Type de contenu: Éditorial
Lorsque je pense au mot legs, je pense à tous ces gestes qu’on pose aujourd’hui qu’on tient pour acquis, qui semblent simples ou anodins, mais qui transforment nos vies par ricochet, qui transforment nos jardins personnels.
Il y a 10 ans, je n’écrivais pas en français. Oui, vous avez bien lu. Il y a 10 ans, je n’écrivais pas en français. J’écrivais en anglais, car jeune, on se moquait du fait que j’étais trop francophone. On me reprochait de ne pas maitriser la langue de Shakespeare. Alors, je me suis plongé dans la lecture et l’écriture anglaise, ce qui a influencé ma manière de m’exprimer et d’articuler mes pensées.
Mais en 2018, après un déménagement à Montréal, et après des années à jouer à la pendule entre la vie sociale en anglais et la jasette en français chez mes parents, j’ai constaté que j’avais négligé ma langue maternelle, au point où on dirait qu’elle ne m’appartenait plus. J’avais honte, mais, surtout, je n’aimais pas l’allure de mon jardin.
Sans trop y penser, j’ai sorti ma plume et j’ai commencé à écrire des textes et des poèmes, maladroitement et, parfois, intelligiblement. J’ai arrosé, ensoleillé, cultivé cette graine que je venais de semer, mais je ne savais pas ce que c’était ni pourquoi elle était là, et je ne savais pas où ça allait me mener. Sur un coup de tête, j’ai postulé à un job en presse écrite, même si, dans ma tête, je me disais: «Tu vas travailler là? Tu ne sais même pas comment écrire en bon français?»
Près de huit ans plus tard, cette chose que je fais pousser est devenue grande, un peu plus fournie, écarlate. Je ne pensais jamais la voir dans mon jardin, mais la voilà, et je la trouve très belle.
Chacun d’entre nous à quelque chose à planter, et quelque chose qui attend de prendre racine. Que ce soit un talent, une fierté ou la graine d’une idée qu’on aimerait voir germer, il y a toujours un projet qu’on verra fleurir plus tard. Mais pour ce faire, il faut penser à jardiner aujourd’hui afin d’en voir les fruits dans les années à venir.
Les Acadiens ont greffé des pommiers, les Palestiniens ont fait pousser des oliviers, les Gaspésiens ont transmis leurs chansons. Les graines que l’on plante aujourd’hui seront nos legs pour le futur, notre patrimoine de demain.
Et vous, que voulez-vous voir dans votre cour arrière? Il faudrait poser le geste bientôt!
Jean-Philippe Giroux
Rédacteur en chef
