le Vendredi 5 juin 2026
le Mardi 18 mars 2025 7:00 Actualités: Acadie et Francophonie

«Le français, là-dedans, a sa carte à jouer»

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Jean-Jacques Defert, professeur à l’Université Saint Mary’s. — PHOTO : de gracieuseté - Jean-Jacques Defert
Jean-Jacques Defert, professeur à l’Université Saint Mary’s.
PHOTO : de gracieuseté - Jean-Jacques Defert

Professeur à l’Université Saint Mary’s, Jean-Jacques Defert a longtemps enseigné la littérature française du 19e siècle, avant de s’intéresser à des thématiques plus contemporaines. L’immigration, la littérature autochtone ou encore, plus récemment, de l’anthropocène, sont ses nouveaux sujets de prédilection.

«Le français, là-dedans, a sa carte à jouer»
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Des domaines de recherches pour lesquels il voue une véritable passion et dont il a à cœur de partager avec ses étudiants, malgré les difficultés et l’évolution de sa profession. «C’est lié à des défis propres à notre époque», explique-t-il.

«Dans le cadre des dynamiques autochtones, nous sommes dans une dynamique de réconciliation et il ne peut pas y avoir réconciliation sans qu’il y ait au préalable un discours de vérité. Je voulais essayer d’apporter un volet francophone à cette littérature autochtone, qui vient en grande partie du Québec, mais pas que. Maintenant, il y a énormément de traductions et donc j’initie aussi mes étudiants à ces questions-là.» 

Une littérature qui l’intéresse notamment pour sa manière particulière de représenter le monde, parfois extrêmement différente de la vision occidentale, et qui l’a conduit à explorer de nouveaux domaines de recherche.

«Pour la question de l’anthropocène, cette prise de conscience de crises anthropiques qui sont liées à l’homme au niveau de la planète, c’est une question d’actualité. Sur les questions migratoires, c’est pareil. Il y a une espèce de [montée de] mouvements profondément intolérants.» 

«L’idée c’est d’éveiller chez les étudiants une curiosité, une meilleure compréhension de ces questions-là, sur les raisons qui peuvent mener à ce projet migratoire, leur faire découvrir aussi la littérature migrante, et travailler sur leur empathie.»

Faire lire des livres du 19e siècle de 400 pages à des étudiants, maintenant, c’est complètement impossible. Cette littérature contemporaine offre aussi des supports beaucoup plus reader-friendly.

— Jean-Jacques Defert

À travers ses cours, M. Defert aspire donc à ouvrir ses élèves à différentes perspectives, les amener à penser les enjeux contemporains de nos sociétés et «essayer d’élargir leur façon de voir le monde. Nous arrivons à un moment de l’histoire de l’humanité où c’est absolument nécessaire.»

Toutefois, si ce passionné de littérature s’est aussi intéressé à ces sujets, c’est parce qu’il a vite réalisé qu’«enseigner le 19e ne provoquait pas chez les étudiants une émulation absolument incontrôlable.»

«Mon idée, c’était de m’intéresser à des littératures qui pourraient plus leur parler, plus pertinentes vis-à-vis de leurs expériences, de leur vécu. […] Et de diversifier notre offre de cours en littérature pour essayer de les motiver. Faire lire des livres du 19e siècle de 400 pages à des étudiants, maintenant, c’est complètement impossible. Cette littérature contemporaine offre aussi des supports beaucoup plus reader-friendly

«Le français n’est pas une langue qui est d’abord nécessairement sexy. Ça demande beaucoup de travail. Les étudiants trouvent que c’est une langue très difficile. Il faut être motivé pour apprendre. Il fut un temps où la culture française rayonnait à travers le monde. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui.»

Ainsi, il a pu constater l’évolution du milieu de l’éducation, depuis ses débuts. Aussi bien en matière d’investissement et d’intérêt de la part de ses élèves que dans la façon dont il doit désormais transmettre.

«Les attentes, notre profession, notre public ont beaucoup changé. Et je ne pense pas que ça aille nécessairement dans la bonne direction. Quand j’ai commencé à enseigner à la fin du 20e siècle, il n’y avait qu’une minorité de mes étudiants qui travaillait à côté de leurs études. Aujourd’hui, c’est la grande majorité», expose-t-il.

«Bon nombre des étudiants ont une vision très utilitariste de l’éducation. Entre le cout de la vie et des études, ils sont tellement happés par les soucis du quotidien, d’obtenir des notes correctes dans le cadre de leurs études, ils n’ont plus le temps de s’intéresser. Ils ne s’engagent plus dans une espèce de démarche herméneutique, où on veut connaitre le monde.» 

«Ils veulent apprendre des contenus nécessaires et utiles pour avoir une profession le plus vite possible, poursuit-il. Ils viennent au cours parce qu’ils sont obligatoires. Ils ont d’autres priorités. Ça ne veut pas dire qu’ils n’en ont pas envie, simplement, avec la situation, ils doivent faire des choix dans la perspective d’un avenir professionnel.»

Une prise de conscience qui s’associe aussi à celle concernant le lien des étudiants avec la langue française. Quelque chose qui ne semble pas non plus être au premier plan pour eux. «La plupart ne viennent pas dans nos cours de littérature parce qu’ils ont un intérêt particulier pour les cours de littérature française ou francophone, [mais] parce que ça fait partie des ceux requis pour l’obtention d’un diplôme», précise-t-il. 

«Une grande majorité d’entre eux se destine à un emploi dans la fonction publique ou dans l’enseignement. Dans les deux cas, il y a de la demande, des postes disponibles en français, plus que certainement en anglais. Pour eux, c’est une valeur ajoutée de suivre des études en français.»

Malgré cela, il observe une différence avec les jeunes de la région, qui ont tous été sensibilisés, depuis le secondaire, à son histoire, que ce soit sur les populations mi’kmaq, les communautés afro-néoécossaises ou acadiennes. Des étudiants d’immersion qui ont une histoire, un contact avec la langue française depuis un certain nombre d’années.

«Je soutiens l’idée que les étudiants devraient connaitre plus d’une langue, plus que leur langue maternelle. Dans un contexte anglophone, souvent, les étudiants sont monolingues, à moins qu’ils soient issus de l’immigration. Mais, dans une perspective interculturelle, la question linguistique me semble venir naturellement.»

«Une langue c’est une manière de représenter le monde. Plus on connait de langues, plus on a de manières de l’appréhender. Il y a des concepts, des manières d’exprimer les choses qui se retrouvent dans certaines langues et pas dans d’autres. Le français, là-dedans, a sa carte à jouer.»

Type: Actualités

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