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Une participante lors de la journée portes ouvertes passe un appel vidéo en visitant l’ancienne école, parcourant les corridors et montrant l’ancien bâtiment à un correspondant.
Les derniers jours du bâtiment de 64 ans ont attiré une foule d’anciens élèves, d’enseignants et d’administrateurs venus faire leurs adieux.
Voici quelques témoignages:
Les souvenirs de Donny Jacquard
Donny Jacquard: J’ai été étudiant lorsque l’ancienne école a ouvert en janvier ‘61. Ensuite, j’étais un directeur de l’école après pour un peu là, pour les directeurs qui étaient malades, des choses comme ça.
Shannon Nickerson: Alors, dans ton expérience avec l’école, y’a-t-il des souvenirs, des mémoires, qui viennent à tête, qui sont proches de ton cœur?
DJ: Il faut comprendre qu’on a pris quatre des écoles de presque le 19e siècle, les vieilles écoles, et puis on les a fermées. Ça venait de la recommandation d’une commission du juge Vincent Leblanc, qui était de la région, et puis la province l’avait embauchée, parce qu’elle voyait qu’il y avait une grosse différence entre l’éducation de la ville et les endroits ruraux, comme Wedgeport.
Une chose qu’ils ont recommandée, c’était la consolidation de toutes les petites écoles. Je sais qu’à un certain point, dans la municipalité d’Argyle, qui a une population d’aujourd’hui à l’environ de 8000, il y avait comme 50 écoles, je crois.
Toutes les régions avaient leurs petites écoles, Pubnico-Est, Pubnico-Ouest, Buttes-Amirault, la Pointe du Sault, Bell Neck. Ils ont consolidé quatre écoles et ils ont formé ce milieu. Le terrain ici a été acheté, il y a plusieurs années.
Il voulait construire une école secondaire ici. Et puis ça, ça n’a pas marché. Éventuellement, on a construit l’école consolidée, qui est devenue l’École Wedgeport.
Il y avait de bonnes choses dans la nouvelle école, comme les autobus. Moi, je marchais quatre miles par jour, pour aller chez nous! Il n’y avait pas vraiment un gymnase comme on a ici, mais il y avait un lieu qu’on appelait le gymnase, alors c’était un gros avantage. On pouvait dîner à l’école, tandis qu’avant ça, il fallait marcher [à la maison].
Celui qui habitait proche de l’école, c’était pas un problème, mais celui qui était au plus loin, ça prenait presque une heure et demie, le midi.
Et ça, c’était pas mal tout des gros changements. Ensuite, on a commencé à partager les professeurs, certains professeurs pour certains cours. Ça, c’était un peu différent. On avait des titulaires de classe, mais il y avait peut-être quelques sujets qui étaient enseignés par différents profs. Ça nous préparait pour l’école secondaire, où chaque prof avait différents cours.
Il faut penser qu’à ce temps-là, tout le monde n’avait pas d’automobiles. Et puis, ça fait qu’on ne connaissait pas vraiment tous les enfants de mon âge.
Lorsqu’on s’est rencontrés dans l’école, bien là, tout ça s’est changé. On a fait des amitiés aux autres écoles, incluant l’école de la Butte-des-Comeau, qui n’est pas à Wedgeport, mais on a intégré cette école avec Wedgeport dans ‘61.
La perspective d’un élève
Shannon Nickerson: C’était votre ancienne école?
Sébastien Leblanc: Yup. J’étais ici jusqu’aux grades 4 à 6.
SN: Alors, c’est quoi l’expérience pour toi, de voir cette vieille école? Je sais que c’est presque le temps pour que ça se démolisse. C’est quoi les émotions que tu as ressenties, de voir ça?
SL: J’aime pas that much la nouvelle école. J’aime cette école-ci mieux, mais ça devient vraiment vieux et ça va probablement devoir être démoli bientôt.
SN: Alors, il y a des bons souvenirs dans cette école pour toi?
SL: Oui, des bons souvenirs. Moi et (mon amie) Ashton.
SN: Quels types de mémoire?
SL: Je me souviens qu’une fois, mes amies ont mis a ton of bugs dans mon hot dog, puis j’ai mangé la whole thing. Ils ont rinque me dit après, et c’était assez dégueulasse.
Oh yeah, on a aussi gagné une bannière de handball, contre Pubnico et Belleville, je crois. Je trouve ça (la démolition) kind of sucks. Moi, j’veux rinque que cette école icitte reste icitte, mais, again, ça devient vieux et ça va devenir pourri. It’s not safe. Mais vraiment nostalgique.
