le Mercredi 3 juin 2026
le Mercredi 16 octobre 2024 9:00 Chroniques

Un Pèlerinage Torbé/Chezzetcook/Île Georges

Pourquoi faire confiance à Le Courrier
  PHOTO : Jude Avery
PHOTO : Jude Avery

Les régions de Torbé et Chezzetcook connaissent pas mal leur histoire, mais après le premier octobre, cette histoire est devenue concrétisée lors d’une visite historique entre ces deux régions qui partagent une histoire en commun.

Un Pèlerinage Torbé/Chezzetcook/Île Georges
00:00 00:00
PHOTO : Jude Avery

La signature du Traité de Paris en 1763, qui a mis fin au Grand Dérangement, les mènent à l’établissement de Chezzetcook. Plusieurs Acadien(ne)s furent emprisonnés durant les années du Grand Dérangement de 1755-63 sur l’Île Georges, à Fort Edward (Windsor) et Beauséjour, situé à la frontière du Nouveau-Brunswick. 

Après leur libération en 1763, plusieurs de ces prisonniers(ères) se sont installés à Chezzetcook, juste à l’est de Dartmouth. Prêts à recommencer leurs vies, éloigné(e)s de leur patrie de Grand-Pré, ces Acadien(ne)s commencent leur adaptation, malgré le déchirement de leurs familles séparées entre 1755-63. Ils ont tous fait leur possible pour progresser. Il semblait qu’ils allaient s’enraciner de nouveau dans cette région, qui allait devenir leur nouveau «chez eux». 

En 1783, un groupe de Loyalistes arrive à Halifax, la nouvelle capitale de cette colonie britannique. Ayant besoin d’y fournir des terrains domiciliés, le gouverneur accorde des terres dans la région de Chezzetcook à ces nouveaux arrivants. 

Plusieurs Acadien(ne)s doivent céder leurs terrains et décident de faire une autre demande pour de nouveaux endroits à s’installer, mais cette fois éloignés de la capitale britannique d’Halifax. 

Torbé a bien mesuré ces préférences, satisfaisant également les désirs réciproques de la base militaire d’Halifax. À ce point, le plus grand désir de ces déracinés était d’y trouver la paix et de pratiquer leur religion catholique. Donc, ces familles furent déchirées encore une fois et reprirent la tâche de se réinstaller encore une fois.

PHOTO : Jude Avery

Les premiers terrains furent accordés aux familles Pellerin, Richard, Bellefontaine, Bonnevie, Petitpas, Levandier, Breau, et Mannette en 1797 dans la région de Torbé. Ces familles tristes et séparées s’installent dans les petits villages sur les rivages de la baie, connus aujourd’hui comme Port Félix, l’Anse à Charlo, et la Rivière (Larry’s River). Depuis cette époque, très peu de contact fut réalisé, sauf des visites de temps en temps par quelques-uns, surtout de la famille Richard.

Grâce à l’encouragement de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE) et des fonds de Patrimoine canadien, ces deux groupes «si longtemps séparés» (une chanson écrite par Waylon Thibodeaux) se sont réunis, le 1er octobre, à Chezzetcook et les portes étaient grandes ouvertes pour ces retrouvailles inoubliables. 

En arrivant sur ces terres de nos ancêtres, on s’est senti chez nous, par les bras ouverts et les embrasses touchantes, qui nous ont annoncé qu’on est sans doute qu’une grande famille, malgré le passage de plus de 227 ans. 

Après deux heures de visite chez l’Acadie de Chezzetcook, et un grand gouter délicieux préparé par les chaleureuses hôtesses, nous sommes tous embarqués dans l’autobus Markie Bus Tours, qui nous a amenés au Cable Wharf, au centre-ville d’Halifax. Là, on a rencontré d’autres membres du groupe de Torbé afin d’embarquer cette fois sur un traversier qui nous a amenés à l’Île Georges. 

Ici, notre visite bouleversante est devenue remplie d’émotions. Mettant les pieds sur le même terrain que nos ancêtres il y a 270 ans, en imaginant les conditions hivernales de l’époque avec très peu d’abris, toujours menacés par des soldats, c’est devenu très émotionnel. On voulait nous mettre à genoux afin d’offrir nos prières à ceux et celles qui ont subi des souffrances inimaginables. 

Nous avons terminé notre visite historique en chantant notre hymne national, Ave Maris Stella, derrière un grand drapeau acadien en face de la législature de la Nouvelle-Écosse. 

Quelles mémoires, et quelles expériences pour nous toutes et tous! Merci à l’Acadie de Chezzetcook, merci à la FANE et merci à Patrimoine canadien pour ces beaux souvenirs, qui nous ont permis d’approfondir notre histoire de survie, adaptation et détermination!    

Vive l’Acadie!