à M. P.M. O’Neil, un commerçant de Montréal.

Commencée en 1911, la construction de cette ligne ferroviaire se poursuivit jusqu’en 1914. Mais des difficultés financières contrèrent la compagnie à être vendue à un certain M. Brodie, qui se disait riche. Les mineurs continuaient à travailler, mais leurs salaires ne furent pas versés.

Lors d’une visite, M. Brodie fut contraint de payer les ouvriers. Il émit un chèque correspondant au montant des salaires, mais, après son départ, on s’aperçut qu’il n’avait pas suffisamment d’argent en banque pour couvrir cette somme.

Les ouvriers cessèrent le travail fin décembre 1914 et firent valoir leur droit devant les tribunaux de saisir l’entreprise. Afin de protéger son prêt, M. O’Neil fut contraint de payer les salaires.

La Mine de Plâtre resta fermée jusqu’en 1923, date à laquelle l’International Gypsum Company, originaire de Boston, s’y implanta. Joseph MacFarland en prit la direction.

Mais cette société ne disposait pas des capitaux nécessaires. Les ouvriers n’étaient pas payés et menaçaient une nouvelle fois de s’emparer de l’entreprise. M. O’Neil, de Montréal, prit de nouveau en charge le paiement des salaires et exploita la mine lui-même, nommant son fils contremaître et MacFarland directeur.

Bureaux de la Great Northern Mining Company à la carrière de gypse.

PHOTO: Archives

On recommença à extraire du gypse, mais les ouvriers ne gagnaient que 2,00$ par jour et travaillaient comme des esclaves sous l’œil d’un contremaître trop zélé.

Au printemps 1924, la mine ferma une nouvelle fois.

Finalement, en 1926, une autre entreprise, l’Atlantic Gypsum Mining Company, dont le siège social se trouvait à Boston, loua la mine à M. O’Neil et souscrivit une option d’achat.

MacFarland fut maintenu à son poste et s’installa à Chéticamp. Cette société, présidée par Willard P. Fuller, décida de ne pas traiter le gypse à Chéticamp, mais de le concasser et de l’expédier vers ses usines de Portsmouth et de New York. Elle commença à exploiter la mine en 1927.

Le train qui transportait des chargements de gypse depuis la carrière de Chéticamp.

PHOTO: Archives

C’est à cette époque que furent engagés M. Anselme (à Charles) Boudreau comme directeur et Mme Lucie-Anne Arseneau comme secrétaire.

En 1928, la société racheta la mine à M. P. M. O’Neil et construisit plusieurs bâtiments importants. Constatant que le quai de Fiset n’était pas adapté à ces nouveaux projets, il fut abandonné. Un terrain appartenant à Séverin (à Menne) LeBlanc fut alors acheté et la voie ferrée y fut prolongée.

Ces travaux furent achevés en juin 1929 et le premier bateau à charger du plâtre fut l’Ulmus, qui achemina sa cargaison à la Canada Cement Company de Montréal. Or, durant le chargement, deux hommes originaires de Chéticamp, Dénis (fils de Mose et de Fulgence) et Jimmy (fils d’Anthonie et de Maurice), trouvèrent la mort, ensevelis vivant sous une avalanche de plâtre.

Finalement, une partie du hangar fut transformée en patinoire et centre de loisirs pour les habitants de Chéticamp et des environs: «Le Centre Acadien». Aujourd’hui, elle sert toujours de centre de loisirs et de salle paroissiale.

Si le plâtre était expédié vers les locaux de l’entreprise à Portsmouth, dans le New Hampshire, et vers New York, la mine de Chéticamp fournissait également du plâtre à la Canada Cement Company et à la Gypsum, Lime and Albastine Company de Montréal.

En 1932, l’entreprise cessa de s’approvisionner en plâtre de Chéticamp pour ses usines, car celui-ci n’était plus de première qualité. La société a ouvert une autre mine à Dingwall, dans le comté de Victoria. Celle de Chéticamp avait perdu un marché important.

MacFarland se rendit alors en Angleterre en décembre 1933 pour en trouver de nouveaux.

En 1934, le plâtre fut expédié vers l’Angleterre à bord de navires de 10 000 tonnes. Au début, ces navires n’étaient pas chargés à pleine capacité, car le port n’était pas assez profond. Mais en 1935 et 1936, des dragues du gouvernement vinrent creuser le port pour lui donner une profondeur de 25 pieds à marée basse.

La Vielle Louise, la locomotive de la mine de gypse de Chéticamp.

PHOTO: Archives

En 1936, la société Atlantic Gypsum Company fut rachetée par National Gypsum Ltd., qui prit le nom de National Gypsum (Canada) Ltd. Le siège social de cette société était situé à Buffalo, dans l’État de New York, et elle possédait 17 établissements aux États-Unis. Elle était plus solide financièrement que la société rachetée.

Le début de la guerre en 1939 entraîna la fermeture de la mine de Chéticamp. La dernière cargaison destinée à l’Angleterre fut jetée à la mer afin de mettre le bateau au service du gouvernement. Pour la mine de Chéticamp, il n’y avait plus qu’un seul débouché, la Canada Cement Company, ce qui n’était pas suffisant pour assurer la viabilité de l’exploitation.

Les machines furent démontées et transportées à Dingwall ou vendues. Le siège social de la société demeura toutefois à Chéticamp jusqu’en 1956. La mine de Dingwall ferma ensuite à son tour et la société transféra son siège social à Milford, dans le comté de Hants. Il ne reste aujourd’hui sur le site de l’ancienne mine qu’un immense bassin d’eau très profond.

La machine à écrire d’Anselme (à Charles) Boudreau, utilisée au bureau de la mine de gypse, ainsi que la cloche de la locomotive à vapeur qui transportait le plâtre, «La Vieille Louise», sont désormais exposées au Musée des Trois Pignons. Les supporters de l’équipe de hockey des Alouettes de Chéticamp se souviendront sans doute que cette cloche servait à signaler la fin des périodes lors des matchs de hockey disputés au Centre Acadien.

À l’heure actuelle, le Sentier de la Mine de Plâtre est un chemin de randonnée très prisé de 2,6 km menant à un lac aux eaux turquoise, formé dans une ancienne carrière. Il permet de rejoindre rapidement et facilement un lieu secret et majestueux, bordé de hautes falaises, alliant histoire et nature.

Les informations contenues dans cette rubrique sont tirées des ouvrages suivants:

Mémoires de Chéticamp d’Anselme Boudreau et Histoire et traditions de Chéticamp du père Anselme Chiasson et de M. Charles D. Roach.

Type: Récit

Récit: Contenu journalistique contenant des informations, des opinions et des analyses, toutes basées sur des faits.

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