le Vendredi 5 juin 2026
le Vendredi 10 avril 2026 7:00 Actualités: Acadie et Francophonie

Une société sans artistes est une société sans passé ni avenir

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Terrilee Bulger, copropriétaire de Nimbus Publishing. — PHOTO: LinkedIn de Terrilee Bulger
Terrilee Bulger, copropriétaire de Nimbus Publishing.
PHOTO: LinkedIn de Terrilee Bulger

Face aux annonces du gouvernement de la Nouvelle-Écosse d’abolir le Fonds d’aide aux éditeurs, le milieu du livre se mobilise et fait entendre sa voix.

Une société sans artistes est une société sans passé ni avenir
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Type de contenu: Actualité

Le secteur de l’édition canadienne représente aujourd’hui 396 maisons d’édition, 220 librairies et plus de 5 000 écrivains. Chaque année, plus de 100 nouveaux titres sont publiés par des maisons d’édition établies en Nouvelle-Écosse, contribuant à l’économie provinciale, à son paysage culturel ainsi qu’à son identité locale.

Depuis plusieurs décennies, le Fonds d’aide aux éditeurs de la Nouvelle-Écosse soutient ces activités et, par conséquent, la vitalité et la croissance du marché régional.

Sa suppression ferait de la Nouvelle-Écosse la seule province à ne pas financer ses propres maisons d’édition, ce qui aurait de lourdes conséquences sur l’ensemble du secteur, mais également sur la province.

Selon Terrilee Bulger, la copropriétaire de la maison d’édition Nimbus Publishing, qui estime que le Fonds d’aide aux éditeurs représentait déjà un financement réduit, ces coupes seront dévastatrices pour le milieu qui devra limiter sa production et peut-être même effectuer des licenciements.

Nous avons besoin du soutien du gouvernement, et nous avons besoin que le gouvernement prenne conscience que les histoires que nous racontons ici ont de la valeur.

— Terrilee Bulger

«Nous avons besoin du soutien du gouvernement, affirme-t-elle, et nous avons besoin que le gouvernement prenne conscience que les histoires que nous racontons ici ont de la valeur.»

L’écrivaine Martine Jacquot, qui jugeait également la situation déjà difficile avant l’annonce des coupes, se montre aussi très critique vis-à-vis des responsables politiques, considérant que la question du budget a très mal été prise en charge.

«C’est de mauvais comptables, déplore-t-elle, ce sont des gens qui investissent au mauvais endroit ou qui ne voient pas les priorités. Et puis, après ça, tout d’un coup, ils se disent, “Oh, mince, on a un déficit! Et où est-ce qu’on coupe? L’art, la culture! C’est pas important.” Et si! C’est aussi important que l’éducation, que la santé ou d’autres choses.»

Martine Jacquot, autrice.

PHOTO: Archives

Terrilee Bulger abonde dans son sens:

«Les histoires que nous racontons ici sont notre identité. Puis ce gouvernement a qualifié ce budget de “budget pour défendre la Nouvelle-Écosse”. Mais que défendons-nous si ce n’est notre identité culturelle?»

Pour Martine Jacquot, une société sans artistes est une société sans passé ni avenir, une société vide.

«Nous, les artistes, on prend le pouls de la société, on sent ce qui se passe. Souvent, on est plus sensibles que la plupart des gens et on va sentir, on va cristalliser nos impressions, nos émotions, on va analyser ce qui se passe et sans ça, qu’est-ce qu’il y a? Absolument rien.»

L’autrice ne peut donc se résoudre à accepter la situation ou attendre qu’elle change d’elle-même. «Il faut se lever et puis parler», encourage-t-elle, croyant très peu à un réveil possible de la part des dirigeants.

«Mon impression, c’est comme si le gouvernement était assis sur un gisement de minerai précieux mais refusait de l’exploiter.»

Nicole Poirier.

PHOTO: Archives

L’autrice jeunesse Nicole Poirier semble, elle aussi, d’avis qu’il faut exercer des pressions sur le pouvoir politique et sensibiliser la population, insistant sur l’importance de mettre en avant la valeur du secteur de l’édition, mais également de la culture, plus généralement.

«On se fait abaisser, alors il faut vraiment travailler ensemble à s’entraider, puis à se valoriser, pour se sentir confiant qu’on a quelque chose à donner.»

«L’art peut générer —et en fait génère, si on sait s’y prendre— de l’argent», renchérit Martine. «Par exemple, l’Irlande a un programme qui permet à des artistes d’être rémunérés par l’état: les profits sont supérieurs à ce que le gouvernement injecte. Ceci prouve qu’investir dans les arts peut rapporter financièrement à la société», ajoute-t-elle. 

Pour sa part, Terrilee Bulger, bien que regrettant très fortement un manque de communication et l’absence de consultation des acteurs du milieu par les décideurs politiques, se veut un tant soit peu optimiste:

«Ce gouvernement a déjà changé d’avis par le passé. Il a su reconnaitre ses erreurs et a su s’adapter, et je pense qu’il peut faire de même dans cette situation. Il pourrait, par exemple, collaborer avec le secteur concerné pour trouver des solutions qui contribueront à faire croitre l’économie, et non à la faire reculer, ce que cette mesure va clairement entrainer.»

Dans l’espoir d’une rétroaction du gouvernement, 17 organisations du secteur de l’édition canadienne, dont le Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC) qui avait déjà témoigné auprès du Courrier, ont conjointement signé une lettre pour exprimer leur profonde inquiétude vis-à-vis de la situation.

Au jour où sont rédigées ces lignes, aucune réponse officielle n’a été rendue publique.

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