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«J’ai été un peu affairée, a exprimé Marie Cadieux, directrice littéraire et générale des éditions Bouton d’or Acadie. Je comprends pas essentiellement. Je comprends pas ce qui s’est passé, parce que déjà on admire le gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour son engagement au niveau de la culture. Sa présence culturelle est importante, elle est originale. À bien des égards par rapport à l’Atlantique, c’est un peu un chef de file. Alors, tout à coup, qu’on sabre comme ça, c’est un peu incompréhensible.»
Piedad Sáenz, directrice générale du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC), s’est dite tout aussi surprise: «C’était même pas une coupure. On parle ici d’une élimination totale de ce budget alloué au programme de soutien en édition.»
C’est une question qui est très importante pour tout l’écosystème dans lequel on évolue.»
«C’est une question qui est très importante pour tout l’écosystème dans lequel on évolue», a soutenu Sonya Malaborza, codirectrice générale et directrice de l’édition chez Prise de parole.
En effet, si cette coupure concerne aux premiers abords la Nouvelle-Écosse, c’est l’ensemble du milieu du livre qui risque d’être impacté.
Marie Cadieux, directrice littéraire et générale des éditions Bouton d’or Acadie.
«Il n’y a pas d’éditeurs francophones, spécifiquement francophones en Nouvelle-Écosse, malheureusement, mais il y a quand même des maisons qui publient des titres en français et il y a des auteurs français d’origine ou non acadienne qui publient en anglais, a souligné Marie Cadieux. Ça va vraiment réprouver ce genre de milieu.»
Sonya Malaborza s’est également rangée à cet avis, craignant aussi bien pour la province de la Nouvelle-Écosse que pour l’ensemble du Canada.
D’autant que ces compressions n’affecteront pas seulement l’industrie du livre, mais aussi les autres domaines culturels qui y sont rattachés, comme les festivals.
«La Nouvelle-Écosse est un haut lieu touristique aussi, a rappelé Marie Cadieux. Elle peut pas se permettre de perdre ces voix originales qui s’expriment à travers la littérature.»
Piedad Saenz a abondé dans son sens: «Les maisons d’édition comptent sur ce soutien pour pouvoir aller chercher ces voix et ces acteurs de chaque région, de ces histoires de chaque province.»
«C’est vraiment une question qui déborde la question de la langue», a affirmé Sonya Malaborza, mettant en avant que les auteurs anglophones seront aussi impactés par ces coupures.
«Je pense que tout le monde, dans le secteur littéraire en Atlantique, va sentir les effets de la situation en Nouvelle-Écosse.»
«L’impact est énorme pour la vitalité économique et sociale. Les éditeurs soutiennent des emplois aussi», a renchéri Piedad Sáenz, rappelant que l’investissement culturel bénéficie à toute la communauté.
Sonya Malaborza, codirectrice générale et directrice de l’édition chez Prise de parole.
En effet, en empêchant les auteurs de la province d’être publiés, elle soutient que ce sont des histoires, des idées et des voix qui ne pourront pas être exprimées, et donc toute une culture locale qui se retrouvera censurée.
«Il faut toujours consulter et voir, évaluer ces impacts à l’avance. En fait, je pense que ça démontre que ce n’est pas une décision très réfléchie, a-t-elle déploré, dans le sens que, justement, il ne s’agit pas d’une coupure, il s’agit de l’élimination de ces programmes en totalité.»
Sonya Malaborza, qui revendique un salaire digne pour toutes les personnes œuvrant dans le secteur du livre, estime également qu’il sera très difficile pour ces dernières de produire le même travail, avec la même qualité, sans ce financement.
«C’est un manque de valorisation du milieu littéraire», a-t-elle affirmé, poursuivant plus loin: «Décider de couper tout simplement un secteur qui est déjà réduit à pratiquement zéro, c’est ne pas prendre acte sur l’importance de ce secteur et de ses activités.»
C’est pourquoi Marie Cadieux appelle à la mobilisation.
Elle cite en exemple le mouvement mené par la campagne Defend NS Books, qui invite la communauté à réagir en écrivant aux responsables politiques, pour défendre le financement des éditeurs locaux et protéger l’écosystème du livre, ainsi que la lettre ouverte signée par plusieurs associations et organisations du milieu du livre canadien, dont REFC, publiée dans ce même objectif.
«J’ai espoir qu’il y aura quelque chose qui va se passer», veut-elle croire.
Sonya Malaborza se montre moins optimiste, bien qu’assurant tout autant qu’il ne faut pas considérer que cette affaire est close. «On veut continuer à se faire entendre.»
Piedad Saenz n’en est pas moins convaincue.
«Ce qu’on exige, [ce] qu’on demande au gouvernement de faire, [c’est] de revenir en arrière avec ces décisions», a-t-elle déclaré, ajoutant finalement: «C’est essentiel pour la communauté. Je pense qu’il faut qu’on garde ça toujours en tête.»
