le Vendredi 24 juillet 2026
le Vendredi 24 juillet 2026 12:00 Éditorial

L’amélioration du transport en commun à Halifax, ce sera tout un trajet

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Autobus de ville d'Halifax en route. — PHOTO: Jean-Philippe Giroux
Autobus de ville d'Halifax en route.
PHOTO: Jean-Philippe Giroux

Dernièrement, pour des raisons médicales, je n’ai pas conduit pour me déplacer à Halifax.

L’amélioration du transport en commun à Halifax, ce sera tout un trajet
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Type de contenu: Opinion

J’ai longtemps entendu que le système de transport en commun de la municipalité était inefficace, mais c’est seulement en y devenant dépendant que j’ai compris pourquoi il s’agit d’une aussi grande source de frustration pour les navetteurs, pourquoi les gens se fient à l’automobile et pourquoi la priorisation de la voiture pour les déplacements contribue à la congestion routière. 

Halifax, avec des infrastructures routières datant des années 50-60, n’a jamais été conçue pour accueillir un demi-million de résidents. Mais comparativement à d’autres villes canadiennes ayant le même sort, comme Ottawa, elle ne semble pas s’adapter aussi aisément. L’on peut pointer du doigt la municipalité régionale d’Halifax (MRH), dont le financement public pour le transport en commun ne permet pas une bonification assez rapide du système, mais la réalité est que la faible fréquentation du réseau — donc le peu de revenu pour Halifax Transit — créer un cercle vicieux, où le peu d’usagers confirme la moindre importance d’investir dans le réseau. C’est l’œuf ou la poule? 

Cette dépendance à la voiture, coïncidant avec une population en croissance, est la recette du désastre. Surtout si Halifax anticipe atteindre un million en population d’ici les prochaines décennies. C’est un enjeu qui va demander de sérieux changements de la part de toutes et tous, et qui va déplaire à plusieurs. Mais si l’on n’améliore pas le transport en commun de Halifax, d’ici 10 ans, ce sera le bordel. 

En urbanisme, la solution pour encourager davantage de gens à prendre le bus, le train et le transport actif, ce n’est pas de trouver l’option la plus économe, ni même la plus écologique, mais bien l’option la plus rapide et la plus facile. La façon la plus efficace d’encourager le monde à prendre le transport en commun est de rendre cette option la meilleure possible pour monsieur et madame tout le monde. Je ne parle pas d’une famille de cinq qui doit se rendre à un festival au centre-ville, ou des collègues qui font du covoiturage. Je parle de tous ces gens qui font le trajet seul quotidiennement dans leur voiture vers la péninsule, qui prennent une place de stationnement de plus au centre-ville et qui pourraient aisément faire le trajet en bus, si ça ne prenait pas une éternité. 

L’enjeu principal lorsqu’il vient à prendre le transport en commun à Halifax, ce n’est même pas le temps à l’intérieur de l’autobus, c’est le temps d’attente dehors entre chaque autobus. Les retards, le peu de bus qui passent, les multiples arrêts sur chacune des routes. Et quand l’on habite dans une banlieue de la région, on parle de trois bus, quatre bus, parfois même cinq bus. 

Il faudrait améliorer l’écosystème de Halifax Transit en créant plus de hubs à travers la municipalité, avec de plus petites routes d’autobus entourant chacun des terminaux et des voies rapides (express) entre eux, avec peu ou aucun arrêt. 

Si la MRH n’est pas équipée ou n’a pas assez d’argent pour investir notamment dans les trains légers, c’est OK, et ça fait du sens, car la réalité est que la Nouvelle-Écosse est une province pauvre. Mais il n’y a aucune raison que l’expérience en bus soit aussi compliquée dans l’une des plus grandes villes du pays. Si les autobus pouvaient rouler plus vite et plus aisément, je suis convaincu que plus de gens prendraient l’autobus, et qu’il y aurait donc moins de voitures sur la route. 

C’est d’ailleurs l’un des éléments détaillés dans la nouvelle Stratégie de transport rapide (2025) de la MRH, qui devrait comprendre quatre routes rapides à travers le territoire. Mais la finalisation du projet est prévue d’ici 2032-2033, et on sait tous que la MRH évite les décisions qui divisent. Les conseillers veulent remporter des élections, et n’importe quel changement à un système congestionné, avec des navetteurs déjà frustrés et épuisés, est une source de conflit que nombre de politiciens vont éviter s’ils le peuvent. 

Et prendre plus souvent le vélo? J’aime bien l’idée de devenir cycliste, mais, lorsqu’on habite dans une région comme Bedford ou Clayton Park, prendre le vélo sur les routes principales, c’est du sport. Il y a des endroits désignés aux cyclistes, oui, mais ce sont sur des routes où les automobilistes roulent très vite et où il n’est pas toujours clair qu’il faut partager la route avec les personnes à deux roues. 

Ce qui est le plus frustrant, c’est qu’Halifax a tellement de potentiel! Imaginez si l’on mettait l’énergie dans la création de plus de terminaux près du bassin de Bedford et de la mer autour de la péninsule, avec des routes en traversier fiables. Oui, ça coûterait cher pour les bâtir, mais quelle manière unique et intelligente de mettre à profit notre territoire pour rendre le transport en commun plus facile, intéressant, attrayant. 

Ce n’est pas la faute des gens en voiture, je comprends. Mais il faut aussi avouer qu’on ne met pas beaucoup l’accent sur le transport en commun dans les maritimes. Nous sommes dans une région rurale dépendante de la voiture. Mais la vérité, c’est qu’il y a tellement de gens qui ne peuvent pas conduire, et il faut penser à eux aussi. 

C’est à nous de mettre de la pression sur le gouvernement local pour leur faire comprendre qu’il s’agit d’un enjeu sérieux aujourd’hui, mais également à long terme qui mérite notre attention. Ce changement sociétal aura un impact positif sur les personnes à mobilité réduite et à faible revenu qui dépendent de l’autobus pour vivre leur vie, mais aussi sur les automobilistes. À vrai dire, je pense que ce seraient les automobilistes qui en tireraient le plus grand bénéfice, et qui seraient les plus soulagés. 

Il n’y aura pas de baisse du nombre de voitures sur la route sans une hausse du nombre de gens en transport en commun. 

Jean-Philippe Giroux 

Rédacteur en chef

Type: Opinion

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