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«Prise de parole reste une maison vraiment pertinente avec une niche, qui est celle de publier les auteurs et les autrices issues des minorités linguistiques, mais aussi culturelles», explique Stéphane Cormier, codirecteur général et directeur de la commercialisation de Prise de parole.
«Des auteurs et autrices qui vivent dans des petits milieux, qui ne sont pas nécessairement dans de grands centres. On recherche des plumes, des voies qui sont un peu différentes.»
Dans un objectif de valoriser cette diversité, la maison met en lumière une pluralité de français. Acadien, Franco-Ontarien, ou encore Fransaskois, des locuteurs de langues moins visibles et normatives que le français métropolitain ou québécois. «Des voix qui ne trouvent pas nécessairement écho, qui ne trouvent pas de lieu de rayonnement au Québec, souligne Sonya Malaborza, codirectrice générale et directrice de l’édition de Prise de parole. Nous, nous composons avec d’autres réalités.»
Sonya Malaborza, codirectrice générale et directrice de l’édition de Prise de parole.
«Un monde qui est en évolution»
Prise de parole, qui est née dans le nord de l’Ontario, n’a cessé d’évoluer au fil du temps. Commençant par s’ouvrir petit à petit à l’ensemble de l’Ontario, elle est finalement devenue une maison pancanadienne quand, dans les années 2000, elle s’est mise à publier des auteurs(trices) de l’Acadie, à la suite de la fermeture des Éditions d’Acadie, en 1999.
Soucieuse de conserver ces auteurs(trices) de l’Acadie dans la région du Canada français, Prise de parole a alors décidé de leur tendre la main.
Plus récemment, la maison a également manifesté son rôle d’allié des voix autochtones, en publiant des auteurs, comme Natasha Kanapé Fontaine ou encore Waubgeshig Rice, dont le roman d’anticipation postapocalyptique La lune des feuilles rouges, traduit par Daniel Grenier, paraitra à la mi-octobre.
«Dans les dernières années aussi, ce qui s’affirme de plus en plus, c’est que la francophonie change», relève Stéphane Cormier, en référence aux vagues d’immigrations qui redessinent le Canada. «On continue à rester ouverts [à] rester quand même le plus possible fidèles aux racines de Prise de parole, mais tout en sachant qu’on est dans un monde qui est en évolution et en transformation constantes.»
La diversité linguistique, une force
Ce sont également les sentiments d’illégitimité et d’insécurité vis-à-vis de la maitrise du français, longtemps restés un sujet d’interrogation chez de nombreux écrivain(e)s francophones, qui sont en train de changer.
Les auteurs(trices) de la jeune génération semblent en effet de plus en plus affirmer cette différence, et même avec une certaine fierté.
Des artistes, comme Xénia Gould, qui écrit en chiac, ou encore Céleste Godin, originaire de la Nouvelle-Écosse, révèlent une véritable assurance dans leur pratique, qu’iels considèrent comme une partie intégrante de leur identité. «C’est une prise d’opposition, c’est politique», soutient Sonya Malaborza.
«Dans les deux cas, c’est une prise de parole qui est assumée, qui ne va même pas nécessairement s’attarder sur le fait que l’écriture est telle qu’elle est. Elle sert d’outil, tout simplement. Pas pour réfléchir à la nature de l’outil, mais pour vraiment créer quelque chose.»
Il y a une ouverture. C’est toujours à retravailler, mais il y a une brèche qu’on peut étirer un petit peu.
Stéphane Cormier, codirecteur général et directeur de la commercialisation de Prise de parole.
À ce propos, le regard de la société semble aussi encourageant. «Il y a une ouverture, assure Malaborza. C’est toujours à retravailler, mais il y a une brèche qu’on peut étirer un petit peu.»
Des avancées qui ne sont pas sans lien avec les efforts entrepris par Prise de parole depuis son commencement. «On est là depuis 50 ans, rappelle Malaborza. On fait partie des joueurs, joueuses qui sont là dans la longue durée, et on semble encore nous faire confiance. On reçoit constamment de super belles propositions.»
La maison qui publie entre 16 à 18 titres par an cherche, en effet, tout en restant fidèle à son ADN, à se renouveler continuellement.
Faire place à de nouveaux auteurs
Dans les plus récentes années, elle a de plus en plus exploré les romans graphiques, comme la réédition de 500 ans de résistance autochtone de Gord Hill, traduit par Marie C Scholl-Dimanche, qui figure parmi leurs livres à succès.
Elle a aussi lancé une nouvelle collection de théâtres illustrés pour les jeunes lecteurs de 6-7 ans.
Pour sa dernière saison, Prise de parole propose neuf ouvrages, dont Antisèches, un roman de l’écrivain français Sébastien L. Chauzu, et Mes morts jeune, un essai de l’autrice de science-fiction Sylvie Bérard.
On y trouve également Nuits claires, un recueil collectif initié par le Théâtre du Centre national des Arts (CNA) d’Ottawa, qui rassemble 14 dramaturges ayant exploré le thème de la nuit à travers des textes courts, inspirés de leurs diverses expériences à travers le Canada. «On a un flot constant de ce qui est présenté comme des auteurs et des autrices qu’on a déjà publiés, donc, on s’engage dans la durée avec ces personnes-là, explique Stéphane Cormier. Mais on veut aussi faire de la place pour de nouveaux auteurs et autrices.»
En outre, la maison d’édition est également sensible à assurer un équilibre entre les auteurs(trices) de l’Acadie, de l’Ontario, de l’Ouest et les auteurs autochtones. «C’est ce que Prise de Parole fait depuis tout le temps. Depuis le départ, c’est de raconter, c’est de faire découvrir, c’est de donner une place dans le monde. La littérature, c’est un peu à ça que ça sert, entrer en conversation avec l’un et avec l’autre», soutient Cormier.
«Aujourd’hui, avec le monde qui part vers les totalitaristes, vers la droite, vers la violence, vers la non-écoute, on espère que ça sert à faire contrepoids à ça, à ce monde qui ne va pas toujours bien.»
