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le Vendredi 29 août 2025 11:00 Actualités: Acadie et Francophonie

Le vêtement: entre histoire et identité

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Laurence Olivier Julien Côté à la Forteresse Louisbourg, le 15 aout dernier. — PHOTO: Laurence Olivier Julien Côté
Laurence Olivier Julien Côté à la Forteresse Louisbourg, le 15 aout dernier.
PHOTO: Laurence Olivier Julien Côté

Contrairement à une idée commune, les Acadiens des 17e et 18e siècles ne vivaient pas déconnectés du reste du monde, mais entretenaient des relations étroites avec les marchands européens et américains, notamment pour l’importation des matériaux nécessaires à la fabrication des vêtements.

Le vêtement: entre histoire et identité
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Type de contenu: Actualité

C’est ce que des fouilles archéologiques, réalisées à Louisbourg et à Beaubassin, ont permis de démontrer, levant en même temps le voile sur la mode acadienne de l’époque.

«À part la fourrure et à part le chanvre, il n’y avait pas vraiment grand-chose de local pour se vêtir autrement. Donc, le coton venait des États-Unis et de l’Asie, par les Britanniques», explique Laurence Olivier Julien Côté, diplômé de l’Université Dalhousie, où il a étudié les costumes historiques avec la professeure Hilary Doda, autrice du livre Fashioning Acadians: Clothing in the Atlantic World, 1650–1750.

«On s’échangeait des méthodes de coudre, on s’organisait en communauté pour faire des vêtements, pour faire le tissu, avec le métier maison. C’était vraiment une activité collective.»

Dans ce contexte, les habits que portaient les Acadiens ressemblaient beaucoup à ce que revêtaient les paysans français et européens à la même époque. 

Une apparence très éloignée de la mythologie «évangélienne», créée par l’imaginaire victorien et romantique inspiré de l’œuvre de Longfellow, encore très répandue aujourd’hui. «On serait vraiment surpris de voir le rouge, le bleu», raconte M. Côté, soulignant combien les Acadiens aimaient les couleurs vibrantes. 

«Ils avaient leurs propres vêtements, uniques en tant qu’Acadiens, avec leur contact avec les Mi’kmaq». 

La proximité et les relations que les Acadiens entretenaient avec le peuple mi’kmaw ont en effet contribué à favoriser l’échange de savoirs, ce qui leur a permis de développer et enrichir leur habillement.

«On s’inspirait beaucoup des ceintures fléchées, pour les voyageurs aussi. On avait même une ceinture fléchée nommée “l’Acadienne”, tissée par les Acadiennes qui ont immigré au Québec après le dérangement. Et bien sûr, l’apport des bottes de bois.»

Il s’agissait de bottes sauvages, réalisées avec le cuir et les peaux des animaux rencontrés dans leurs habitats. Notamment celles du phoque, aux Îles-de-la-Madeleine.

«Il y avait un moment spécifique dans l’année où on faisait la chasse aux phoques. C’était un grand évènement communautaire. Tout le monde se préparait pour aller chasser les phoques pour leur graisse, pour leur fourrure et pour faire les bottes.» 

Lorsque les chasseurs revenaient, on célébrait leur retour, qui annonçait également la fin de l’hiver. «C’était un souvenir communautaire», souligne M. Côté. Au-delà de tenir chaud, ces bottes façonnaient donc aussi la culture du peuple qui les portait.

«On peut percevoir la psychologie et l’identité des personnes qui vivaient dans ce temps-là par le biais de leurs vêtements.»

Un phénomène qui demeure encore de nos jours. «Le vêtement dans la société porte un marqueur, bien sûr de classe sociale, mais aussi de valeur», soutient M. Côté. 

En cela, s’intéresser aux costumes historiques et à leurs origines amène à étudier la relation contemporaine aux vêtements et aux habitudes de consommation. «C’est un retour aux savoirs de la mode qui a disparu avec la fast-fashion.»

Très critique envers l’industrie textile moderne, M. Côté rappelle les dommages environnementaux et sociaux qu’elle engendre, «surtout avec la pollution de l’eau, avec la production du textile en masse sans avoir un but fini.» 

Une autre des raisons qui l’a amené à s’intéresser aux costumes d’époque et aux techniques de couture historiques. «La couture faite maison et la couture ménagère, c’est des vêtements qui durent des décennies. Ça ne va pas se jeter la saison prochaine, explique-t-il. Ça dure plus longtemps. Donc, on n’est pas obligé d’avoir plus d’achats de tissus plus qu’on en a besoin.»

Détaché des tendances, M. Côté salue d’ailleurs l’initiative des Cercles de Fermières du Québec, une association féminine qui enseigne notamment le ravaudage et le tissage, ainsi que d’autres savoir-faire ancestraux pour apprendre à entretenir son linge et, par ricochet, lutter contre la pollution.

«Moi, je garde mes vêtements dans ma garde-robe. Au-delà des années, j’ai des pièces que j’ai depuis 10 ans, qui sont encore en très bon état. C’est l’indépendance de savoir comment raccommoder qui est aussi important.» 

Mais conserver ses vêtements, c’est également leur accorder une valeur qui dépasse le simple objet matériel. C’est transmettre des témoignages, créer un sentiment d’appartenance et une signification profonde qui les transforment alors en véritables  repères d’identité.

Un patrimoine émotionnel, l’évocation de souvenirs d’une époque révolue, d’autant plus forts pour les personnes qui les auront vécus. «Le vêtement, c’est une manière de communiquer, affirme M. Côté. On crée une identité avec ce qu’on porte tous les jours».

Et de la même manière une histoire, la sienne et celle de toute une communauté.

Type: Actualités

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