Type de contenu: Éditorial
Le manque d’accès aux services en français touche plusieurs aspects de la vie, incluant les hôpitaux, les restaurants et même les sports pour les jeunes. Le manque d’accès à des services en français, qu’il s’agisse de services sociaux ou de la vie quotidienne, démontre une inégalité envers les francophones de la province.
Un des domaines où cette inégalité est la plus évidente est dans les services de santé. Dans plusieurs hôpitaux et pharmacies, il est presque impossible de trouver du personnel francophone. Selon mon sondage que j’ai envoyé aux dixièmes, onzièmes et douzièmes de mon école francophone, plus de 62 % des élèves n’ont pas demandé de service en français pendant leur visite à l’hôpital. Cela pourrait possiblement suggérer le fait que les francophones n’essaient même plus d’obtenir des services dans leur langue par peur d’être mal compris.
Ne pas pouvoir parler dans sa propre langue quand on est malade ou stressé n’est pas juste inconfortable, c’est dangereux. Si un patient francophone explique mal ses symptômes ou comprend mal les instructions, ça peut créer de graves malentendus. Être servi en français aide les gens à mieux comprendre, à se sentir écoutés et mieux respectés. Ce n’est pas juste une question de confort, c’est une question de respect et d’équité.
Malheureusement, cette inégalité ne se limite pas juste aux hôpitaux, mais partout dans la vie quotidienne. Par exemple, en Nouvelle-Écosse, la loi n’oblige pas les restaurants à offrir leurs services en français. Les francophones doivent donc souvent commander en anglais ou bien espérer que quelqu’un comprenne leur langue.
Ce n’est pas que les francophones ne peuvent pas communiquer en anglais (et en français), mais plutôt qu’ils ne devraient pas être forcés de le faire pour être compris. Pouvoir être servi dans sa propre langue montre que le français est une langue respectée et reconnue.
Comme l’explique M. Gervais, professeur agrégé en sociologie à l’Université Sainte-Anne, «pour bien comprendre ce [que] c’est “être minoritaire francophone en Nouvelle-Écosse”, il faut comprendre l’effet de l’assimilation et de l’insécurité linguistique: nous sentons le poids de l’Autre sur nos pratiques langagières quotidiennes. Ajoutons à cela notre capacité à alterner du français à l’anglais avec assez d’aisance et il devient plus facile à comprendre pourquoi c’est presque naturel, même pour moi, d’accepter un service en anglais dès que la personne dit “Hi. How are you?”. C’est pour cela que l’offre active des services en français est tellement importante.»
Depuis ma jeunesse, je remarque la différence. Pendant mon enfance, j’ai joué à plusieurs sports: le basketball, le softball, le hockey, le soccer et le badminton. De tous ces sports, seulement un, le badminton, a été offert avec un entrainement en français, et c’était parce que c’était organisé par mon école française (dont je suis reconnaissante à propos). Jouer et être coaché dans ma langue m’a permis de renforcer mon identité francophone, mais dans les autres sports, je sentais que le français n’avait pas sa place. Ne pas pouvoir jouer à des sports en français pendant la jeunesse n’est pas juste un petit souci, c’est quelque chose qui affecte la confiance et le sentiment d’appartenance dès le début.
L’importance d’être servi dans sa langue est incalculable. Lorsqu’une personne peut être servie dans la langue dans laquelle elle est plus à l’aise, elle comprend mieux les informations qui sont données, elle évite la peur de se tromper ou d’être mal comprise, et elle se sent respectée. Ces points-ci sont surtout importants dans les domaines de services de santé, où la communication et la cohésion sont essentielles pour rendre les rencontres aussi transparentes que possible.
De plus, demander à être servi dans sa langue peut aussi être gênant, et décourager les minorités linguistiques de la Nouvelle-Écosse à même essayer, ce qui fait appel à l’importance de l’offre active, pour les employées de se saluer en disant «Hello, bonjour». L’utilisation d’un mot d’extra fait rappel de l’égalité entre l’anglais et le français.
Le manque de services en français en Nouvelle-Écosse n’est donc pas simplement une question de confort, c’est une question d’équité et de respect envers les francophones. Nous avons le droit d’aller aux soins de santé et d’être servis en français. Nous avons le droit de commander nos repas dans notre langue. Nous avons le droit de lire des panneaux fièrement affichés en français.
En restant silencieux, nous risquons de continuer l’inégalité, mais, avec la force de nos voix, nous pouvons bâtir une province où les deux langues officielles du pays sont réellement respectées.
Charles Curry
Élève du CSAP