L’évolution de l’éducation en français
Elaine Cottreau: J’ai commencé à l’école, la vieille école. J’étais secrétaire pendant 10 ans, et j’ai décidé d’aller à l’université. J’étais à Saint-Anne pendant cinq ans. Ensuite, je suis retourné. J’ai enseigné à l’école de Wedgeport et la butte Amirault, à Sainte-Anne-du-Ruisseau, et j’ai pris ma retraite à Belleville, en 2009. J’ai connu beaucoup d’élèves que je connais encore aujourd’hui.
Shannon Nickerson: C’est quoi l’évolution académique que tu as observée dans les communautés acadiennes francophones?
EC: C’était un grand nombre [d’élèves]. On était en grand nombre dans toutes les classes. Ma plus grande classe que j’ai enseignée était à 36 élèves, en 6e année. J’étais partout là, dans tous les niveaux. J’ai enseigné dans tous les niveaux, mais mon niveau préféré était la 4e année.
J’enseignais beaucoup d’histoires locales. Tu sais, comme Jérôme de Par-en-Haut, nos îles de Tusket, n’importe quoi qu’avait à faire avec les Acadiens. Nos livres, quand moi j’étais à l’école, c’était tout de Québec. C’étaient toutes des histoires de Québec dont on connaissait rien. Je voulais que les élèves soient intéressés par l’histoire à travers la lecture.
Toutes mes années, j’avais des projets avec les élèves. Il fallait qu’ils parlent sur leur grand-père ou n’importe quoi qui était historique à eux, qui les touchait. Et on les publiait, on faisait un livre. On en a même fait un livre avec le CPRP (Centre provincial de ressources pédagogiques). Germaine Comeau venait et nous dirigeait à quoi faire, et elle faisait les corrections, et comment le mettre ensemble. Ensuite, on le donnait aux élèves comme des souvenirs de la quatrième année, surtout. Après ça, on les utilisait l’année suivante comme lecture, puis les élèves le connaissaient. Ils pouvaient s’attacher à la personne de qui on parlait.
Un voyage du passé vers l’avenir
Jenn Surette: Ça fait, moi, j’ai travaillé 10 ans environ à la vieille école, à titre d’enseignante, avant que j’ai commencé comme directrice. Moi, je ne suis pas originaire de la communauté de Wedgeport. Mes souvenirs viennent vraiment des activités, des choses qu’on a pu faire avec les élèves à la vieille école.
On a eu des concerts de Jacques Surette avec tous les élèves qui criaient qu’ils étaient émerveillés de voir un artiste de la région venir chanter dans le gymnase de la vieille école. Et c’est ces moments-là qui sont frappants.
Pour moi, c’est aussi le fait qu’on a des élèves que c’est la troisième génération de la famille qu’a fréquentée la vieille école. Ça fait que j’en ai quelques-unes là où il y a eu trois générations qui ont été élèves là. C’est beau à voir. C’est vraiment une communauté scolaire qui est enracinée dans sa communauté et qui en a été depuis longtemps. Ç’a toujours été à partir de la vieille école jusqu’à maintenant, mais on a hâte de faire la même chose, de faire vivre la même chose à partir de la nouvelle école maintenant.
Shannon Nickerson: Alors, pendant la dernière année, tu as eu la chance d’observer les élèves en regardant la construction qui s’en va. Peux-tu me parler un peu de la réaction des élèves pendant tout ce temps-là?
JS: Les élèves avaient vraiment hâte, surtout qu’on pouvait voir la construction, on voyait à l’école monter par les petits. Et là, tout d’un coup, ça fait que quand les élèves sont rentrés ici, ils sentaient vraiment que c’était comme, «Finalement, on est arrivé.» Parce qu’il y avait tellement longtemps qu’on voyait la construction, et en rentrant, l’espace était tellement moderne et tellement lumineux, qu’il y avait tellement d’élèves qui me disaient qu’ils sentaient qu’ils étaient en voyage.
Parce qu’à Wedgeport et dans les environs, il n’y a pas beaucoup d’édifices si grands et si modernes. Ça fait, les élèves disaient [qu’ils se sentaient] comme si on était à l’hôtel ou à l’aéroport parce que c’est ça les expériences qu’ils ont eues dans des bâtiments de cette taille et de cette modernité. Ça fait, les élèves, en rentrant en janvier, c’était ça la réaction [qui] revenait souvent: «Je me sens que je suis en voyage.»
