le Jeudi 4 juin 2026
le Mercredi 13 mai 2026 9:00 Actualités nationales

Frênes en sursis : la course contre l’agrile

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L'agrile du frene (Agrilus planipennis) au stade adulte.  — PHOTO: courtoisie - RNC.
L'agrile du frene (Agrilus planipennis) au stade adulte.
PHOTO: courtoisie - RNC.

Un balado du Courrier de la Nouvelle-Écosse.

Frênes en sursis : la course contre l’agrile
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Type de contenu: Actualité

Transcription

INTRODUCTION

Narrateur : En vous promenant en forêt, vous remarquez rapidement que le paysage autour de vous est bien différent que dans vos souvenirs. Des centaines, non des milliers d’arbres sont à terre, morts, leur écorce décollée et leur bois recouverts d’étranges traces. C’est l’œuvre d’un petit insecte vert émeraude : l’agrile du frêne. 

Apparu en Amérique du Nord dans les années 1990, ses larves ont traversé l’océan depuis l’Asie de l’Est, transportées dans des emballages en bois. Une fois établie, l’espèce s’est répandue à une vitesse fulgurante. En 2018, il atteint la Nouvelle-Écosse, dans le comté d’Halifax, marquant le début d’un compte à rebours pour nos forêts locales.

Si l’adulte grignote les feuilles, ce sont les larvent qui tuent. En creusant sous l’écorce, elles coupent la circulation de la sève. Privés d’eau et de nutriments, les arbres succombent généralement en deux à quatre ans, laissant derrière eux des paysages forestiers et urbains transformés.

C’est dans ce contexte d’urgence que notre histoire commence. Comment détecter l’ennemi avant qu’il ne soit trop tard ? Peut-on le combattre sans détruire l’écosystème ? Et surtout, comment aider nos frênes à survivre à cette vague, ainsi qu’à la suivante ?

Ce balado est une production du Courrier de la Nouvelle-Écosse, dans le cadre du Trust Project.

 

CHAPITRE 1 : L’État d’alerte pour les frênes

Narrateur : Une étude de 2026 de Ressources naturelles Canada met en lumière un phénomène inquiétant : l’habitat propice à l’agrile a augmenté de 32 % depuis 1951. La biomasse de frênes exposée a, quant à elle, grimpé de 42 %. Autrement dit, non seulement l’insecte peut survivre plus au nord, mais il y trouve aussi plus de nourriture.

Nous faisons face à ce que les scientifiques appellent une « seconde vague ». Après la mort des grands arbres, les jeunes rejets seront attaqués. Sans intervention, plus de 90 % des frênes pourraient disparaître en une génération.

Face à ce constat, la question n’est plus de savoir si nous allons perdre des frênes, mais combien nous pouvons en sauver, et comment. La première ligne de défense repose sur un seul mot : détection.

 

CHAPITRE 2 : Détecter rapidement l’ennemi

Narrateur : Pendant longtemps, on s’est contenté d’observer les signes visibles pour détecter l’agrile : jaunissement des feuilles, décollement de l’écorce, de multiples trous de pics… Mais ces signes permettaient seulement de constater la mort imminente de l’arbre, selon le chercheur Armand Seguin.

Armand Seguin : L’objectif qu’on avait, c’est d’avoir un outil de diagnostic précoce. Il était habituellement toujours trop tard quand on voyait des symptômes. […] Pour les méthodes plus traditionnelles, donc le fait de voir des drageons, c’était un mauvais signe, effectivement, pour le frêne en question… quand on voit ça, il est vraiment déjà trop tard.

Narrateur : Pour contrer ce retard, une solution est en développement. Un test rapide, semblable à un test COVID, détectant des protéines spécifiques avant les symptômes.

Armand Seguin : On voyait entre des arbres infestés et non infestés, on voyait qu’il y a des gènes particuliers qui étaient beaucoup plus élevés lors de l’infestation par l’agrile. […] Je voyais tout de suite la possibilité de faire un test un peu comme le test COVID.

Narrateur : Ce test, qui semble prometteur, doit en revanche encore distinguer l’agrile des autres stress de l’arbre.

Armand Seguin : Le problème, c’est que le moindre stress, pas nécessairement causé par l’agrile, va faire que dans notre panel d’anticorps, on pourrait avoir des réactions positives, mais ce serait des faux positifs.

Narrateur : L’enjeu est de taille mais une détection précoce serait la clé pour protéger les arbres restants et préparer la suite. Car détecter l’agrile ne suffit pas. Une fois l’ennemi identifié, il faut le combattre. Et c’est là qu’intervient une stratégie efficace : la lutte biologique.

