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CMA 2024: entre fierté locale et rassemblement diasporique

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Le tintamarre du CMA 2024, qui a eu lieu au centre-ville de Yarmouth. — PHOTO: Clint Bruce
Le tintamarre du CMA 2024, qui a eu lieu au centre-ville de Yarmouth.
PHOTO: Clint Bruce

Ça y est, l’annonce tant attendue est tombée: c’est la région de la Baie-des-Chaleurs qui accueillera le prochain Congrès mondial acadien en 2029, dans une zone s’étendant sur deux provinces, le Nouveau-Brunswick et le Québec.

CMA 2024: entre fierté locale et rassemblement diasporique
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Type de contenu: Rubrique

Cette chronique a été corédigée par Clint Bruce et Sandrine Mounier de l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne.

Pendant ce temps, près d’un an s’est écoulé depuis la dernière édition, tenue dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, entre les communautés de Clare et Argyle, incluant Yarmouth. Bien qu’éloignées dans le temps et l’espace, ces deux éditions du grand rendez-vous du peuple acadien soulèvent les mêmes questions fondamentales sur le lien entre identité et territoire.

Le Congrès mondial acadien (CMA) est un évènement où sont projetées diverses visions d’une Acadie aux frontières mouvantes: depuis celle des régions dites historiques jusqu’à celle des diasporas, en passant par celle des multiples façons d’être acadien et francophone aujourd’hui. 

Pour penser cette réalité fluide, le concept de translocalité est éclairant. Ce terme désigne les dynamiques sociales qui relient plusieurs lieux et remettent en question l’idée d’un territoire unique et fixe. Dans le cadre du CMA, il permet d’examiner les tensions entre ancrage local et rassemblement diasporique: comment cet évènement peut-il refléter, dans un espace donné, les représentations plurielles de l’Acadie?

 C’est notamment cette tension entre lieux, identités et perceptions que notre équipe a souhaité explorer à travers un sondage mené auprès des personnes ayant participé au CMA 2024. Cette enquête s’inscrit dans un projet de recherche plus vaste, intitulé: «Vers l’Acadie de l’avenir? Enjeux et espoirs autour du Congrès mondial acadien». Financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, cette initiative réunit une vingtaine de chercheur(e)s universitaires, en collaboration avec une dizaine d’organismes partenaires.

Le groupe louisianais Lost Bayou Rambler aux côtés de la vedette acadienne Lisa LeBlanc, lors du spectacle L’Ultime Tyme à Yarmouth.

PHOTO: Clint Bruce

Notre questionnaire a été diffusé sur les sites du CMA 2024 puis en ligne, entre aout 2024 et mars 2025, afin de recueillir les expériences des personnes participantes en lien avec leurs représentations de l’Acadie. Au total, 263 personnes y ont répondu, offrant un aperçu riche et nuancé des perceptions entourant l’évènement. 

Plus de quatre personnes répondantes sur cinq résident au Canada, principalement en Nouvelle-Écosse (66 %), puis au Nouveau-Brunswick (15 %) et au Québec (10 %). Environ 10 % habitent aux États-Unis, dont la moitié en Louisiane. Près des trois quarts déclarent avoir des ancêtres acadiens, tandis que 17 % n’en ont pas et 10 % s’identifient partiellement à l’Acadie.

Concernant les perceptions, une large majorité (84 %) estime que les activités étaient à l’image de l’Acadie, tandis que 11 % les jugent moyennement représentatives. 

La perception des activités comme reflet de la diaspora acadienne est plus contrastée: 60 % les perçoivent comme représentatives, 27 % moyennement et 11 % peu ou pas du tout. Les réponses ouvertes viennent enrichir ces données en apportant des témoignages riches sur l’expérience vécue de cette édition du congrès.

Chaque congrès se doit de mettre en valeur sa région hôtesse, ce qui donne une saveur différente d’une édition à l’autre. Au départ, c’était les deux municipalités à dominante acadienne, à savoir Clare et Argyle, qui s’étaient unies pour accueillir le CMA. Le mot-clic #clargyle représentait cette volonté de rapprocher Par-en-Haut et Par-en-Bas, dans l’esprit de la devise de l’Acadie: «L’union fait la force.» 

