Lisa Doucette, directrice de Radio CIFA.
Un sentiment qu’ont eu à cœur de défendre C98 FM, de Halifax, et CIFA FM, de Clare, deux radios au service des communautés acadiennes et francophones de la Nouvelle-Écosse. L’une existe depuis 17 ans, l’autre fêtera son 35e anniversaire en septembre prochain.
Les deux sont fières des évolutions qui ont eu lieu au cours de ces dernières années, qui n’ont pas été sans leur lot de défis et d’obstacles à surmonter, depuis leurs mises en ondes. Aujourd’hui, elles estiment leur situation pour le moins stabilisée, tout en continuant à devoir faire face à de nouvelles problématiques.
Lisa Doucette, directrice de Radio CIFA, évoque notamment le conflit entre le gouvernement et Meta, qui les empêche dorénavant de publier sur les réseaux sociaux.
Mais également, leur difficulté à relever des fonds, non sans corrélation avec la crise économique mondiale actuelle. «On est dans un temps où on trouve que le monde a vraiment pas assez de sous, expose-t-elle. Le monde ne joue plus autant à Bingo […] alors que c’est notre prélèvement de fonds le plus gros.»
«Et les publicités aussi, le monde [en] achète moins maintenant. Tout ça, c’est pas bon pour la radio. Mais on est populaire, on sait qu’on est populaire, le monde nous [dit] qu’il est content.»
Laurent de Lavenne, directeur de la radio Halifax, abonde dans son sens, ne pouvant nier que la sécurité financière d’une structure favorise naturellement les futures demandes de financement auprès du gouvernement et des organismes provinciaux. «À partir du moment où tous ces bailleurs de fonds nous font confiance, où on donne un petit peu d’effort, il n’y a pas de souci en particulier», assure-t-il.
Selon lui, c’est davantage du côté des ressources humaines que les difficultés se trouvent. Il évoque notamment le manque de personnel qualifié, mais également en mesure de durer. «Les gens ne restent pas pour plein de choses, pour des données salariales, pour des données de projets de vie.»
«Là, j’ai la chance d’être entouré d’une équipe qui est là depuis deux ans et demi, ajoute-t-il, qui n’est pas prête à quitter parce qu’ils sont passionnés, comme l’est leur directeur général, et on a envie de faire avancer ça. Après, on ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait.»
Les deux dirigeants se rejoignent aussi dans le constat que le jeune public semble avoir développé une image plutôt désuète vis-à-vis de leur média.
Ce qui est pourtant, selon eux, une vision faussée de la réalité. «Les jeunes sont moins attirés par les métiers de la radio, se désole M. de Lavenne. Ce qui est un petit peu bizarre en soi, parce que la radio, c’est certainement un des outils de communication les plus performants qui existe, parce qu’il y a de multiples possibilités. On peut faire du live, du préenregistré, des éditions musicales, des podcasts. C’est sky is the limit.»
L’équipe de C Médias à Francofest 2024.
«Le monde pense pas que le monde écoute la radio, renchérit Mme Doucette. [Il] pense que, maintenant on a Spotify et toutes ces choses-là, mais il y a encore du monde qui écoute à la radio. La radio va toujours être ici, parce que c’est une source de médias qui n’est pas compliquée, n’importe qui peut l’écouter.»
«Ce que les gens ont oublié, c’est que, si demain il y a une guerre thermonucléaire, le seul média sur lequel vous pourrez avoir de l’information, c’est une radio», insiste M. de Lavenne.
Il tient aussi à souligner l’importance du rôle que cette dernière peut jouer pour les communautés minoritaires, dans une province à majorité anglophone, puisque leurs radios sont toutes les deux diffusées exclusivement en français.
«Les gens ont du mal à comprendre qu’avoir un média en langue francophone dans des milieux qui sont souvent doublement minoritaires, c’est une force extraordinaire. Votre voix, c’est votre liberté.»
«Et, aujourd’hui, la population demande à avoir de la liberté, demande d’avoir la parole, mais les gens se cachent derrière des écrans, derrière leur Facebook, Instagram. C’est bien dommage parce qu’on aurait besoin certainement de grandes gueules derrière nos micros.»
«Donc, je pense qu’au contraire [que] c’est un média qui n’est pas du tout en déclin. Il faut juste savoir l’adapter à son monde actuel.»
Mme Doucette se range encore une fois à son avis, soulignant aussi que, malgré les hauts et les bas récurrents, elle constate un regain d’intérêt pour la radio francophone, et ce, notamment, depuis le dernier Congrès mondial acadien.
Selon elle, cela n’est pas sans lien non plus avec ce qu’elle ressent comme une fierté culturelle, qui s’affirme de plus en plus. «Je me suis toujours dit qu’on allait être Acadiens, francophones, qu’on n’allait pas avoir de problèmes à garder notre langue, mais maintenant, je le vois venir. On a vite fait d’être assimilés avec les anglophones.»
«Alors, il faut vraiment se battre pour continuer d’avoir [notre] langue et [notre] héritage. Écouter la radio CIFA, c’est une des façons [de le faire]», insiste-t-elle.
Malgré les évolutions sociétales et les nombreux défis qui y sont corrélés, le milieu radiophonique communautaire a encore un bel avenir devant lui, d’après les directeurs.
«Si tant est qu’on ait des gens qui sont derrière, qui sont passionnés, de comprendre la force et la puissance que peut avoir une radio, surtout dans nos milieux, je suis pas inquiet, affirme M. de Lavenne. […] À partir du moment où les gens y croient, ont envie de passer le message […] il n’y a pas de raison que ça s’arrête là.»
