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Un voyage qui nous confronte à nos ambivalences, entre nos désirs d’évasion et nos prises de conscience sociales et environnementales.
«J’aime m’intéresser à des sujets, des enjeux de société qui touchent beaucoup à l’environnement, mais qui touchent aussi à des questions sociales», témoigne l’animateur Frédéric Choinière, en revenant sur les origines du projet.
Grand voyageur, en partant explorer les chutes du Niagara, il savait déjà qu’il voulait proposer une réflexion globale sur le tourisme, et notamment concernant son impact sur les communautés locales et sur l’environnement.
Extrait du documentaire Niagara Inc.
Afin de vivre cette expérience dans sa totalité, Frédéric Choinière a choisi de jouer le double rôle d’animateur et de touriste en menant l’aventure aux côtés d’un groupe de touristes francophones. Un positionnement qui lui a permis de se confronter à ses propres idées reçues vis-à-vis de l’attractivité des chutes du Niagara et, plus généralement, des destinations touristiques de renommée mondiale.
«C’est la beauté du documentaire en expérience qui vient nous changer aussi ou nous apporter, nous nourrir des réflexions tout en rencontrant des experts et des gens qui sont sur le terrain», confie-t-il.
«J’avais pas toujours cette réflexion de c’est quoi mon impact quand j’arrive dans ces lieux-là, quand j’arrive au sein d’une population, quand j’ai accès peut-être à des choses qui sont moins accessibles pour les populations locales», ajoute-t-il.
Appuyés par les travaux de la professeure et chercheuse en tourisme, Émilie Marcil, ses questionnements ont également évolué tout au long du voyage, au fil des découvertes qu’il faisait en compagnie du groupe.
Il se souvient notamment avoir été surpris de découvrir que les chutes du Niagara étaient beaucoup plus abordables que ce qu’il le pensait, aussi bien en termes de mobilité que de cout, car l’accès y est gratuit.
«C’est quand même quelque chose de chouette qui permet à plein de gens d’être exposés à cette beauté naturelle là, à ce site exceptionnel, s’enthousiasme-t-il. À l’inverse, par contre, ça veut dire que ça amène beaucoup de gens, puis ça crée toute une infrastructure qui peut un peu dénaturer le site.»
Extrait du documentaire Niagara Inc.
Un constat partagé par François Hachey, grand passionné de chutes originaire du Nouveau-Brunswick, qui a participé au tournage avec son fils.
«Il y a aussi un effet un peu bizarre d’aller voir un endroit incroyable comme ça de la nature qui est surrounded d’hôtels, de buildings, puis de trafic humain extrême.»
En effet, si ce dernier exprime avoir vécu une expérience incroyable, ce sont surtout les moments plus intimes, à l’abri du monde, où il pouvait contempler le paysage, qui l’ont particulièrement marqué.
«J’ai pris un moment seul, et j’absorbais ce moment-là, puis ça m’a donné le gout de revenir.»
Pour Frédéric Choinière, le documentaire visait justement à mettre en avant les diverses émotions traversées au cours de ce voyage, aussi bien l’excitation, la sérénité et l’émerveillement que les frustrations, les déceptions et les désillusions.
D’où l’enjeu de découvrir des lieux en dehors de la zone touristique et de montrer une réalité socioéconomique marquée par de très fortes inégalités.
«C’est clairement pas ce que les guides touristiques veulent mettre de l’avant, souligne-t-il, mais, pour nous, ça faisait une partie intégrante de la question.»
Dans cette perspective, il souhaitait présenter différents points de vue et se souvient notamment d’un expert qui avait partagé un avis très critique vis-à-vis de la prolifération constante d’attractions touristiques autour des chutes du Niagara.
«On est ouvert à faire des rencontres qui étaient peut-être pas prévues initialement, puis qui nous amènent toutes sortes de pistes de réflexion», remarque-t-il.
Questionnant plus loin: «Pourquoi on voyage? Pourquoi on ressent ce besoin d’avoir toujours plus de divertissement dans les lieux qu’on visite? Qu’est-ce qu’on peut faire peut-être pour se rappeler qu’il y a des joyaux naturels qui peuvent être appréciés pour ce qu’ils sont sans fioritures autour?»
Pour François Hachey, il s’agit peut-être davantage de se souvenir de ces voyages comme des expériences humaines particulièrement marquantes, de même qu’il a pu l’éprouver aux côtés de son fils.
«C’est rare que je peux m’aventurer à une escapade comme ça avec mon jeune, seul, parce qu’en famille, d’habitude, on fait des activités planifiées, puis là, c’était comme une expérience unique de ce côté-là.»
Finalement, outre l’enrichissement culturel et les nouvelles interrogations que cette rencontre avec les chutes du Niagara lui aura apportées, Frédéric Choinière semble partager le même avis.
«Il y a eu vraiment un très bel échange humain, puis c’est peut-être quand même une des raisons justement pour lesquelles on voyage. C’est, oui, découvrir des destinations, mais c’est vivre quelque chose avec des gens.»
