le Mardi 23 juin 2026
le Mardi 1 juillet 2025 9:00 Environnement / Agriculture

Darren Porter: «À partir du moment où ils s’y intéresseront, ils le protègeront»

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Darren Porter, coauteur du livre The Inner Bay of Fundy Colouring & Activity Book. — PHOTO: Erica Porter
Darren Porter, coauteur du livre The Inner Bay of Fundy Colouring & Activity Book.
PHOTO: Erica Porter

Darren Porter, un entrepreneur maritime et pêcheur professionnel, avec sa fille, Erica Porter, et la docteure en en durabilité socioécologique et scientifique marine interdisciplinaire, Sondra Eger, le coauteur de The Inner Bay of Fundy Colouring & Activity Book, un ouvrage imaginé pour aider les gens à se reconnecter avec l’océan.

Darren Porter: «À partir du moment où ils s’y intéresseront, ils le protègeront»
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Type de contenu: Actualité

L’origine de ce projet remonte à plusieurs années, alors qu’avec sa fille, Erica Porter, ils travaillaient sur leur barrage de pêche. 

Constatant l’intérêt que manifestaient les gens qui observaient leur activité, l’idée leur est venue de créer un cahier de coloriage sur l’univers marin. «On a commencé à imprimer des images de poissons, à les scanner, puis on les a apportées dans les écoles et d’autres endroits, et les enfants adoraient les colorier, relate M. Porter. Alors, on s’est dit qu’il fallait aller plus loin.»

Souhaitant que leur projet soit mis à profit dans les écoles, le livre devait donc naturellement être disponible aussi bien en anglais qu’en français. 

En outre, ils étaient soucieux de respecter la communauté mi’kmaw et tenaient à ce que le contenu soit également proposé dans leur langue. «On voulait que ce soit éducatif, que ça aide les gens à se reconnecter à l’océan, qu’on aime et dans lequel on travaille.»

Une fois le concept élaboré, ce sont leurs connaissances du milieu, des poissons et de la région, qui lui ont apporté toute sa consistance. 

Estimant pêcher entre 300 et 500 marées par an dans le Haut de la baie de Fundy, ils connaissaient certainement cet endroit mieux que personne. «On emmène les universités, les scientifiques, les représentants du gouvernement sur le terrain pour leur montrer où se trouvent les poissons.» 

C’est ça ma contribution: la connaissance locale.

— Darren Porter

«Donc beaucoup du contenu local du livre, sur les poissons, les vasières, les mares de marée, tout ça vient de notre savoir local. C’est ça ma contribution: la connaissance locale.»

Une contribution très importante pour lui, car, avec sa fille, ils avaient pu constater que, si les enfants étudient les océans à l’école, très peu ont accès aux connaissances sur le milieu où ils pêchent. 

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Darren Porter, coauteur du livre The Inner Bay of Fundy Colouring & Activity Book.

PHOTO: Erica Porter

Quant au monde académique, tout en reconnaissant que les universités savent produire de la documentation, ils estimaient cependant qu’elles n’observent pas toujours de la meilleure des manières le milieu de la mer. 

Contrairement à un pêcheur professionnel, qui vit et nourrit sa famille de ce monde-là. De par leurs engagements et consciences environnementales, il était donc fondamental de venir combler ces lacunes. 

«Pendant près de 10 ans, on a travaillé là-dessus. Mais il nous manquait les compétences nécessaires pour aller jusqu’au bout. Et Sondra (Eger) les avait pour nous y amener. Elle avait les connexions, les compétences pour publier, alors que nous, nous n’étions pas bons pour ce genre de choses.»

Enthousiasmée par leur idée, la docteure en biologie a alors rejoint l’aventure en y apportant sa science et ses expertises. 

Une association judicieuse qui allait permettre à Darren et Erica Porter de faire avancer plus vite leur projet, mais surtout de concevoir un ouvrage d’autant plus singulier et impactant. «C’était difficile de collaborer, car chacun a une façon différente de penser, mais c’est ce qui en fait aussi la beauté.» 