Plus tard, la ville de Yarmouth s’est jointe à l’initiative. Sans doute, ce choix s’imposait logiquement pour des raisons tant géographiques que logistiques, et c’est là qu’ont convergé plusieurs milliers de personnes pour le tintamarre et le grand spectacle de la fête nationale. 

Toutefois, l’importance accordée à une municipalité à forte majorité anglophone n’aura pas fait l’unanimité. Et cela, d’autant plus que plusieurs se rappellent les préjugés antiacadiens qui y régnaient autrefois. À cet égard, certains commentaires exhalent de l’exaspération: «Beaucoup d’activités en la ville de Yarmouth, lieu anglophone!» Quelques personnes répondantes se désolent des retombées économiques qui auraient dû privilégier les zones francophones.

Chez d’autres, cependant, un sentiment contraire s’exprime: «Imaginez… La ville anglaise entre les Par-en-Haut et Par-en-Bas a été envahie par des Acadiens pour les deux plus importants évènements du congrès!! J’avais des larmes aux yeux!» De ce point de vue, la réussite des grandes manifestations du CMA aurait servi à légitimer l’identité acadienne aux yeux de la population majoritaire. 

Nos données font également apparaitre des tensions à une échelle plus large. Malgré une appréciation générale positive, plusieurs réponses mettent en lumière un équilibre délicat entre la mise en valeur des communautés hôtes et la représentation plus vaste de la diaspora acadienne. 

Une fierté locale forte se manifeste dans les propos recueillis: pour plusieurs, l’évènement reflétait l’Acadie parce qu’il mettait en avant la culture des Maritimes, en particulier celle de Clare et d’Argyle, en soulignant les «particularités et les richesses culturelles de cette Acadie de la Nouvelle-Écosse». Certaines ont souligné la présence «d’artistes du coin» ou encore leur gratitude envers le fait que «les régions acadiennes du sud-ouest ont été découvertes par les Acadiens d’ailleurs».

D’autres commentaires révèlent un certain déséquilibre de la représentation de la diaspora. Si la Louisiane a bénéficié d’une bonne visibilité, d’autres régions, comme le Québec ou la Nouvelle-Angleterre, ont été peu représentées. «I was very disappointed by the lack of any acknowledgement of Maine Acadians (J’ai été très déçue par l’absence de reconnaissance des Acadiens du Maine)», indique un commentaire, tandis qu’un autre remarque que «la programmation culturelle restait très locale». Ces témoignages illustrent une tension féconde entre un ancrage territorial fort et le souhait d’un rassemblement véritablement représentatif de la pluralité de l’Acadie.

Le CMA 2024, à travers les regards des personnes participantes, apparait comme un miroir des tensions historiques, mais aussi des enjeux collectifs qui traversent l’Acadie contemporaine. Loin de s’opposer, les ancrages locaux et les expressions diasporiques révèlent des dynamiques translocales, faites de circulations, de rencontres, d’échanges et parfois de déséquilibres dans les représentations. 

Si certaines initiatives ont permis de valoriser des identités enracinées dans les communautés hôtes, d’autres témoignages ont exprimé le souhait d’un CMA de plus en plus ouvert à toute la pluralité de l’Acadie, qu’elle soit géographique, culturelle ou générationnelle.

Ces constats invitent à poursuivre la réflexion sur les formes d’inclusion qui émergent lors d’un évènement d’une telle ampleur. Qui représente-t-on? Quels groupes restent en marge? Et comment composer, dans un même espace-temps, avec la diversité des appartenances acadiennes?

Ces enjeux de reconnaissance, de participation et de pluralité seront approfondis dans de prochaines chroniques, consacrées au thème d’une «Acadie inclusive», à partir d’autres données issues de notre projet de recherche sur le CMA 2024.

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