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Margaux Paz Paredes
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse – IJL
Le court-métrage, qui sera diffusé en première, le 20 septembre, au Atlantic International Film Festival (AIFF) et produit par l’Office national du film du Canada (ONF), est né d’une idée apparue dans un rêve: faire un film d’animation avec des images créées à la suie.
Ne s’étant jusqu’alors jamais essayé au genre, et encore moins à cette technique particulière, le cinéaste Daniel Léger a fait appel à l’artiste visuel Steven Spazuk, grand spécialiste en la matière, pour lui donner vie. Un véritable défi, et pas des moindres, puisque cela n’avait encore jamais été fait en animation.
En outre, il s’agissait aussi d’un projet d’introspection, prenant comme fil rouge l’histoire de sa vie ainsi que la question de ses différentes identités.
Extrait du documentaire Je m’appelle Daniel.
Daniel Léger confie, en effet, que durant une longue partie de son existence, il a été traversé par une profonde crise identitaire nourrie par la manifestation de plusieurs évènements, à commencer par le fait qu’on l’a baptisé Daniel, en mémoire de son oncle, décédé peu avant sa naissance.
D’où une pensée qui l’a longtemps hanté: suis-je l’ombre de mon oncle?
À travers cette introspection, c’est également sa relation avec sa bipolarité qu’il raconte sans tabou, relatant le long cheminement qui lui a été nécessaire pour arriver à accepter cette autre facette de son être.
«Ça m’a donné une autre identité que j’aimais pas beaucoup, admet-il. Je me considérais comme un fou.»
En effet, le diagnostic de cette maladie à ses 31 ans a d’abord été vécu comme un grand chambardement. Or, à travers cette nouvelle crise identitaire, il a finalement connu une nouvelle naissance.
C’est la rencontre avec un patient Mi’kmaw qui l’a aidé à appréhender les choses de cette façon. Car lui ne percevait pas l’annonce de sa bipolarité comme quelque chose de négatif. Il y voyait au contraire une forme de sagesse et l’a ainsi rebaptisé «le harfang des neiges», à l’image du phœnix qui renaît de ses cendres.
Un symbole devenu important pour le cinéaste qui l’a d’autant plus encouragé à utiliser la suie et la technique du fumage pour les dessins du film.
«La flamme représente la bipolarité pour moi aussi», explique-t-il.
À noter que dans sa version anglophone, le documentaire s’intitule The Flames of Me, qui signifie littéralement «les flammes en moi».
«C’est comme si je suis le feu, mais toutes les flammes représentent [mes] identités.»
La représentation de la bipolarité se fait également dans le choix du surgissement de prises de vue réelles au milieu de l’animation, pour une évocation du double, mais aussi comme une mise en scène des bouleversements de sa vie.
«Je voulais que l’animation ait l’effet de crasher, puis de revenir au réel.»
Des évènements marquants qui l’ont finalement amené à accueillir sa maladie et ses différentes identités, comprenant qu’on ne peut au bout du compte se définir par une seule chose.
«Je suis juste Daniel, avec toutes ces identités-là», affirme-t-il aujourd’hui. «J’accepte toutes les identités que j’ai reçues dans ma vie et que je recevrai encore, et j’assume le nom que je porte.»
À la fin de cette histoire, à travers ce portrait aux multiples tracés, Daniel Léger s’est rapproprié, in fine, le prénom transmis par son oncle.
