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C’est dans un contexte d’effervescence littéraire et de reconnaissance de l’Acadie sur le plan culturel qu’a vu le jour Bouton d’or Acadie. «Madame Maillet sentait un besoin que la jeunesse acadienne se voie dans les livres», raconte Marie Cadieux en revenant sur les origines de sa fondation.
Enseignante en littérature à l’Université de Moncton, Marguerite Maillet avait en effet pressenti la nécessité pour les jeunes des provinces atlantiques d’avoir accès à des livres écrits en français, par des auteurs et illustrateurs de leur région, et à travers lesquels ils pourraient se reconnaitre.
«Les gens étaient bien sûr contents, impressionnés. Il y a eu du soutien immédiatement», partage Mme Cadieux, qui se dit très fière aujourd’hui de porter ce projet.
«Si on croit en la francophonie, en la valeur de la langue française, en sa richesse, dans toutes ses expressions, qu’il y ait une littérature acadienne est essentielle», affirme-t-elle.
Observant le livre comme intemporel, presque éternel, elle ne peut considérer la culture acadienne sans parler de littérature. «Ce serait une tristesse innommable s’il n’y avait pas des traces durables de ce qui se raconte, de ce qui se dit, de ce qui se vit entre les pages de livres.»
Une opinion qui semble s’accorder aussi avec le travail que fait la maison d’édition à travers la collection Wabanaki. Initiée en 2002, elle publie des contes des Premières Nations en français, en anglais et dans les langues d’origine de chacun des récits (mi’kmaw, wolastoqiyik, et peskotomuhkati) qui avaient été transcrits en anglais par le passé.
«Dans la Francophonie, les gens étaient émerveillés de découvrir ces fonds, qui étaient présentés en trois langues, ce qui était vraiment une idée géniale et courageuse», s’enthousiasme-t-elle, tout en rappelant qu’il s’agissait d’une autre initiative lancée par Mme Maillet.
La collection a rapidement eu du succès chez les Premières Nations, mais aussi parmi les anglophones.
Cependant, elle a mis plus de temps à connaitre le même engouement du côté des Acadiens, jusqu’à ce que soit établie la Commission de vérité et réconciliation et que le ministère de l’Éducation du Nouveau-Brunswick encourage sa diffusion. «Ça a donné un second souffle, d’une certaine façon, une visibilité.»
La formation en 2015 de la Treaty Education Nova Scotia, un programme institutionnel et éducatif visant à promouvoir une meilleure compréhension des Traités et de l’histoire du peuple mi’kmaw, formée entre la Nouvelle-Écosse et la communauté mi’kmaw, a aussi permis de mettre davantage en avant la collection auprès des conseils scolaires.
«Au niveau public, ajoute Mme Cadieux, il y a des programmes universitaires, un peu partout. À l’Université du Cap-Breton, il y a des structures qui développent des choses fort intéressantes entre les mains des personnes Wabanaki, et c’est ça le plus important.»
En outre, le travail de l’autrice Hélène Devarennes a contribué à enrichir le catalogue de récits contemporains, dont notamment Le chant d’honneur de l’auteur mi’kmaw George Paul, qu’elle a traduit en français.
«Il y a une littérature Premières Nations qui se développe un peu partout à travers le pays, qui est phénoménale, qui est importante, qui fait voyager, qui amène une prise de conscience des réalités, de la spoliation que les Premières Nations ont subie par les colonisateurs, et la richesse de ce qu’ils étaient, de ce qu’ils sont et de ce qu’ils peuvent nous apporter», soutient Mme Cadieux.
Toutefois, tout en portant fièrement ce projet, elle tient à rappeler que ce n’est pas son rôle à elle ni à Bouton d’or Acadie, de parler de la littérature des Premières Nations à la place de ses auteurs et de sa communauté. «Nous, on doit être respectueux, curieux, s’assurer que ce qu’on publie, que ce qu’on fait comme geste d’alliés, soit en accord avec les Premières Nations et essayer le plus possible de faire la place d’accueillir.»
D’autant que, si la littérature des Premières Nations existe depuis fort longtemps, par la richesse de ses contes, de ses mythes et l’importance de la transmission orale, sa légitimité au sein de la littérature francophone n’est malheureusement pas encore acquise.
Ainsi, Mme Cadieux soutient qu’il est fondamental, pour une personne qui souhaite être un allié, de développer sa curiosité, sa soif de savoir, d’apprendre, de regarder, de participer, d’assister et d’acheter des livres. «Avec un livre, on est face à face avec une part de soi-même, mais avec l’autre aussi. Nos étagères portent le monde. Elles nous transportent.»
C’est une façon de se transporter soit dans un autre monde, ou de se transporter vers une société meilleure, plus accueillante, plus tolérante.
