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«Combler les lacunes consiste d’abord à partir d’un constat, celui selon lequel ici, en Nouvelle-Écosse, les femmes francophones, Acadiennes ou immigrantes, sont aussi des personnes qui subissent des partenaires intimes de la violence. Il s’agit donc de pouvoir aussi servir cette communauté en termes de ressources et d’outils, de leur offrir l’accès à ces outils-là pour qu’elles puissent se défendre, en sortir et pouvoir se réintégrer de manière productive dans la société», relate Annie-Irène Enangue Eboa, collaboratrice au projet.
Dans cet objectif, quatre axes ont été développés. Le premier concerne l’éducation populaire et l’engagement communautaire des acteurs de la prévention de la violence fondée sur le sexe. Le deuxième se concentre sur l’accès aux ressources en français, appropriées et validées par la communauté. Le troisième regroupe la cartographie, la communication et la dissémination de ces ressources vers les communautés. Enfin, le dernier établit les bonnes pratiques.
Pour mettre les outils d’aide à la disposition des victimes et de leurs familles, Mme Enangue Eboa explique que deux aspects sont importants à prendre en compte: la traduction et l’adaptation culturelle.
«On essaye de nous rapprocher de tous les partenaires qui travaillent déjà dans le secteur et qui offrent déjà des ressources qui sont vraiment utiles aux personnes victimes, aux survivantes, ou alors généralement à la communauté. Et on essaye de les mettre aussi traduites à la disponibilité de la communauté francophone.»
Aujourd’hui, l’enjeu est également, comme le rappelle Marie Goretti Ndacayisabaj, coordonnatrice du projet, de répondre à la montée des violences observée en Nouvelle-Écosse depuis plus d’un an.
Annie-Irène Enangue Eboa.
«Le projet de loi du 12 septembre 2024 reconnait que la violence entre les partenaires intimes, donc la violence conjugale, est un phénomène qui est épidémique, déplore-t-elle. Et partant de cette date, déjà, on connait sept cas de féminicides.»
Ces meurtres de femmes, perpétrés par leurs compagnons, ont eu lieu entre octobre 2024 et février 2025.
«Ce qui est dramatique, ajoute Mme Goretti Ndacayisabaj, c’est que ces partenaires se sont aussi donné la mort. Et ici, la question, c’est de savoir quel est le sort de leurs enfants. Ce deuil au niveau de la famille, qui va combler tous ces vides?»
C’est pourquoi elle insiste sur l’importance de la prévention comme principal moyen d’éviter ces dérives et sur la nécessité d’éduquer la communauté, qui doit pouvoir identifier les causes des violences intrafamiliales et y apporter des solutions.
Mais Mme Goretti Ndacayisabaj soutient que les institutions du gouvernement sont aussi appelées à garantir cette prévention.
«Est-ce qu’elles collaborent suffisamment avec les communautés, avec les organismes, pour qu’ensemble il y ait une alerte précoce? Parce que ça, c’est très important», affirme-t-elle.
Selon Mme Goretti Ndacayisabaj, cet enjeu nécessite la participation de tout un chacun, et donc des ressources accessibles en anglais, en français et dans d’autres langues.
C’est la raison pour laquelle la FFANE compte aujourd’hui huit regroupements établis au sein des communautés pour sensibiliser le public et représenter les femmes acadiennes et francophones.
«On a des facilitatrices qui sont implantées dans les régions et qui nous aident justement à être en contact avec les communautés, explique Mme Goretti Ndacayisabaj. Ainsi, les regroupements peuvent intervenir et jouer leur rôle de porte-parole.»
«On ne va pas dire que dans la communauté francophone on observe qu’il y a plus de violence que dans la communauté anglophone, précise Mme Enangue Eboa, ce n’est pas ça. Mais on veut dire qu’en termes de pourcentage, il y a autant de violence et ce n’est pas un aspect à négliger.»
De ce fait, la FFANE estime que la communauté francophone mérite une protection équivalente contre la violence constatée chez les anglophones.
«On essaye de se répartir dans différents groupes pour qu’enfin on trouve des stratégies. Et le résultat a été, je dirais, bénéfique parce que nous avons pu mobiliser le gouvernement», rapporte Mme Goretti Ndacayisabaj.
Cette dernière vient en effet d’établir une table de concertation avec les organismes concernés et les familles des victimes.
Cependant, pour agir, des moyens financiers sont nécessaires et la réduction de 80 % annoncée par le gouvernement du financement du ministère des Femmes et de l’Égalité des genres pourrait fortement compromettre ces engagements.
«La coupure, elle est réelle. Nous le vivons. C’est déjà là. Tous les organismes aujourd’hui se demandent où sont les femmes. Comment est-ce que les femmes vont continuer à jouer leur rôle dans la prévention, dans l’éducation, dans la mobilisation? Ce ne sera pas possible», affirme Mme Goretti Ndacayisabaj.
Mme Enangue Eboa, pour sa part, reste convaincue que le gouvernement est conscient que les femmes représentent plus de 50 % de la population et ne peut se contenter de leur attribuer des «miettes».
De plus, elle fait confiance aux femmes engagées pour faire entendre leurs voix, notamment via la pétition de l’Alliance des femmes francophones canadiennes (AFFC).
«Je suis certaine qu’elle aura des résultats», assure-t-elle.
Pour Mme Goretti Ndacayisabaj, ce serait même se contredire en tout point concernant les principes d’égalité, d’équité et de démocratie.
«Ce n’est pas négociable. Nous méritons la place qu’il faut, nous méritons les moyens qu’il faut pour rendre le pays paisible, pour rendre les hommes et les femmes épanouis dans leur communauté, dans leur travail, pour rendre les familles encore plus épanouies que jamais, pour avoir le futur prometteur à tous ces enfants», affirme-t-elle, avant de lancer: «On va se battre pour ça! On va négocier comme des folles!»
«On a espoir!», renchérit Mme Enangue Eboa, convaincue par la visée du projet.
