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Alors que la fusée a déchiré le ciel de Floride, emportant avec elle l’équipage d’Artémis II vers l’orbite lunaire, un passager discret, mais symbolique voyageait à bord: une sélection de graines d’arbres canadiens.
Ce chargement inhabituel poursuit un objectif précis: utiliser la notoriété de l’exploration spatiale pour attirer l’attention sur l’importance de conserver la diversité génétique des forêts face aux changements climatiques.
Le voyage débute plusieurs mois plus tôt au Centre national des semences forestières (CNSF) à Fredericton. L’Agence spatiale canadienne et le Service canadien des forêts y préparent cette mission en s’inspirant des «Moon Trees» de la mission Apollo 14.
L’équipe sélectionne cinq essences représentatives: le pin lodgepole, témoin des feux de l’Ouest, le thuya occidental, plante sacrée autochtone, ainsi que l’érable rouge, le bouleau à papier et le pin blanc.
Le choix répond à des critères stricts de viabilité. «Nous voulions nous assurer de choisir des espèces avec des taux de germination très élevés, près de 90-99 %», explique Lucie Lavoie, chercheuse au Service canadien des forêts.
Par précaution, les techniciens écartent d’autres espèces, comme le frêne noir, espèce menacée, pour éviter de perdre des essences sensibles.
Une fois sélectionnées, les semences quittent les congélateurs du centre, où elles dormaient à -20 °C. «Nos semences sont emballées dans des sachets d’aluminium bien scellés avec un faible taux d’humidité, puis envoyées dans une glacière directement au Johnson Space Center», détaille Lucie Lavoie.
Après 10 jours d’orbite lunaire, les échantillons retrouvent le sol canadien et attendent de rejoindre les laboratoires du CNSF. Une fois arrivés là-bas, les chercheurs y lanceront des tests de germination pour vérifier l’impact des radiations et de l’apesanteur.
Selon Mme Lavoie, «les 10 jours dans l’espace ne devraient pas avoir un impact majeur sur nos semences bien scellées», la NASA ayant assuré une réfrigération constante durant le vol.
Si les résultats confirment leur viabilité, l’Agence spatiale et le CNSF envisagent de distribuer ces semences à des écoles, transformant ces graines en outils pédagogiques vivants.
Au-delà de l’expérience, cette initiative souligne le rôle crucial des banques de semences. Le CNSF conserve plus de 13 000 collections, dont certaines datent de 1948, agissant comme une réserve génétique indispensable.
La collecte et la préservation des semences deviennent cruciales pour conserver le patrimoine génétique.
Alors que 25 % des essences d’arbres du pays menacent de disparaitre, ces réserves permettent de restaurer les écosystèmes ravagés. Comme le résume Lucie Lavoie, «la collecte et la préservation des semences deviennent cruciales pour conserver le patrimoine génétique».
De l’espace jusqu’au sol forestier, ces graines voyagent pour garantir que la canopée canadienne continue, elle aussi, de s’élever vers le ciel.