 

CHAPITRE 3 : Combattre par la lutte biologique

Narrateur : En Amérique du Nord, l’agrile du frêne n’a pas de prédateurs naturels. Pour rétablir un équilibre, les scientifiques ont dû regarder vers l’origine de l’insecte : l’Asie. Là-bas, l’agrile est maintenu en échec par de minuscules guêpes parasitoïdes. Véronique Martel, entomologiste au Centre de foresterie des Laurentides, explique le principe.

Véronique Martel : C’est des ennemis naturels, donc des insectes qui vont se développer, pondre leurs œufs et se développer à l’intérieur d’autres insectes. Puis ça va permettre comme ça de les contrôler. Puis ça devient une méthode de lutte qui est très respectueuse de l’environnement.

Narrateur : Trois espèces de ces micro-guêpes, inoffensives pour l’humain, ont été introduites au Canada. Leur mission : pondre leurs œufs directement dans l’agrile pour stopper son développement. Efficaces sur les jeunes arbres, elles peinent cependant à atteindre les larves au cœur des gros troncs.

Véronique Martel : La première espèce qui a été introduite… c’est celle qui à date montre le plus de potentiel, mais c’est aussi la plus petite. Donc elle protège surtout les plus petits frênes ou les branches dans les frênes, donc ils ont une écorce plus mince. C’est vraiment les gros frênes qui ne sont pas protégés par ces parasitoïdes-là. Mais ce qu’on espère, c’est que ça va protéger la régénération, les nouveaux frênes, les frênes qui sont aujourd’hui un peu plus petits. 

Narrateur : L’objectif n’est pas l’éradication totale de l’agrile, mais plutôt la création d’un nouvel équilibre écologique.

Véronique Martel : Ce qu’on veut en lutte biologique, c’est vraiment d’obtenir un équilibre. […] Ça ne permettra pas d’éradiquer l’agrile du frêne, mais ce qu’on veut, c’est d’infliger suffisamment de mortalité à l’agrile du frêne pour permettre au frêne de se maintenir dans le paysage. 

Narrateur : La lutte biologique est une pièce essentielle du puzzle, mais elle ne suffit pas à elle seule. Pendant que nous déployons ces petits alliés, une autre course contre la montre se joue dans les laboratoires et les jardins expérimentaux : celle de la génétique. Peut-on trouver, ou créer, un frêne capable de résister à l’assaut de ces ravageurs ?

 

CHAPITRE 4 : Contribuer à la résistance

Narrateur : On croyait tous les frênes égaux face aux attaques de l’agrile. Pourtant, certains survivent. Nathalie Isabel, chercheuse spécialisée en génétique forestière, confirme leur résistance. 

Nathalie Isabel : Les entomologistes de mon centre de recherche me disaient qu’il y avait aucune résistance, il n’y avait pas de différence entre les espèces. […] Finalement, j’ai réalisé qu’il y avait beaucoup de différences entre les espèces, puis qu’il y avait une certaine forme de résistance. Il y avait des arbres survivants… Des « lingering ash », des survivants, étaient effectivement plus résistants à l’agrile, puis c’était quelque chose qui était transmis à leur descendant. 

Narrateur : Pour comprendre le secret de ces survivants et assurer l’avenir de l’espèce, des semences de ces arbres, parfois disparus, ont été plantés dans des jardins communs au Québec, à New York et en Pennsylvanie.

L’objectif est double : identifier les gènes de résistant, mais surtout viser la « résilience ». Contrairement à la résistance pure, qui pourrait pousser l’insecte à s’adapter encore plus vite, la résilience implique une capacité de récupération et une diversité de mécanismes de défense. 

Mais pour Nathalie Isabel, l’enjeu dépasse la simple biologie. Il y a une urgence culturelle, particulièrement pour le frêne noir.

Nathalie Isabel : Les Premières Nations font des paniers, de la vannerie… c’est une façon pour eux de transmettre le savoir, entre autres la langue, des échanges entre les aînés puis les plus jeunes… À travers la vannerie, les us et coutumes ont pu se perpétrer un peu en cachette parce que, pour eux, c’était interdit, à une époque, de parler leur langue. 

Narrateur : On assiste à une véritable course contre la montre. Chaque arbre qui meurt emporte avec lui une part de son code génétique unique, potentiellement porteur de la solution pour les générations futures. 

 

OUTRO

Narrateur : Aujourd’hui, les frênes du Canada ne sont pas encore épargnés. La menace de l’agrile du frêne plane toujours, et le réchauffement climatique risque de provoquer de nouvelles vagues d’infestations dans des régions jusqu’alors protégées par le froid.

Pourtant, entre détection précoce, alliés insectes et frênes résilients, une lueur d’espoir subsiste. Ces recherches pourraient sauver le frêne, mais ouvrir aussi la voie pour protéger nos forêts futures. 

Préserver le frêne, c’est protéger un écosystème, une culture, et prouver que la science et la collaboration peuvent offrir des solutions.

Type: Actualités

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