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Aujourd’hui, c’est avec beaucoup de joie qu’elle partage son expérience.
«J’adore faire ce type d’accompagnement parce que c’est d’une importance capitale», affirme-t-elle, soulignant que cela l’est d’autant plus qu’ils sont encore peu nombreux à le faire en francophonie.
«Ce qui me plait, c’est justement parce que c’est un accompagnement et non une formation. On encourage les gens et, en fait, c’est comme mettre en scène la vie pour que la création se fasse. Donc, ça fait aussi écho à mon métier de mise en scène, mais à l’intérieur de la vie.»
Stimuler de bonnes ondes, créer un climat de confiance propice à l’inspiration, à la libération de ses émotions et l’expression de son plein potentiel, c’est ainsi qu’Anne-Marie White entend tenir son rôle.
Autrement dit, mettre en place un environnement idéal à l’émergence de la créativité. «Ça met en branle tout un type d’énergie qui est unique, qui est nécessaire pour créer et qu’on va rarement avoir en intensité quand on est dans la vie courante.»
D’autant que, selon elle, le contexte de la résidence permet aussi de renouer avec une temporalité plus favorable à l’inspiration. «10 jours d’intensité sur un seul projet représentent ce que je trouvais à l’époque en 20 jours. Pour cette jeune génération, c’est immense d’offrir ce contexte-là.»
«La profondeur de champ qu’on y atteint, de l’énergie créatrice, parce que c’est vraiment autour de l’énergie que se crée l’objet.»
Une affirmation qu’elle s’est vue confirmée à la fin du séjour quand chacun des participants est venu partager le projet sur lequel il avait travaillé. «Ce qui est arrivé à la présentation finale de la résidence, c’était magique, mais ce n’est pas pour rien.»
En outre, ce sont également de fortes connexions créatives que le contexte de la résidence artistique a favorisées. «On avait l’impression de se connaitre depuis toujours. Mais c’est les 10 jours qui font ça. C’est le fait que l’énergie n’est pas coupée. L’énergie se relaie, non seulement pour nous-mêmes, de jour en jour, mais elle va aussi internourrir les projets des autres. Et ça, c’est unique dans les résidences.»
Une expérience si particulière et qu’ils n’oublieront pas de sitôt. Mme White est, en effet, convaincue que cette dernière continuera à les porter et à les inspirer très longtemps, comme une boite à outils dans laquelle ils pourront aisément replonger à leur guise, dès qu’ils en ressentiront le besoin.
«Quand on l’a au moins vécu une fois, on s’en souvient, c’est une connaissance qu’on a comme créateurs, d’être capable d’aller là, dans cette intensité-là. Et ça reste pour la vie. C’est pour ça que j’aime ça.»
Elle-même se sait chanceuse d’avoir pu le vivre à plusieurs reprises, d’autant que ces résidences sont bien souvent également de belles occasions de nouer de solides amitiés. «Ça crée, parmi ces artistes, des liens qui, je crois, vont rester à vie. Des relations humaines très touchantes, très fortes. Et ces relations-là restent aussi chez l’artiste et donnent le courage et la force de continuer.»
Comme elle le souligne, il n’est, en effet, pas toujours facile d’assumer son statut et sa légitimité en tant qu’artiste. «Être artiste, c’est pas qu’avoir du talent. Tous les gens qui sont là, c’est assurer qu’ils ont du talent, mais c’est aussi un choix de vie et qui est difficile à faire.»
Et ce, encore plus quand on vient d’une région isolée ou éloignée des grands centres. «C’est d’autant plus difficile de garder le feu. D’où la triple importance de tenir ce genre de résidence d’artistes le plus souvent possible dans des régions comme l’Acadie.»
Il est vrai que l’environnement où se tient une résidence va aussi impacter et influencer très souvent le processus créatif des artistes. «On était sur des questions d’appartenance à un territoire, ce qui n’est pas toujours le cas dans une résidence.»
Une thématique renforcée également par la présence du Congrès mondial acadien (CMA) et du tournage du documentaire Résonance Acadie de Phil Comeau, qui en avait fait le sujet central de son film.
