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En effet, José Giovanni nous présente le milieu de la pègre dont il est lui-même issu, ainsi que ses nombreuses règles non écrites.
Dans Le deuxième souffle, nous plongeons dans l’histoire de Gustave Minda, dit «Gu», un truand de renom de la vieille école, incarcéré à perpétuité. Mais Gu n’a pas dit son dernier mot à la vie et s’embarque dans une évasion risquée avec l’aide du courageux Bernard.
À sa sortie, Gu retrouve sans tarder les rues de la ville de Paris, où se trouvent son amour impossible de toujours, Manouche, et son vieil ami et collègue Alban. Les retrouvailles sont toutefois de courte durée, car l’évasion de Gu fait du grabuge dans les journaux; juste ce qu’il faut pour alerter le commissaire Blot, réputé pour sa ruse et son sens de l’analyse.
Avec toute la marmaille policière à ses trousses, Gu n’a pas d’autre choix que de songer à se réfugier en Italie, son pays d’origine. Manouche, friande d’aider Gu, lui propose une aide financière afin qu’il puisse décamper en toute discrétion par Marseille. Mais le vieux Gu est de la vieille école, et sa fierté d’homme lui interdit de dépendre d’une femme, qui plus est sa bienaimée.
La seule issue qu’a notre cher vétéran pour refaire son portefeuille est de participer à un dernier casse, et pas des moindres. Pour arriver à ses fins, Gu s’accompagne d’une nouvelle génération de truands, constituée de Venture Ricci, le frère de l’impitoyable Joseph Ricci, et d’Antoine Ripa. Le casse se déroule sans encombre et dans les règles de l’art du milieu. Cela dit, Gu découvre un environnement qui a changé, où le code de l’honneur a laissé place à l’impulsivité et à l’égoïsme.
Connaissant l’attachement de Gu aux racines de la pègre, le commissaire Blot met alors en place une ruse bien ficelée afin de mettre l’honneur de Gu à l’épreuve. Gu, quant à lui, est bien décidé à redorer son image au péril de sa vie, car, pour lui, il vaut mieux la mort plutôt que la trahison.
Après avoir fait sensation en Amérique, le roman noir est réaménagé en France par les auteurs français. Contrairement au polar américain, axé sur un «gangster» meurtrier et avide de pouvoir, le roman noir français pose des bases et définit un environnement précis: celui des truands. José Giovanni nous immerge dans ce milieu, nous en donne les rouages, les subtilités et même les mécanismes d’opération.
Le deuxième souffle est presque un documentaire romanesque, qui se démarque ainsi du roman noir initialement importé. Parmi toutes les caractéristiques du milieu qui ont été présentées ici, l’une d’entre elles fait écho de manière unanime: la loyauté. Au péril de sa vie, le protagoniste est prêt à tenir son code d’honneur: on ne trahit pas, on ne dénonce pas.
C’est donc là le point culminant de cette œuvre: un milieu où la moralité peut être remise en cause, certes, mais pas la loyauté. Les truands doivent être, par-dessus tout, nobles envers leurs confrères. Les mots de Jean Cocteau prennent ainsi tout leur sens.
José Giovanni a donc su sortir des sentiers battus et a laissé son empreinte dans le roman noir français, qui n’est plus vu comme une pâle copie du style américain, mais comme un genre à part entière. Un beau roman riche, qui ne vous laissera certainement pas sur votre faim: c’est ça, Le deuxième souffle.
