Comme mentionné dans la dernière chronique d’Au rythme de notre monde, signée par Éric Forgues, directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, le Congrès mondial acadien (CMA) se veut « un moment de réflexion collective ». Mais, au fil du temps, il est devenu davantage un Grou Tyme, comme le Quinzou.
S’il y avait un moment idéal pour réfléchir à l’avenir de l’Acadie, ce serait bien en 2024. On fait face en ce moment à des enjeux qui auront toute une influence sur les prochaines générations. Je parle notamment du déclin du français et la perte de financement pour l’organisation des festivités de la Fête nationale. N’oublions pas qu’Ottawa a coupé de moitié l’enveloppe destinée aux célébrations communautaires du Quinzou de 2024, sans garantie de renouvellement pour les années subséquentes.
Et s’il y a bien des voix à amplifier pour faire avancer la discussion, ce sont celles de monsieur et madame Tout-le-Monde. En aout dernier, certains des lecteurs du Courrier ont rempli un sondage nommé Où s’en va l’Acadie ? afin de s’interroger sur le passé, le présent et le futur de leur communauté. Voici leurs témoignages :
La rédaction en chef a pris la décision de ne pas dévoiler l’identité des répondants, pour respecter le caractère anonyme du sondage.
Votre plus beau souvenir du CMA 2004
« J’ai vécu le CMA 2004 pleinement en m’impliquant dans la préparation pour la rencontre des Comeau ainsi que de rendre service comme animatrice au kiosque, le jour où la famille Comeau était à l’honneur. Je garde un beau souvenir de la messe du 15 août à Grand-Pré, où il y avait la participation de plusieurs groupes, incluant les autochtones. »
« Il y avait une telle fierté dans l’air. On avait l’impression que l’avenir acadien nous appartenait. C’est un « boost » identitaire extraordinaire. J’ai tellement hâte au prochain CMA 2024. »
« Mon plus beau souvenir d’un CMA est le premier, puisque nous avions été invités à faire connaître aux gens réunis le Collège de l’Acadie. Celui-ci avait vu le jour quelques années plus tôt et nous avions quelque chose à faire connaître aux Acadiennes et Acadiens qui participaient au CMA. Nous étions des bâtisseurs. »
L’état de l’Acadie en 2023
« Il y a une plus grande audace à se manifester comme Acadien avec nos couleurs et notre histoire. Trop souvent, malheureusement, la langue française est perdue ou trop peu utilisée. L’événement de Cumberland à Amherst en est l’exemple éloquent avec Beaubassin juste à côté. Le grand défi pour l’Acadie est l’arrivée de nombreux immigrants d’autres langues et d’autres cultures, qui ne connaissent pas l’histoire de l’Acadie. Cela cause une perte importante de notre poids démographique et politique. Comment conserver et promouvoir notre histoire et notre culture, c’est notre grand défi. »
« Même en 2023, nous devons toujours nous battre pour ne pas perdre nos droits comme Acadiens et francophones. Je crois cependant qu’au niveau artistique, nous prenons de plus en plus de place avec les nombreux jeunes chanteurs de partout en Acadie. »
« Je trouve que le sens de la fête est bien présent, mais je suis inquiète quant à la perte de notre langue. »
Vos souhaits pour l’Acadie de demain
« Je voudrais voir plus d’emphase sur l’importance de garder le français parce que je crains que beaucoup de jeunes du futur vont se retrouver unilingues anglophones. En Clare, nous avons plusieurs parents qui ont opté d’envoyer leurs enfants aux écoles anglaises. »
« Plus de promotion à l’international (les gens ne nous connaissent pas assez). Une prise de conscience : qu’il faut investir sur le capital humain. »
« Mes souhaits pour l’Acadie dans les prochaines années à venir, c’est que tous les Acadiens puissent venir à une entente. Nous faisons tous partie de la même solution, pour pouvoir vivre ensemble. »
L’union fait la force
C’est justement ça, la valeur fondamentale : l’unité. Sans elle, il sera difficile de construire l’Acadie de demain. Ce qu’il faut, c’est arrêter de travailler en silos et « venir à une entente » sur la direction à prendre pour les années à venir. Je suis d’avis que les communautés acadiennes sont beaucoup plus fortes qu’elles le pensent. Je suis convaincu que si elles décidaient de s’unir, le futur de l’Acadie ne serait plus jamais le même.
À voir si le CMA 2024 sera le moment charnière pour ranimer la flamme, qui sait.
Jean-Philippe Giroux
Rédacteur en chef