Le régime d’imposition canadien a une structure progressive, c’est-à-dire que le taux d’imposition marginal augmente selon la tranche de revenus. Au niveau fédéral, pour l’année 2025, le taux d’imposition est présentement de 15 % pour les revenus de 57 375 $ ou moins. Sur la partie des revenus dépassant 57 375 $ et allant jusqu’à 114 750 $, le taux grimpe à 20,5 %. Et la hausse se poursuit pour les tranches supérieures, jusqu’à concurrence d’un taux d’imposition de 33 % sur la partie des revenus excédant 253 414 $.
Il est important de noter que cette année, les Canadiens n’auront pas à payer d’impôt sur les premiers 16 129 $ gagnés, gracieuseté du crédit d’impôt personnel de base.
Le Parti conservateur du Canada (PCC) et le Parti libéral du Canada (PLC) proposent, à des degrés différents, d’abaisser le taux d’imposition de la première tranche de revenu. La baisse s’appliquerait donc grosso modo aux revenus gagnés entre 16 129 $ et 57 375 $. Elle bénéficierait à tous les contribuables dans cette tranche de revenu, mais également à tous ceux gagnant un revenu supérieur.
La proposition conservatrice
« Les Canadiens méritent de ramener de plus gros chèques de paie chez eux, et c’est exactement ce que va faire ma réduction d’impôt de 15 % », a déclaré le chef conservateur, Pierre Poilievre, dans un communiqué paru lundi. Une économie de 900 $ par an pour les travailleurs gagnant 57 000 $, ou 1800 $ par couple, selon le parti.
Concrètement, le PCC propose de faire passer de 15 % à 12,75 % le taux d’imposition du premier palier de revenu. Il s’agit d’une baisse de 2,25 points de pourcentage. Une baisse de cette envergure correspond ainsi à une diminution de 15 % du taux d’imposition du premier palier.
928 $
« Ça frappe l’imaginaire de parler d’une baisse de 15 %, mais c’est une baisse de ce palier d’impôt de 15 %. C’est plus clair de [s’exprimer] en point de pourcentage », estime Justine Brossard, professeure de fiscalité à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal. « On a l’impression, rapidement, qu’il n’y a plus d’imposition au premier palier », ce qui n’est évidemment pas le cas, explique-t-elle.
Pour un contribuable qui a un revenu imposable d’au moins 57 375 $, cette mesure représente une économie de 928 $ par personne, calcule-t-elle. Au Québec, l’économie nette serait plutôt de 775 $. Cette différence est due à l’abattement de l’impôt du Québec, un arrangement fiscal qui vient réduire le montant d’impôt fédéral que doivent payer les résidents de la Belle Province. « Pour un Québécois, la mesure a une moins grande valeur », conclut l’experte.
La proposition libérale
Dimanche, le chef libéral, Mark Carney, déclarait quant à lui que « tous les Canadiens et Canadiennes devraient avoir les moyens de se procurer le nécessaire, de se sentir en sécurité et de s’avancer financièrement, et cette baisse d’impôt les aidera à faire cela ». Le parti évalue que la réduction proposée « permettra aux familles à deux revenus d’économiser jusqu’à 825 $ par an ».
En conséquence, le PLC promet une baisse d’un point de pourcentage du premier palier d’imposition, pour le faire passer de 15 % à 14 %. Cela correspond à une variation à la baisse d’environ 6,67 % du taux d’imposition du premier palier.
La mesure libérale ferait en sorte de soulager de 412 $ la charge fiscale annuelle des Canadiens ayant un revenu d’au moins 57 375 $. Pour les contribuables québécois, l’économie serait de 344 $, calcule Mme Brossard.
En conclusion
Pour comparer les propositions, il convient d’utiliser le même vocabulaire. Les libéraux proposent de baisser le taux d’imposition de la première tranche de revenus de 1 point de pourcentage, tandis que les conservateurs proposent une baisse de 2,25 points, soit un peu plus du double.
Dit autrement, en utilisant la nomenclature privilégiée par les conservateurs, ces derniers promettent une diminution de 15 % du taux d’imposition du premier palier de revenus. Au PLC, on promet une baisse de 6,67 %.
Bien que l’ampleur de la réduction varie, tant du côté libéral que conservateur, « tous les gens qui ont un impôt à payer […] vont profiter de ces mesures-là », résume Justine Brossard.
