Après la réussite de cette première soirée, qui comptait 60 participants, de tous âges et horizons, y compris des non-francophones, le Cinéclub a décidé de continuer sur sa lancée et s’est donné pour objectif la diffusion d’un film par mois.
Pour la deuxième séance, c’est La petite et le vieux, du réalisateur québécois Patrice Sauvé, qui est cette fois mis à l’honneur. Un long-métrage qui avait franchi la barre du million au boxoffice et été classé parmi les plus gros succès québécois de l’année 2024.
Pour une petite communauté comme Chéticamp, où les gens n’ont pas nécessairement tendance à écouter du cinéma francophone, j’ai trouvé que c’était très intéressant.
Pour Philippe Haché, directeur du campus de Saint-Joseph-du-Moine de l’Université Sainte-Anne et membre fondateur du Cinéclub, pouvoir diffuser une œuvre d’un tel succès est une vraie opportunité pour pouvoir faire grandir ce nouveau projet.
Très enthousiasmé d’en être à l’initiative, il raconte l’histoire de ses origines: «J’étais allé au Manitoba, l’année dernière, pour participer au Festival de films francophones Cinémental et j’y ai rencontré quelques personnes de Québec cinéma.»
De retour à Chéticamp, et emballé par tout ce qu’il y a vu, l’idée lui vient d’essayer de développer un concept similaire dans la région. «Pour une petite communauté comme Chéticamp, où les gens n’ont pas nécessairement tendance à écouter du cinéma francophone, j’ai trouvé que c’était très intéressant. […] J’ai su qu’y avait déjà un comité (composé de Joannie de Grasse, Francis LeBlanc, Sheila Ward) qui étudiait la question, donc je me suis joint à eux, puis on s’est dit: « pourquoi pas? »»
Philippe Haché, directeur du campus de Saint-Joseph-du-Moine de l’Université Sainte-Anne et membre fondateur du Cinéclub de Chéticamp.
Bien que démarrant avec un budget limité, les membres du Cinéclub sont reconnaissants d’avoir été soutenus très tôt par de nombreux partenaires, comme la Radio CKJM, l’Université Saint-Anne, la Société Saint-Pierre ou encore le Conseil des arts de Chéticamp.
Avoir accès aux droits et licences des films pour pouvoir les diffuser dans une salle reste, effectivement, loin d’être une activité se faisant sans le moindre cout. Toutefois, M. Haché insiste sur l’investissement fondamentalement désintéressé de leur part.
«Notre rôle est complètement bénévole. […] On fait ça parce qu’on aime s’impliquer, offrir des choses à faire en français, des opportunités de vivre des expériences uniques en français dans une communauté qui est quand même relativement petite. Je pense que le cinéma peut permettre ça.»
L’aspect communautaire du projet demeure, en effet, au cœur de leur priorité. «Notre objectif, c’est d’aller chercher des documentaires, des choses qui pourraient intéresser la communauté, des films que les gens auraient peut-être moins tendance à voir. On veut essayer de montrer les beaux projets qui se font dans la province et soutenir le cinéma francophone.»
Présentoir mettant en lumière les femmes décédées d’abus de leur conjoint en Nouvelle-Écosse depuis le mois d’octobre 2024.
«Le but, c’est éventuellement de pouvoir comprendre comment fonctionnent ces belles choses-là dans des pays africains, en Europe et en France, de trouver du contenu qui est difficile d’accès pour notre région. C’est une façon pour nous de continuer la culture dans notre communauté, de pouvoir faire vivre la langue française.»
Conscient d’évoluer dans un milieu minoritaire à majorité anglophone, M. Haché se sent porté par un véritable engagement envers la culture acadienne et francophone, et les communautés qui les représentent.
«On leur apporte comme une différente façon de découvrir [comment] ils peuvent valoriser leur langue maternelle […] une activité supplémentaire où les gens peuvent venir voir quelque chose en français, vivre une expérience unique francophone.»
D’autant plus que, selon lui, le cinéma offre aussi une ouverture directe sur le monde, un élargissement de sa considération de son environnement, comme arriver à se représenter différemment la francophonie, au-delà du «petit coin de Chéticamp».
«Le film nous permet de voyager, de voir autre chose, différentes cultures. Je pense qu’une chose que notre Cinéclub va faire, que ce soit en français ou en anglais, c’est de pouvoir sensibiliser la communauté sur des sujets qui sont hyper pertinents, mais que, peut-être, ils n’auraient pas eu la chance de découvrir si on n’avait pas [diffusé] un film.»
Table nourriture aménagée par Wanda Chiasson, femme en affaires de la région.
«Ce qu’on veut faire d’une certaine façon, c’est d’éliminer certaines barrières, ajoute-t-il. On veut choisir des films d’actualité qui leur permettent de s’informer sur des sujets pertinents tout en mettant en avant la francophonie de notre communauté.»
Et c’est ainsi que, fiers de l’excellent accueil de la première projection, les idées ne manquent pas chez les membres du petit comité pour faire grandir et connaitre leur Cinéclub, comme, notamment, l’envie de lancer des collaborations avec d’autres organismes communautaires de la province.
«Ce serait bien de pouvoir faire des partenariats avec des cinémas, des Cinéclubs francophones d’ailleurs, pour pouvoir faire des représentations communes. C’est des choses qu’on n’a jamais vraiment explorées.»
«Si les gens aiment le contenu qu’on peut faire ici, ce serait bien de créer des mariages et éventuellement de pouvoir avoir des cinéastes francophones qui viennent nous rencontrer en communauté pour faire des projets à l’école avec des jeunes et proposer leurs films en soirée. […] On veut offrir quelque chose de différent et, pour l’instant, ça semble très prometteur.»