«C’est difficile de se retrouver face à des gens très intelligents, experts dans leur domaine de connaissances, de les confronter à d’autres savoirs parce que, quand vous avez une formation universitaire, vous avez une pensée très linéaire, et ce qui est important pour vous c’est de créer un produit parfait. Alors que ce qui est important pour un détenteur de savoir local ou traditionnel, c’est d’avoir un contenu représentatif et fidèle à la réalité du terrain.»

Pour Darren Porter, habitué à se fier à son instinct quand il observe les poissons, il est certain que l’esprit plus «rigide» et discipliné des scientifiques allait à l’encontre de sa façon de fonctionner. «Je sais que mon savoir a une faiblesse, il est mal documenté. Et le défaut des universitaires, c’est qu’ils ne comprennent pas vraiment comment collecter correctement les informations sur l’océan.» 

«Ils ne savent qu’écrire sur ce qu’ils voient, ce qui cause un vrai problème. Alors, nous entrons souvent en conflit. Quand je me soucie de ce qu’il se passe sous la mer, eux, c’est le document qu’ils vont rendre qui les préoccupe. Nous ne nous intéressons pas aux mêmes choses.»

Pourtant, cette collaboration a finalement porté ses fruits et chacune des parties a su y trouver son compte. «Quand on réunit le savoir traditionnel des Premières Nations, le savoir local et le savoir académique, on obtient trois systèmes de connaissances qui donnent lieu à une science plus éclairée. C’est plus pertinent, plus rigoureux, plus complet, et il n’y a plus de conflit.»

En cela, l’ouvrage est ainsi devenu une représentation créative de comment différents systèmes de savoirs, singuliers et distincts les uns des autres, peuvent arriver à collaborer ensemble efficacement. «C’est beau parce que nous sommes tous différents. Si nous étions tous pareils, on aurait créé un livre qui serait normal et que tout le monde aurait déjà vu ailleurs. Mais, non. C’est quelque chose de très spécial parce qu’on est tous très différents.»

Une particularité qui pourrait, comme le souhaite très fortement M. Porter, conduire davantage de monde à se passionner à leur tour pour l’océan, ainsi que des êtres qui l’habitent. «Le livre, c’était une façon de l’amener à eux, d’encourager les gens à sortir, à se promener sur la plage, à explorer ce qu’il se passe dans les mares de marée. Parce qu’à partir du moment où ils s’y intéresseront, ils le protègeront.» 

«Et ça me plait tout simplement de montrer aux gens ce qui se trouve réellement ici parce qu’ils ne le savent pas. Ma fille dit souvent que, quand les gens regardent l’eau, ils disent que l’eau est sale, parce qu’il y a plein de boue. Mais elle n’est pas sale. Elle est vivante. C’est un organisme vivant. Il y a tellement d’animaux et de créatures là-dedans, c’est incroyable.» 

«C’est pour ça que nous voulons que ce livre existe. C’est un moyen de transmettre aux gens cette réalité.»

Pour cette raison, il espère que l’ouvrage aura du succès et que leur projet motivera d’autres personnes, venant d’autres régions, avec d’autres connaissances locales, à suivre leur exemple. «Ce serait génial, non? D’avoir un deuxième volume sur le fleuve Saint-Laurent, puis un troisième sur le Cap-Breton, un autre sur le détroit de Northumberland, et puis les Bedore Lakes.» 

«On pourrait vraiment continuer dans cette voie. C’est tout le but recherché et ça rassemblera aussi les communautés.»

Lire la première partie: Encourager le lien avec les espaces marins

Type: Actualités

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Corrections:

le Vendredi 25 juillet 2025 10:49:

Premier paragraphe: 

« […] et la docteure en en durabilité socioécologique et scientifique marine interdisciplinaire, Sondra Eger […]»