«Il y a eu une espèce d’engouement et de fierté de l’identité acadienne qui est venue teinter la majorité des créations. Une résidence, tout dépendamment où elle se trouve, dans quel contexte, et si c’est en marge d’un évènement, c’est toujours très nourrissant.»
Toutefois, Mme White tient à rappeler que, si les jeunes artistes ont aussi été choisis parce qu’ils étaient représentatifs d’une région et d’une certaine diaspora de l’Acadie, en revanche, il n’a jamais été attendu d’eux à ce qu’ils créent nécessairement une œuvre en lien avec cette facette de leur identité.
Le jury recherchant avant tout des artistes en devenir, «des gens qui sont actifs et qui ont du talent, à qui on voulait donner une chance de faire un bout de chemin, de rencontrer des gens, de tisser des liens.»
Quelque chose qui semble avoir été particulièrement réussi. «Les liens se sont tissés de façon vraiment extraordinaire. J’ai rarement vu ça!» s’enthousiasme Mme White, se souvenant de la belle cohésion d’équipe qui régnait au sein du groupe. «J’espérais ça et ça s’est produit naturellement.»
«C’est hyper important, renchérit-elle. Quand il y a une gang qui s’entend, qui s’aime, qui travaille bien, qui rigole, c’est vraiment une belle chimie humaine. Ça va transparaitre.»
Une harmonie qui s’expliquait peut-être dans le partage de cette culture acadienne inscrite en chacun d’entre eux. «Il y a déjà chez les Acadiens ce désir et cette facilité d’être ensemble. Il y a comme quelque chose qui est naturel, qui est beau, qui ne peut faire autre que nourrir le milieu à long terme.»
C’est pourquoi Mme White espère que cette première résidence artistique organisée par le CMA ne sera pas la dernière et qu’ils n’attendront pas quatre ans pour réitérer l’expérience. «Ce qui est vécu dans ces résidences se répercute directement dans le milieu artistique sous toutes ses formes, et ces artistes-là se retrouvent dans nos communautés.»
Selon elle, l’art est aussi un outil de cohésion sociale, et offrir la possibilité à de jeunes artistes de participer à une telle résidence, c’est un projet structurant et avantageux pour l’ensemble de la communauté artistique, mais pas seulement. «Tous les gens qui vivent ça reviennent et sont nourris de quelque chose qu’ils vont retransmettre.»
Car, si Mme White se décrit d’abord comme une artiste pluridisciplinaire «fascinée par la puissance des récits», son identité acadienne est aussi quelque chose qui demeure important pour elle.
Et bien qu’elle comprenne certains artistes contemporains qui se lassent de voir la communauté acadienne constamment définie comme un peuple résilient – «c’est vrai, il y a quelque chose de très stigmatisant avec ça, de se valoriser avec le fait qu’on a été déporté, puis qu’on est revenu» – elle pense toutefois qu’il demeure crucial d’entretenir la mémoire et de ne pas oublier.
«Des fois, il faut se souvenir d’où on vient et les Acadiens ne l’ont pas oublié. Puis, c’est une façon de se reconnaitre l’un l’autre et de se donner une force commune. Je trouve ça très beau et très fort. C’est un grand sentiment d’appartenance.»
Et de joie, car, comme elle le souligne, la particularité de cette communauté est également de savoir célébrer les bons comme les mauvais moments de son histoire.
«Chaque fois qu’on se rassemble, pour parler de tout ça, c’est tout le temps pour fêter, danser, jouer de la musique, être ensemble, passer de bons moments. Il y a énormément de joie dans le peuple acadien qui rend tout ça aussi très attirant et qui nous rend fiers d’être ensemble, puis beaucoup d’authenticité aussi.»
De la joie également dans les nombreux projets qui l’animent. Entre l’écriture d’un roman et de chansons, des créations théâtrales et plusieurs autres accompagnements, comme elle le dit si bien, elle est en plein «dans la création» et ne compte pas s’arrêter là. En outre, c’est un nouveau projet en France qui lui tient particulièrement à cœur, qu’elle a souhaité partager.
«On va aller travailler avec des migrants, des femmes victimes de violences, des familles. On va faire une performance, en passant par la chanson, parce qu’ils n’ont pas nécessairement la langue française comme première langue. On va aller dans la lumière et la joie avec eux.»
